Mort du Marquis de Tapies, maître de l’avant-garde
« L’un des grands phares de l’art contemporain », « Le plus grand maître de la peinture de l’Espagne », « Poète de la matière », les hommages affluent du monde entier pour célébrer l’œuvre du peintre et sculpteur catalan Antoni Tapies, décédé hier, le 6 février, à l’âge de 88 ans, à Barcelone.
Deux traits épais noirs au centre, quelques petits points entre parenthèses en haut et le tout sur un fond sablé… Les œuvres du maître catalan sont souvent faites de peu, avec des matériaux « pauvres » et toutefois incomparables. C’est l’un des plus grands artistes du 20e siècle qui nous a quittés.
Né le 12 décembre 1923 à Barcelone où il est décédé 88 ans plus tard, Antoni Tapies a enrichi l’univers de l’art avec des textures inédites, obtenues grâce à ses mélanges uniques et souvent non académiques. Il colle, il gratte, il déchire, il rajoute de la poudre d’argile et utilise même la corde et des chiffons pour arracher sa part de vérité aux peintures. L'auteur de L’Art contre l’esthétique (1978), compare ses tableaux aux « champs de bataille où les blessures se multiplient à l’infini ».
Tapies est issue d’une famille cultivée. Ce petit-fils d’un éditeur et marchand de livres suit, dans un premier temps, les pas de son père avocat. Mais les monstruosités de la guerre civile espagnole le tourmentent, et c’est ainsi que le besoin d’une expression artistique prend le dessus sur les études de droit.
Artiste-autodidacte ayant suivi à l’âge de 20 ans des cours de dessin, il fait, en 1948, partie des fondateurs du mouvement Dau al Set, proche des mouvements dadaïste et surréaliste. Ses rencontres avec Joan Miro et Paul Klee s’avèrent décisives pour sa carrière.
Première rétrospective en 1962
La politique entre également avec verve et originalité dans son art. A travers des symboles, des mots, des signes, il lutte contre le franquisme. Dans les années 1960, Tapies s’engage ouvertement dans la résistance contre la dictature de Franco, et s’en sort avec une amende et une brève détention.
Exposé dans les plus prestigieux musées du monde, il connaît déjà sa première rétrospective en 1962, à Hanovre, en Allemagne. En 1993, c'est pour lui le couronnement avec le Lion d’Or de Venise et depuis 1994, il est membre associé étranger de l’Académie des beaux-arts en France.
Antoni Tapies laisse derrière lui 8 000 œuvres. Prévoyant, l’artiste avait créé, en 1984, la Fondation Antoni Tapies à Barcelone pour promouvoir l’étude et la connaissance de l’art moderne et contemporain. Dernière consécration pour le peintre catalan : en avril 2010, Tapies est élevé par le roi d’Espagne au titre héréditaire de Marquis de Tapiés pour sa « grande contribution aux arts plastiques espagnols et mondiaux ».

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati














Commentaires
Réagissez à cet article