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    Europe

    L’Allemagne relance une ultime traque contre les anciens nazis

    media John Demjanjuk à la sortie du tribunal de Munich, le 12 mai 2011. REUTERS/Michael Dalder

    Sur la base de la jurisprudence du procès de John Demjanjuk, selon laquelle un homme peut être condamné pour le simple fait d’avoir été employé dans un camp de concentration sans qu’il n’y ait forcément de preuves matérielles certifiant ses crimes, la justice allemande repart une ultime fois à la chasse aux derniers nazis. Mais le bien fondé juridique de cette initiative ne fait pas l’unanimité.

    La traque des criminels nazis n’est pas terminée. Près de soixante-dix ans après la fin de la guerre, elle reprend même de plus belle en Allemagne. La raison : la jurisprudence du procès de John Demanjuk ouvre de nouvelles perspectives quant à la possibilité de faire condamner d’anciens employés des camps de concertation, même sans preuve matérielle justifiant qu’ils aient commis des crimes.

    John Demjanjuk, c’est cet ancien soldat ukrainien de l’Armée rouge, capturé par l’armée hitlérienne et devenu gardien dans le camp de la mort de Sobibor au sud de l’actuelle Pologne. En 2009, il est extradé des Etats-Unis vers l’Allemagne, et jugé en 2011 par un tribunal de Munich, qui le condamne à six ans de prison. L’homme a fait appel, mais le plus important est dans le mécanisme juridique qui a motivé le jugement du tribunal bavarois : Demjanjuk a été jugé coupable de complicité du meurtre de dizaines de milliers de juifs en tant que garde du camp d'extermination nazi de Sobibor. Et ce alors que les preuves matérielles, essentiellement des documents administratifs, n’avaient pas été jugés suffisamment fiables pour prouver qu’il avait bien commis de tels crimes. Mais le tribunal munichois a jugé que le simple fait d’avoir été dans le camp suffisait à être reconnu coupable.

    Dernier chapitre

    Une décision qui pourrait ouvrir la voie à d’autres. Jusqu’ici l’absence de preuves matérielles ne permettait pas d’envisager un procès débouchant sur une condamnation. « Cela pourrait donner lieu à un dernier chapitre très intéressant. Il y a des implications énormes, même à la date avancée à laquelle nous sommes », estime Efraim Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal à Jérusalem, interrogé par le quotidien britannique The Guardian. La justice allemande s’est donc mise en quête de débusquer d’anciens employés des camps nazis. Et elle doit le faire vite : le plus jeune des accusés potentiels est octogénaire. 

    L’initiative pose néanmoins des questions. Joint par Rfi.fr, Serge Klarsfeld, avocat qui a traqué et plaidé contre des criminels nazis, estime ainsi que cette chasse ne peut amener à débusquer que « des subalternes ». « Les nazis qui avaient des responsabilités sont morts depuis longtemps. Des gens qui avaient au moins 30 ans au moment de la guerre, auxquels on ajoute 70 ans écoulés depuis 1945, ils auraient donc au minimum cent ans aujourd’hui... », explique-t-il. Or, selon lui, il y a peu de preuves administratives concernant les subalternes. « Quand un gardien a tué ou frappé un détenu, il n’a pas fait de rapport là-dessus », rapporte-t-il. 

    Un potentiel de 4 000 personnes 

    Lors des précédents procès de criminels nazis, dans l’absence de documents administratifs, des témoignages pouvaient permettre de confondre les anciens criminels : « Quand deux témoins qui ne s’étaient pas connus ni concertés auparavant disaient la même chose sur un accusé, on pouvait le condamner. Il n’y a plus de témoin aujourd’hui », estime Serge Klarsfled, qui souligne également que « des accusés qui ont été dans les camps ont été acquittés après la guerre, grâce à des témoignages » qui assuraient qu’ils n’avaient pas forcément commis de crimes.

    Mais Efraim Zuroff voit dans la jurisprudence Demjanjuk une formidable opportunité de traquer les derniers survivants du nazisme. Près de 4 000 personnes seraient concernées selon lui. « Même si seuls 2% de ces gens sont encore en vie, nous parlons de 80 personnes. Admettons que la moitié d’entre eux ne soit pas médicalement en état d’être amenés devant la justice, cela nous laisse avec 40 personnes, c’est un potentiel incroyable », explique-t-il au Guardian. Pour lui, le fait que ces anciens nazis n’aient eu que des rôles subalternes importe peu : « Notre but est d’amener autant de gens que possible devant la justice. Ils ne doivent pas être laissés de côté sous prétexte qu’ils sont moins que Mengele ou moins que Himmler ».

    Relents de justice autoritaire

    Un avis auquel ne s’oppose pas Serge Klarsfeld : « Si on trouve quelqu’un, même de plus de 90 ans, pour qui on a des preuves matérielles qu’il a participé aux crimes nazis, je suis partisan de le poursuivre ». Mais que l’avocat veut nuancer : sans preuves matérielles suffisantes, à l’image du procès de Demjanjuk, il estime que la démarche « va même à l’encontre du sentiment de justice. On inculque sur la base que la personne était dans un camp et donc ne peut pas ne pas être coupable. C’est une justice avec des relents de système autoritaire », estime-t-il. Et il pointe notamment le risque de procès avec des preuves matérielles insuffisantes qui, selon lui, peuvent déboucher sur un acquittement et « laisser un goût amer ». Quel que soit le résultat et le bien fondé de cette ultime traque, l’Allemagne prouve un jusqu'au-boutisme dans son devoir de mémoire.

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