Dernières infos
Ouzbékistan / Union européenne - 
Article publié le : lundi 24 janvier 2011 à 00:37 - Dernière modification le : lundi 24 janvier 2011 à 00:37

Le dictateur ouzbek Islam Karimov à Bruxelles

Le président ouzbek, Islam Karimov.
Le président ouzbek, Islam Karimov.

Par Régis Genté

Le président ouzbek Islam Karimov est à l’évidence un des pires tyrans de la planète. Mais Bruxelles l’accueille quand même, ce lundi 24 janvier. « Par principe, nous encourageons les rencontres avec les dictateurs. Mais celui-ci a été si résistant à tout changement en matière de droits de l’homme, qu’exceptionnellement nous pensons que M. Barroso, ne devrait pas le recevoir et contribuer à légitimer son régime », affirme Andrew Stroehlein, directeur de la communication de l’International Crisis Group.

De notre correspondant à Tbilissi,

Moins de cinq ans après la tuerie d’Andijan, où l’ex-apparatchik a fait tirer sur la foule, tuant entre cinq et sept cents personnes, le voilà accueilli au plus haut niveau dans la capitale européenne. L’homme, 72 ans, a résisté à tout. Campagne médiatique mondiale suscitée par l’émotion de la tragédie, pressions diplomatiques, sanctions européennes… Ces dernières « n’ont jamais été prises sérieusement, rappelle M. Stroehlein. Dès le premier jour, l’Allemagne voulait les faire cesser », ne pensant qu’à sa base militaire ouzbèke de Termez, à la frontière afghane.

« Le problème est que le dialogue politique après la levée des sanctions en 2009 n'a pas donné de résultats tangibles. Pire, la situation n’a fait qu’empirer depuis », déplore Mutabar Tadjibaïeva, président de l’ONG le « Club des cœurs ardents », en exil en France. Certes, l’équipe de M. Barroso affirme que ce dialogue se tiendra. « Notre politique d’engagement critique et conditionnel sera respectée. M. Barroso parlera des droits de l’homme à M. Karimov. Le dialogue au plus haut niveau est le meilleur moyen de pousser les réformes », nous a expliqué Michael Karnitschnig, un porte-parole de la Commission européenne.

Mais le scepticisme perdure. « Lorsque l’on voit comment la visite a été organisée, tout indique que Bruxelles voulait la cacher. Sans parler du CV du dictateur mis en ligne sur le site de la Commission, avant d’être retiré. Karimov y était décrit comme responsable “d’un Etat fondé sur la loi démocratique, garantie de la paix civile et de la concorde nationale” », affirme Michael Laubsch, de l’Eurasian Transition Group, tout en faisant observer qu’en Ouzbékistan « les enjeux ne sont pas si cruciaux pour l’Europe. » « Le Conseil des affaires étrangères de l’UE n’a pas été saisi pour discuter de la visite. Je sais qu’il leur a été dit que ce n’était pas une visite officielle et qu’il n’y avait donc pas lieu d’en parler », ajoute Veronika Szente Goldston, de Human Rights Watch.

A Bruxelles, chacun rejette sur l’autre l’initiative de l’invitation. « Nous avons seulement pris acte du fait qu’il était reçu au siège de l’Otan. Il nous a demandé un entretien, nous avons accepté », explique M. Karnitschnig. Mais l’Otan nie avoir lancé l’invitation. Quant aux autorités belges, elles se défendent même d’avoir un seul entretien avec le dictateur. « C’est normal, on ne peut pas recevoir le chef d’un Etat qui exploite de façon systématique les enfants pour récolter le coton, réprime toute liberté d’expression, encourage la torture et même les viols en prison », estime Nadejda Atayeva, de l'association « Droits de l’homme en Asie centrale ».

Dimanche 23 janvier, avant de s'envoler pour Bruxelles, Islam Karimov triomphait sur la première chaîne nationale : « L'Ouzbékistan a gagné en prestige dans le monde entier en tant que partenaire fiable. »

tags: Ouzbékistan - Union Européenne
Réagissez à cet article
Commentez cet article en tapant votre message dans la zone de texte. Le nombre de caractères est limité à 1500 ou moins.
(0) Réaction
Fermer