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« Laïcité Inch’Allah », un film franco-tunisien qui prône la liberté de conscience

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Près de 150 films sont projetés cette année au Festival international du film francophone de Namur en Belgique (du 30 septembre au 7 octobre 2011). Parmi cette sélection issue des quatre coins du monde, un documentaire engagé franco-tunisien qui fait beaucoup parler de lui. Il s’agit de Laïcité Inch’Allah, signé Nadia El Fani. La réalisatrice milite avec fougue pour la liberté de conscience en Tunisie - pays d’où est parti le « Printemps arabe » - à un moment où « les islamistes veulent régenter notre vie », souligne-t-elle. Entretien.

RFI : Nadia El Fani, votre documentaire de 75 minutes a été tourné en août 2010 en plein ramadan, sous le régime Ben Ali, caractérisé par une censure omniprésente. Parlez-nous des conditions de tournage.

Nadia El Fani : Pour la première fois de ma vie, j’ai tourné en mentant sur le sujet et sur le titre du film. J’ai fait croire que j’allais réaliser un film sur l'ambiance sympathique du ramadan qui laisse aussi place à la fête. Mais mon objectif réel était d'ausculter la société tunisienne parce que je voyais de plus en plus un repli sur la religion. L’islam prenait toute la place dans la société et conduisait à une hypocrisie sociale terrible. Par exemple, une bonne partie des gens se cachaient pour manger ou pour boire pendant le jeûne du ramadan. Selon moi, cette hypocrisie était orchestrée par le pouvoir, qui voulait donner des gages aux islamistes et mon but était de dénoncer ce jeu malsain.
 
RFI : Aujourd’hui, la pratique de la religion est beaucoup plus sociale alors qu’auparavant elle relevait davantage de la sphère intime. Rappelez-nous la vision de l’islam qu’avait l’ex-président Habib Bourguiba et l’article premier de la Constitution tunisienne.
 
N.E.F. : En Tunisie, pays qui passe pour être un pays laïc, peu de gens savent que l’article premier de la Constitution stipule que la Tunisie est un pays dont le régime est la République, la langue officielle est l’arabe, et la religion l’islam. Il y a évidemment une ambiguïté dans cet article : on ne sait pas si la religion s’applique à l’Etat, au peuple ou au pays.
 
Dans son jeu politique de l’époque, Bourguiba voulait absolument conduire la Tunisie vers la modernité, en démontrant que par l’islam on pouvait aussi moderniser le pays. Mais pour lui, la laïcité n’avait pas le même sens que la laïcité en France où la séparation entre l’Etat et les religions est très nette depuis 1905.
 
Malheureusement, comme l’article premier de la Constitution stipule que la religion est l’islam, cette religion s’applique à tout le peuple tunisien. Or, tout le monde n’est pas musulman ou croyant en Tunisie. Et personne ne doit être obligé de rentrer dans le moule. Allons-nous bientôt nous doter d’une Constitution laïque ? Telle est la question que je me pose.
 
RFI : Dans le film, une femme dit, au sujet de la pratique religieuse, que la spécificité tunisienne est en train de disparaître et que l’on se dirige vers le modèle des pays du Golfe.
 
N.E.F. : La spécificité tunisienne consistait en des pratiques laïques que nous avions depuis longtemps. Dès 1956, Bourguiba avait promulgué le Code du statut personnel grâce auquel la femme avait des droits comme nulle part ailleurs dans le monde musulman ; la polygamie était abolie et le mariage était forcément civil.
 
En 1961, Bourguiba avait fait un discours dans lequel il exhortait le peuple tunisien à ne pas faire le ramadan et il ne voulait pas non plus que l’on modifie les horaires des administrations en fonction des horaires des préceptes du ramadan avec, par exemple, la rupture du jeûne à des heures particulières. Il était même allé, en 1964, jusqu'à boire un verre de jus d’orange en public lors d'un discours pour bien montrer que lui, ne jeûnait pas.
 
RFI : Votre long métrage documentaire est un film engagé dans lequel vous dites clairement « entre les islamistes et moi, c’est la guerre ».
 
N.E.F. : Oui, mais je le dis au bout d’une réflexion. Tant que les islamistes essaieront de piétiner ma liberté, qu’elle soit de pensée, d’expression ou dans ma façon de vivre, entre eux et moi ce sera la guerre. Et apparemment ils l’ont bien prouvé puisque ceux qui m’attaquent aujourd’hui en Tunisie sont des islamistes. Ils essaient non seulement de m’empêcher de parler, de dire ce que j’ai envie de dire, alors que nous venons d’accomplir une révolution, mais ils essaient également d’empêcher la diffusion de mon film et de me traduire en justice sous des prétextes fallacieux.
 
RFI : Plusieurs mois après la révolution qui a conduit à la chute du régime Ben Ali, comment voyez-vous l’avenir de la Tunisie du point de vue religieux ? Pourrait-elle devenir un pays islamiste ?
 
N.E.F. : Non, la Tunisie ne sera pas un pays islamiste. En revanche, il y a un affrontement entre ceux qui, comme moi, prônent la laïcité et ceux qui malheureusement pensent que le pays n’est pas prêt pour inscrire la laïcité dans sa Constitution. La bataille sera celle-là pour les prochaines élections.
 
La religion ne doit pas se mêler de la politique et inversement. Personne n'a le droit d'imposer à l'autre une croyance ou une pratique religieuse. Demander la laïcité revient aujourd'hui à demander à ce que tout le monde ait le droit de vivre libre et en paix en Tunisie, quelle que soit sa croyance ou sa non croyance.
 
RFI : Il y a tout de même une contradiction dans le titre de votre film, Laïcité Inch’Allah.
 
N.E.F. : « Inch’Allah » est devenue une expression culturelle, tout comme lorsque l’on dit, en France, « Si Dieu le veut ». Formuler cette expression ne signifie pas forcément que l’on croit en Dieu. Laïcité Inch’Allah est un clin d’oeil à tous ceux qui ont essayé de m’attaquer sur mon documentaire, un temps intitulé Ni Allah, ni Maître !. Ils disaient que j’insultais l’islam mais ce n’était pas du tout le cas. Je respecte totalement cette religion au même titre que les autres, même si personnellement je ne crois pas en Dieu.
 
RFI : Vous défendez avec fougue la laïcité et vous soulignez, à la fin de votre film, que le combat n’en est qu'à ses débuts.
 
N.E.F. : Oui, ce n’est qu’un début, comme toutes les luttes. Les luttes ne s’arrêtent jamais. Victor Hugo disait : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Moi, je suis en vie, donc je lutte. Je veux une société moderne et progressiste. Je veux être libre et je ne tiens pas à ce que la religion gère ma vie.
 
RFI : Laïcité Inch’Allah est sorti en France le 21 septembre 2011. Il est toujours projeté dans des salles parisiennes. Comment le public a-t-il réagi à votre film ?
 
N.E.F. : Les réactions ont été chaleureuses. Les gens ont adhéré à cet espoir né en Tunisie après la révolution et m’ont encouragée. Récemment, j'ai reçu le Grand prix international de la laïcité. En France, le prix est attribué par le Comité Laïcité République à des personnes qui oeuvrent pour la défense de la laïcité.
 
 
Festival international du film francophone de Namur en Belgique, du 30 septembre au 7 octobre.
 

 

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