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Article publié le : jeudi 02 septembre 2010 - Dernière modification le : jeudi 02 septembre 2010

Les sociétés européennes accusées de bafouer le droit de leurs salariés américains

Manifestation le 16 avril 2010 à Gaithersburg, dans le Maryland, devant le siège du géant de la restauration Sodexo.
Manifestation le 16 avril 2010 à Gaithersburg, dans le Maryland, devant le siège du géant de la restauration Sodexo.
AFP/Karin ZEITVOGEL

Par Agnieszka Kumor

Les groupes européens, qui affichent leur adhésion aux règles de l'Organisation internationale du travail ne respectent pas leur engagement lorsqu'elles s'installent aux Etats-Unis. Voici ce que constate dans son rapport Human Rights Watch. Parmi les entreprises citées figurent deux groupes français, Saint-Gobain et Sodexo.

Human Rights Watch (HRW) accuse une dizaine de groupes européens de bafouer le droit syndical dans leurs filiales américaines. L'organisation de défense des droits de l'homme, basée à New York, a relevé, en effet, des pratiques, certaines généralisées, d’autres spécifiques à certains établissements, qui visent à empêcher la formation de syndicats par l’intimidation ou la désinformation des salariés. Les mesures telles que le recours à l’embauche temporaire de personnes pour remplacer les grévistes, le licenciement pur et simple de syndicalistes, ou encore le refus de négocier avec des syndicats existants sont souvent à l’ordre du jour.

Un vide juridique profite à beaucoup de sociétés

Pourtant rien dans la loi américaine n'oblige les entreprises européennes opérant sur le marché américain à respecter les normes internationales. Les Etats-Unis n'ont pas ratifié l'une des conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT), notamment celle sur le droit d'association et d'organisation des travailleurs. Un vide juridique persistant depuis plus de 60 ans, dont profitent les entreprises peu scrupuleuses, estime Jean-Marie Fardeau, directeur France de Human Rights Watch: « Ce que gagnent ces entreprises c’est le contrôle le plus maximal du climat social. Le droit social est interprété a minima, ou juste au niveau du droit américain qui est malheureusement très faible en matière de droit de syndicalisation et d’association des travailleurs ».

Le rapport de Human Rights Watch a mis en évidence l'hypocrisie de beaucoup d'entreprises multinationales. « Elles ont une tendance à se comporter très bien en Europe, où la protection est plus conforme aux normes internationales. Ce qu’elles oublient vite aux Etats-Unis où cette protection est beaucoup plus faible », estime de son côté Timothy Noonan, porte-parole de la Confédération syndicale internationale.

Saint-Gobain et Sodexo, les mauvais élèves

Parmi les dix groupes épinglés figurent deux entreprises françaises, Saint-Gobain et Sodexo. Depuis plus d’un an, Human Rights Watch a mené des discussions avec leurs directions au sujet de son rapport. L’échange des courriers est disponible sur le site web de HRW France. Contactés par RFI, les deux groupes n’ont pas souhaité s’exprimer à ce sujet. Et pourtant, selon HRW, ils contestent un certain nombre de points contenus dans le rapport. « Tous les éléments recueillis prouvent que, malheureusement, les manquements persistent par rapport aux engagements que ces entreprises ont pris au niveau international pour respecter les conventions de l’Organisation internationale du travail, la Déclaration universelle des droits de l’Homme ou encore le Pacte mondial des Nations Unis », soutient Jean-Marie Fardeau. Et il ajoute : « Ce rapport est pour nous un point de départ pour un dialogue avec les entreprises, dans l’espoir qu’elles progressent dans l’application de leurs engagements. »

Face à l'hypocrisie des entreprises européennes présentes sur le marché américain, les salariés ne sont pas totalement désarmés. Sous la pression de l'Organisation internationale du travail, ainsi que celle des syndicats européens et américains, le Congrès a enfin préparé un projet de loi, « Employee Free Choice Act » qui mettrait en conformité les Etats-Unis avec les normes internationales. Mais pour l’instant il n’est pas inscrit à l’ordre du jour du Parlement américain.
 

tags: Droits de l’homme - Entreprises - Industrie - Questions sociales
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