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    Quand Donald Trump relaye la propagande russe

    Le président américain Donald Trump lors d'une réunion publique en Floride, le 26 novembre 2019. REUTERS/Yuri Gripas

    L’enquête en destitution de Donald Trump progresse. Le président américain ou ses avocats sont invités à participer mercredi prochain, 4 décembre, à une audition devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants. En attendant, c’est sur Fox News que le président affûte ses arguments. Pour lui, ce ne sont pas les Russes mais les Ukrainiens qui ont tenté d’influencer le scrutin de 2016. C’est ainsi qu’il justifie la conversation téléphonique qu’il a eu le 25 juillet dernier avec le président ukrainien Zelenskiy. Le scenario est truffé d’infox.

    Tout le monde s’interroge encore sur la raison pour laquelle le président Trump a parlé le 25 juillet dernier, avec son homologue ukrainien de la société Crowdstrike et d’un mystérieux serveur. C’est que Donald Trump tente d’instiller le doute sur le fait que les Démocrates aient été victimes en 2016 d’une cyber attaque orchestrée par Moscou. Il en parlait encore sur sa chaîne de télévision favorite dans son émission préférée Fox and Friends en début de semaine. Voici un extrait, où Donald Trump accuse les Démocrates de dissimulation :

    « Ils ont donné le serveur à Crowdstrike ou quelque chose comme ça… c’est-à-dire une société qui appartient à un Ukrainien richissime. Et moi j’attends toujours de voir ce serveur. Vous savez le FBI n’a jamais eu ce serveur, c’est le cœur de toute cette affaire. Pourquoi l’ont-ils donné à une société ukrainienne ? »

    « Vous êtes sûr qu’ils ont fait ça ? Qu’ils l’ont donné à l’Ukraine ? »

    « C’est ce qui se dit. Et c’est ce que j’ai demandé lors de mon coup de fil. »

    Dans cet extrait le président Trump se réfère à l’entretien téléphonique qu’il a eu avec le président ukrainien Zelinski le 25 janvier 2019. Le plus étonnant est de constater que le président Trump continue de ressasser un scénario déjà maintes fois démonté par de nombreux observateurs. Dès mars 2017, James Comey, qui était alors directeur du FBI citait –lors d’une audition devant le congrès-, Crowdstrike parmi les sociétés qui avaient permis de détecter l’intrusion dans le système informatique du parti démocrate, et mis en évidence le lien entre les hackers et les services secrets russes.

    Alors d’où vient le récit auquel le président Trump s’accroche aujourd’hui ? Pour Thomas Huchon, journaliste spécialiste du web et des théories du complot, le président américain reprend tout simplement un récit fabriqué de toute pièce et posté sur les réseaux sociaux. « Le message qu’il voulait diffuser ce matin là (dans l’émission Fox and Friends), c’est malheureusement une théorie du complot qui a été inventée par les services secrets russes pour diminuer le narratif selon lequel les Russes ont eu une influence sur l’élection américaine.

    Durant l’année 2016, il y a eu tout un tas de pages Facebook, qui ont été montées de manière fictive et qui poussaient un certain nombre de versions de la réalité. Parmi les versions poussées par ces pages, qui se faisaient passer pour des pages américaines mais ne l’étaient pas, il y avait l’idée que les Démocrates, via l’Ukraine, avaient procédé à une forme de manipulation de l’élection. »

    Plusieurs éléments permettent pourtant d’invalider cette théorie

    Première chose –tout à fait vérifiable- c’est que Crowdstrike n’est pas ukrainienne, comme le prétend Donald Trump. C’est une société américaine basée en Californie, cotée au Nasdaq. Elle est bien connue, pour son expertise en matière de cybersécurité, ce qui l’amène régulièrement à travailler avec le FBI, ce qui fut bien le cas en 2016.

    Deuxième chose, il n’y a pas de serveur manquant, les données piratées étaient stockées sur le cloud et sur plus d’une centaine d’ordinateurs et le FBI ne s’est jamais plaint de ne pas y avoir accès.

    Enfin, il y a eu le 21 novembre dernier, l’audition de Fiona Hill, sous serment, devant la commission du renseignement de la chambre des représentants. Fiona Hill, grande spécialiste de la Russie qui jusqu’en juillet dernier siégeait encore au Conseil de sécurité national, s’est montrée particulièrement avertie de la circulation de ces infox, allant jusqu’à lancer un appel aux représentants Républicains pour qu’ils « évitent de propager de telles contre-vérités au profit de la Russie ».


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