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Mouammar Kadhafi suscite de nombreuses critiques en Italie
Au deuxième jour de sa visite en Italie, Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen, venu célébrer la réconciliation entre les deux pays, s’est illustré par des déclarations tonitruantes, qui ont provoqué bien des réactions. Et à l’heure de la fin de cette visite, dont l’enjeu était important pour le chef du gouvernement italien, le bilan semble toutefois mitigé.
Avec notre correspondante à Rome, Anne Le Nir
Le premier bilan de cette visite de Mouammar Kadhafi en Italie est très mitigé pour Silvio Berlusconi. Même si le fait d’avoir été le premier chef de gouvernement italien à demander pardon pour le passé colonial de l’Italie ne doit jamais être sous-évalué.
Les points positifs
Les points positifs sont les engagements réciproques respectés avant tout en matière d’immigration. Entre le mois d’août 2009 et le mois de juillet 2010, les débarquements des candidats à l’immigration sur les côtes italiennes ont diminué de 88%.
En contrepartie, Rome respecte sa promesse de dédommagement de 25 milliards de dollars sur 20 ans. La première pierre de l’autoroute côtière qui sera construite en Libye a été posée. Un hôpital a été construit dans ce pays, et des bourses d’études en Italie à une centaine d’étudiants libyens ont effectivement été octroyées.
Mais la façon très condescendante dont le chef du gouvernement italien gère cette amitié retrouvée, se retrouve plus que jamais au centre des critiques, soulevées tant par l’opposition que par des membres de sa majorité et bien sûr, l’église catholique.
Des critiques à gauche comme à droite
A gauche, les critiques concernent à la fois Silvio Berlusconi « faisant l’autruche » face à des questions relatives aux droits de l’homme, et la façon dont il a laissé faire son ami Kadhafi, qui s’est permis de lancer à des centaines de jeunes femmes rémunérées pour leur présence, la fameuse déclaration sur l’Islam qui « doit être la religion de toute l’Europe ».
A droite, les dissidents qui ont adhéré au Groupe autonome de parlementaires constitués par le président de la chambre des députés Gianfranco Fini, déplore que la capitale soit devenue « le Disneyland du dirigeant libyen », et demande ce matin du 31 août que cessent toutes ces « clowneries ». Et la Ligue du Nord, parti allié clé, très attaché aux racines chrétiennes de l’Italie, est absolument furieuse.
Enfin, toute la classe politique s’inquiète des menaces lancées au soir du 30 août envers l’Europe à laquelle Mouammar Kadhafi réclame au moins cinq milliards d'euros par an pour garantir le contrôle des côtes libyennes, qui représentent le premier pont vers l’Europe.
Quel crédit faut-il donner aux propos de Kadhafi ? |
Mouammar Kadhafi a le sens de la formule. Mais cela ne veut pas dire qu'il faut le prendre au sérieux, préviennent ceux qui connaissent le personnage. Le « guide » libyen n'en est d'ailleurs pas à sa première sortie du genre, comme l’a souligné Moncef Djaziri, professeur de sciences politiques à l'université de Lausanne : « Je crois que c’est une mise en scène. C'est-à-dire : l’occasion pour Kadhafi d’exprimer, un petit peu, un des slogans qui sont les siens depuis 1969. C’est un aspect, je dirais, presque anecdotique, dans la mesure où cela ne repose pas sur une stratégie sérieuse en quelque sorte d’islamisation de l’Europe ». Certains vont même plus loin. Ghaleb Bencheikh, le président de la Conférence mondiale des religions pour la paix dont le siège est en France, parle, lui, d'une « sortie gratuite » du guide libyen, à laquelle ses pairs arabes n'accorderont probablement que peu de crédit. Ghaleb Bencheikh estime que Mouammar Kadhafi n'est pas légitime pour parler de l'expansion de l'Islam. Son rapport à l'islam n'est d'ailleurs pas simple : « C’est un rapport très ambigu. C’est vrai qu’il laisse place, davantage, aux nationalismes purs. Mais, pour ne pas apparaitre comme un antimusulman de par cette lutte farouche contre les islamistes de son pays, il faut qu’il rééquilibre ses positions par ce genre de déclarations ». Les propos de Mouammar Kadhafi n'engagent que lui, mais Ghaleb Bencheikh craint que ses affirmations ne compliquent les rapports entre les musulmans d'Europe et les citoyens d'autres confessions. |

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