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Article publié le : vendredi 13 août 2010 - Dernière modification le : vendredi 13 août 2010

L’Allemagne a déjà oublié la crise

L'augmentation de 0,6% de la croissance française reflète une reprise de l’activité économique mais tout de même encore timide et incertaine.
L'augmentation de 0,6% de la croissance française reflète une reprise de l’activité économique mais tout de même encore timide et incertaine.
PhotoAlto/Laurence Mouton

Par Pascal Thibaut

La reprise est à la hauteur de la récession historique enregistrée l’an passé. L’Allemagne a enregistré au deuxième trimestre une croissance à la chinoise qui surprend les experts. « Une croissance XL » : le ministre allemand de l'économie Rainer Brüderle n'a pas lésiné pour commenter les bonnes performances de son pays.

Avec une croissance de 2,2% au deuxième trimestre, l'Allemagne bat des records. Sur l'année, ce bon résultat équivaut à une augmentation du produit intérieur brut de près de 9% soit plus que la Chine.

Il faut remonter vingt ans en arrière pour retrouver un aussi bon résultat en Allemagne, qui confirme avec éclat une sortie de crise que les experts n’avaient pas attendu aussi positive. Le pays revient de loin, puisqu’il a enregistré l’an passé une récession historique, la plus grave depuis la guerre et la plus importante en Europe avec une baisse de près de 5% du PIB.

Le résultat spectaculaire du deuxième trimestre n’a pas rendu que le ministre de l’Economie euphorique. Les analystes ont eu des accents inhabituels pour des experts habitués à des commentaires plus austères. « Un conte d’été », « sensationnel » ou encore « incroyable » : leurs réactions témoignent de leur étonnement face à une performance inattendue.

Les exportations, moteur traditionnel du modèle germanique

Ces résultats ont conduit à une révision des prévisions pour l’année en cours. Au lieu des 1,5% officiellement toujours prévus par le gouvernement, plusieurs banques tablent désormais sur une croissance de plus de 3% cette année.

Différentes causes expliquent ces performances exceptionnelles de l’économie allemande. Les exportations, moteur traditionnel du modèle germanique, sont reparties à la hausse après une chute brutale l’an passé. L’Allemagne, très dépendante des marchés internationaux, avait souffert plus que d’autres de la crise ; elle profite en revanche plus que ses partenaires de la reprise.

Des pays comme la Chine, l’Inde, la Corée du Sud ou le Brésil sont demandeurs du made in Germany qu’il s’agisse des machines outils ou de voitures. Ces pays ont été moins frappés que d’autres par la crise. Certains, comme la Chine, ont massivement soutenu leur économie et l’Allemagne profite de ces mesures.

Le pouvoir d’achat a augmenté

Christian de Boissieu

Président du Conseil d’analyse économique et Professeur à l’Université Paris 1

Il y a un rebond des exportations allemandes et puis les Allemands se remettent à consommer.

 

13/08/2010 par Benoît De Solminihac

Le plan de sauvetage de la monnaie unique européenne a aussi contribué au développement des exportations allemandes qui ont augmenté de 8% vers la zone Euro au deuxième trimestre.

Une nouveauté expliquant la bonne performance de l’économie allemande réside dans une consommation intérieure plus importante que dans le passé. Le pouvoir d’achat a augmenté. Le « miracle de l’emploi » germanique avec un chômage aujourd’hui inférieur à ce qu’il était avant la crise joue aussi un rôle.

L’Allemagne a par ailleurs mis en place un plan massif de relance équivalent à 2% du produit intérieur brut. Ces investissements publics ont des retombées positives sur l’économie à travers des dépenses notamment dans le bâtiment.

Ces résultats particulièrement positifs font de l’Allemagne cette année la locomotive de l’Europe en matière de croissance. Mais malgré l’euphorie de ce vendredi, certains experts se veulent plus prudents. Ils soulignent que la croissance intérieure a bénéficié d’un effet de rattrapage après la récession de l’an passé qui va se ralentir. Les conséquences du plan de relance allemand vont également se réduire. Le bâtiment a connu une activité importante au printemps, mais cela s’explique en partie par les conséquences d’un hiver très rigoureux.

Relancer les débats sur la nécessité d’une cure de rigueur

Les entreprises qui avaient déstocké face à la baisse de la demande mondiale ont dû faire face à une demande en hausse et produire à tout va, mais vont sans doute réduire cette production. Certains pays endettés comme les Etats-Unis ou la Chine doivent faire des économies, ce qui pourrait nuire aux exportations allemandes.

Les experts tablent de ce fait sur une croissance plus faible en 2011, de l’ordre de 1,5%. Si l’augmentation des exportations enregistrée cette année pourrait se ralentir, des hausses de salaires plus élevées que dans le passé pourraient compenser par une demande intérieure plus forte cette évolution. La hausse du chômage doit se poursuivre, ce qui réduit les dépenses et augmente la demande, ainsi que les recettes fiscales.

L’embellie actuelle pourrait bien relancer les débats sur la nécessité d’une cure de rigueur voulue par le gouvernement pour assainir ses finances publiques. Déjà, le ministre libéral de l’Economie estime que certaines aides pour le secteur privé face à la crise pourraient être revues à la baisse.

Une croissance quasi inespérée

Et les conséquences positives de cette croissance quasi inespérée pourraient tout aussi bien relancer le débat -pour l’instant assagi- sur d’éventuels allégements des prélèvements. Autant de discussions dont la chancelière Merkel se passerait bien, alors que sa coalition chrétienne-démocrate/libérale a passé son temps depuis l’automne dernier à se quereller.

Des bisbilles incessantes qui expliquent largement pourquoi le gouvernement allemand n’a pas la côte auprès de ses concitoyens, alors que la conjoncture s’améliore pourtant de jour en jour.

En France, la progression de la croissance est jugée « magnifique » par Christine Lagarde

Avec + 0,6%, l'économie française a enregistré, au deuxième trimestre, une progression meilleure qu'au premier trimestre où la croissance avait atteint 0,2%. Ce chiffre encourageant, qualifié de « magnifique » par Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, permet d'espérer qu'à la fin de l'année la croissance française pourrait afficher 1,4%.

Une prévision gouvernementale à laquelle les analystes croyaient peu jusqu'ici. Les Français que l'on disait moroses et regardants à la dépense, ont consommé plus que ce qui était attendu en avril, mai et juin. Les entreprises ont recommencé à investir, les  entreprises non financières plus encore que les autres, et ce après deux années de baisse continue.

Une bonne nouvelle qui en accompagne une autre : 35 000 emplois ont été créés dans le secteur marchand au deuxième trimestre, 10 000 de plus qu'au premier trimestre. Un bémol toutefois : Bercy reconnaît que les entreprises ont commencé par reconstituer leurs stocks et la consommation est largement orientée vers les importations qui ont augmenté plus vite que les exportations.

RFI

tags: Allemagne - Crise économique
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