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Article publié le : samedi 14 janvier 2012 - Dernière modification le : samedi 14 janvier 2012

L'ordinateur qui fait trembler les anciens de la Stasi est-allemande

Le Stasimuseum à Berlin, en Allemagne.
Le Stasimuseum à Berlin, en Allemagne.
www.stasimuseum.de

Par Claire Arsenault

Vingt-deux ans après la chute du Mur de Berlin, c’est une machine, un ordinateur ultra-puissant, qui révèlera peut-être des secrets que les anciens de la Stasi espéraient à tout jamais enfouis. L’Office fédéral en charge des archives de la Stasi (BStU), la police politique du régime est-allemand, a mis au point un processus de reconstruction virtuelle assisté par ordinateur. Cet ordinateur est capable de reconstituer des documents mis en pièce alors que la chute du régime devenait inéluctable en novembre 1989.

Dans les semaines qui ont précédé la chute du Mur de Berlin, fin 1989, les agents du ministère est-allemand de la Sécurité d’Etat se sont acharnés à réduire en pièces tout ce qu’ils pouvaient des kilomètres de dossiers, de comptes-rendus d’interrogatoires et autres rapports avant que la population n’investisse le bâtiment.

Des centaines de millions de bouts de papier

Lorsque la foule parvient à s’introduire dans les locaux de la redoutée Stasi, le 15 janvier 1990, ce sont quelque 112 kilomères de documents alignés auxquels s’ajoutent 15 500 sacs contenant des centaines de millions de bouts de papiers qui sont découverts et récupérés. Les agents sont encore à l’œuvre, les broyeuses ayant rendu l’âme, c’est à la main qu’ils s’escriment pour détruire tout ce qu’ils peuvent.

Dès 1995 a commencé la tâche de bénédictin consistant à reconstituer manuellement de diaboliques puzzles ; il faudrait ainsi huit siècles pour en venir à bout avec cette méthode. Autant dire qu’il s’agit d’une mission impossible pour les 3 200 personnes affectées à cette tâche dès 1990 (1 600 en 2010) par le biais d’une administration autonome entièrement consacrée aux documents de la Stasi.

Puisque l’Allemagne réunifiée a résolument opté pour la transparence et la sauvegarde de cette montagne de documents il fallait bien trouver un moyen d’accélérer leur décryptage et leur reconstitution. Depuis l’ouverture au public des archives de la Stasi, dès janvier 1991, l’Office fédéral qui en a la charge (BStU) a reçu en effet 2, 83 millions de demandes de renseignement. Et l’intérêt du public ne semble pas près de faiblir avec 80 611 nouvelles demandes déposées auprès de la BStU en 2011.

Un travail fastidieux

En 2000, le Bundestag a demandé à la BStU d’accélérer son travail de reconstruction des documents. Un défi relevé par Bertam Nikolay, ingénieur à l’Institut Fraunhofer qui a l’idée de développer un procédé de « reconstruction virtuelle » associé à un puissant logiciel. La machine est expérimentée depuis 2007. Pour numériser les morceaux de papier, il faut d’abord les lisser avant de les scanner recto verso. Ensuite l’ordinateur les trie selon une vingtaine de paramètres, comme la couleur, la forme, la texture, le type d’écriture manuelle ou machine, le type de déchirure faite à la main ou à l’aide de broyeuses…

Pour l’heure, le contenu de 70 sacs a été numérisé précise Bertram Nikolay et au terme de la phase expérimentale, dans quelques mois, ce sont les documents de 400 sacs qui devraient avoir été reconstitués pour un coût de 8 millions d’euros d’argent public. Une fois validé le procédé, la phase définitive du travail de « reconstitution virtuelle » devrait démarrer en 2013, ou plus vraisemblablement en 2014, assure M. Nikolay qui se dit persuadé de l’existence d’une vraie volonté politique de mener à bien ce projet.

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