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La Saint-Nicolas, une fête «raciste» menacée d’interdiction au Suriname

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L'ancienne colonie néerlandaise du Suriname, pays voisin de la Guyane française, envisage d'abolir la Saint-Nicolas à cause du caractère raciste de cette fête néerlandaise –l’équivalent de Noël pour les protestants.

Tous les ans, le 5 décembre, les Pays-Bas réveillonnent avant la fête de la Saint-Nicolas. Quelques semaines auparavant, un dimanche de novembre, un faux Saint Nicolas à longue barbe blanche fait une arrivée théâtrale à Amsterdam, sur son cheval blanc, accompagné d’un élément de plus en plus contesté de la tradition, le Zwarte Piet. Un « Pierre le Noir » qui fait office de valet et se distingue par sa face noire comme du charbon, ses lèvres peintes en rouge vif, ses cheveux crépus et son attitude excentrique.

Dans la tradition, Zwarte Piet assiste Saint Nicolas en distribuant des bonbons aux enfants qui ont été sages, et en faisant peur à ceux qui ne l'ont pas été. En raison d’un ancien lien colonial et de la présence d’une petite communauté blanche (1% de la population) au Suriname, la Saint-Nicolas est aussi fêtée sur la place de l’Indépendance de Paramaribo, la capitale. Mais le Parlement de ce petit pays d’Amérique latine, indépendant depuis 1975, voit surtout dans cette fête l’évocation d’une ancienne relation de maître à esclave et un « mauvais exemple pour les enfants ». La population du Suriname -500 000 personnes- est une mosaïque de cultures et de religions : elle est composée à 37% de descendants d’immigrés venus d’Inde, à 31% des Créoles issus du métissage, 15% des descendants d’immigrés venus d’Indonésie et 10% des descendants d’esclaves noirs.

Un « Noël raciste »

Son ancien président, Ronald Venetiaan, un Noir, a proposé le 23 décembre d’interdire le « Noël raciste » des Néerlandais. D’autant plus que quatre artistes ont été arrêtés aux Pays-Bas en novembre, simplement pour avoir porté des t-shirts affichant ce slogan : « Pierre le Noir, c’est du racisme ». Parmi eux, Quincy Gario, un poète de 27 ans originaire de Curacao, une île des Antilles néerlandaises, victime de brutalités policières à Utrecht.

A Amsterdam comme à Paramaribo, le personnage de Pierre le Noir étonne les touristes de passage, parfois choqués de voir de grands blonds aux yeux bleus se déguiser en Noirs de manière si outrancière. Voilà plusieurs années déjà que la fête fait grincer des dents aux Pays-Bas. Alors qu’une minorité conteste le côté raciste de Zwarte Piet, beaucoup de Néerlandais estiment le débat nul et non avenu. A leur avis, Pierre le Noir ne serait pas un esclave, mais simplement couvert de suie parce qu’il passe par les cheminées…

Seul problème : cette hypothèse ne résiste pas à la moindre recherche historique. Lorsque Zwarte Piet fait son apparition, dans un récit intitulé Saint Nicolas et son serviteur, publié en 1845 par le maître d’école néerlandais Jan Schenkman, les Pays-Bas sont encore un empire colonial. Un royaume maritime qui a largement participé à la traite négrière et qui sera l’un des derniers, en Europe, à abolir l’esclavage en 1863, trente ans après la Grande-Bretagne.

Les autorités de La Haye ont bien tenté de désamorcer la polémique en 2006, en inventant un nouveau Zwarte Piet multicolore, plus représentatif d’une société multiculturelle. Mais le concept n’a pas pris. Pierre le Noir est redevenu noir, dans les écoles, dès l’année suivante.

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