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    Europe

    « Illégal », un film engagé sur le sort réservé aux sans-papiers

    media Olivier Masset-Depasse, réalisateur belge du film « Illégal », au 25e Festival international du film francophone de Namur. RFI / Kèoprasith Souvannavong

    Illégal est l'un des grands temps forts du 25e Festival international du film francophone de Namur, en Belgique (1-8 octobre 2010). Le deuxième long métrage - très engagé - du Belge Olivier Masset-Depasse invite le spectateur à réfléchir sur les conditions de rétention et d’expulsion des sans-papiers, un sujet brûlant d’actualité. Le film représentera la Belgique aux Oscars 2011. Entretien avec son jeune réalisateur.

    RFI : Illégal met en scène Tania, une Russe qui vit clandestinement en Belgique avec son fils Yvan. Elle redoute les contrôles de police, jusqu’au jour où elle est arrêtée, séparée de son enfant, détenue dans un centre de rétention administrative et menacée d’expulsion. Olivier Masset-Depasse, votre film apporte un regard nouveau sur ces centres fermés, et sur le sort réservé aux sans-papiers. Comment vous est venue l’idée de ce projet ? 

    Olivier Masset-Depasse : Elle m’est venue au détour d’un reportage diffusé à la télévision. J’ai entendu des mots comme « prisons pour enfants, prisons pour innocents ». J’ai aussi découvert qu'il y a un centre de rétention pas loin de chez moi. J’ai ressenti un profond malaise. Une obsession est alors née en moi : j’ai voulu savoir ce qui se passe derrière ces grilles. Très vite j’ai eu l’idée d’en faire un film. Dès lors, je suis parti enquêter avec un journaliste et un juriste de la Ligue des droits de l’homme. Cette recherche a duré un an.

    RFI : Qu’avez-vous découvert derrière ces grilles?

    O.M-D : J’y ai vu pas mal de choses, principalement le désoeuvrement et la pression. Dans les témoignages que nous avons récoltés, les gens nous disaient « notre vie s’est arrêtée. C’est le purgatoire ». J’ai pu entrer dans ces centres plusieurs fois. Je me suis bien imprégné des lieux. J’ai voulu me « coller » à la réalité pour le film. C’était important d’interviewer également des gardiennes, des gens qui font partie du système, car je voulais être le moins manichéen possible. Je ne voulais pas faire simplement un film de gauchiste, mais un film bien documenté. Et surtout, il fallait arriver à en faire une vraie fiction.

    RFI : Quel est le quotidien de ces personnes dans les centres de rétention ?

    O. M-D : Il n’y a rien à faire dans ces centres. De temps en temps, des animatrices essaient de faire bouger les choses, mais en réalité c’est un peu comme si on est enfermés à l’hôpital, avec la même sensation de claustrophobie. Les gens y sont angoissés, prennent beaucoup de calmants qui les lobotomisent. Un vrai désoeuvrement.

    RFI : Tania, l’héroïne de votre film, est Russe et pas Africaine ou Asiatique comme on le voit souvent dans les sujets qui traitent des sans-papiers.

    O. M-D : « Attention, à ne pas respecter l’autre on ne se respecte plus soi-même », tel est le message du film. En clair, si je deviens une ordure, eh bien dans ce cas-là je m’éloigne de moi. Il est important que le spectateur s’identifie le plus profondément possible au personnage. Je me suis basé sur une réalité : la présence d’une forte communauté russophone en Belgique. J’ai rencontré beaucoup de ces mères monoparentales qui arrivent de plus en plus dans nos contrées. Dans le film, je ne voulais pas de barrière raciale, ni culturelle. Je voulais que le spectateur puisse se dire « Tania, c’est moi ». A travers ce film, je n’ai pas voulu prêcher que les convaincus, mais aussi les gens de l’autre versant. Il fallait donc faire en sorte que l’immigré nous ressemble le plus possible.

     RFI : Le film commence avec une scène difficile à supporter. L'héroïne se brûle les doigts avec un fer à repasser pour ne pas que l'on puisse l'identifier grâce à ses empreintes. Elle espère éviter ainsi l’expulsion.

    O. M-D : Tania a essayé d'effectuer les démarches légales pour pouvoir rester en Belgique, mais elle a été déboutée. Elle décide donc, de par son histoire personnelle, de plonger dans la clandestinité pour ne pas retourner en Russie afin d’assurer un meilleur avenir pour son jeune fils, Yvan. A partir de ce moment-là, elle décide de disparaître à travers l’acte de brûler ses doigts. C'est une pratique courante. On rencontre cela à Sangatte [dans le nord de la France].

    RFI : Dans Illégal, on voit à quel point ces sans-papiers vivent avec la peur au ventre.

    O. M-D : C’est ce qui m’a frappé dans tous les témoignages que j’ai recueillis. Et c’est ce qui m’a intéressé en tant que réalisateur. J’ai voulu faire de ce drame un thriller psychologique. Je voulais un film sous tension, car c’est ce que vivent ces gens en permanence, surtout quand ils arrivent dans un centre de rétention où ils sont laissés dans un flou total, générateur d'angoisses.

    RFI : Vous êtes signataire du collectif des cinéastes qui soutiennent les sans-papiers. Illégal est un long métrage très engagé.

    O. M-D : Je ne suis pas militant. J’ai ressenti un malaise que j’ai voulu faire partager. L’intérêt du cinéma est de pouvoir – contrairement aux informations ou aux documentaires – se poser une heure et demie, le temps du film, de pouvoir se glisser dans la peau du personnage et se regarder en face en se demandant : « Cela se passe dans mon pays. Est-ce que j’accepte ou je n’accepte pas ? » Loin de moi l’idée de culpabiliser. Mais il faut savoir que ce sont les contribuables qui paient ces centres de rétention ; donc en étant passifs, on est actifs. On a sa part de responsabilité. Je veux juste que, après avoir vu ce film, les gens ne puissent pas dire « je ne savais pas ».

    RFI : Certains estiment que régulariser des sans-papiers peut engendrer une hausse de l'immigration illégale. D'autres affirment que l' « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Quel est votre point de vue ?

    O. M-D : Je pense qu’il faut mieux placer l’argent. Ces centres fermés sont une façade politique, mais ne constituent pas une solution. Cela ne marche pas. En revanche, on devrait mettre de l’argent sur la réelle problématique : les trafics de visas dans les ambassades, les mafias qui fondent sur les ambassades comme des aigles. Là, on ne met pas d’argent parce que ce n’est pas visible. Quand l’électeur se réveille apeuré, eh bien on lui dit « regardez, on les met [les sans-papiers] quand même en prison ». Le problème est que ces gens n’ont pas commis de crime. Il y a une ambiguïté qu’il faut lever : sommes-nous prêts à nous renier pour être rassurés ?

    RFI : Quel regard portez-vous sur la politique actuelle d’expulsion de Roms en France ?

    O. M-D : Je suis consterné comme tout le monde. Les expulsions, c’est la tendance actuellement. Il n'y a pas que la France qui procède à des expulsions, il y a aussi la Belgique, les Pays-Bas et la Suède... De la Suède à l’Italie, on sent bien que l’Europe est en train de se crisper, de revenir à une période où les gens sont apeurés. Et c’est un bon moment pour se remettre en question, car sinon on va partir à nouveau à la dérive. Espérons que tous les débuts de siècle ne se ressemblent pas.

    Entretien réalisé au 25e FIFF de Namur par Kèoprasith Souvannavong 

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