Procès Breivik : la Norvège a perdu son innocence mais a gardé ses valeurs

Le procès d’Anders Behring Breivik qui s’ouvre ce lundi 16 avril à Oslo est à la fois attendu et redouté en Norvège, neuf mois après le massacre qui a causé la mort de 77 personnes et fait plus de 240 blessés. De façon assez remarquable, la société norvégienne n’a pas cédé au sentiment de vengeance, ni décrété de lois d’exception. Le procès Breivik n’en demeure pas moins pour elle une épreuve et un défi.
Moins de neuf mois après le massacre perpétré par Anders Behring Breivik le 22 juillet 2011, la Norvège s’apprête à revivre des moments difficiles alors que s’ouvre le procès du tueur, ce lundi 16 avril à Oslo. Beaucoup de Norvégiens considèrent en effet cette sombre journée du 22 juillet comme leur 11-Septembre à eux, un moment où cette nation de 5 millions d’habitants s’est sentie atteinte en plein cœur, attaquée sur ses valeurs et touchée dans son bien le plus précieux : sa jeunesse.
Lors de ce macabre après-midi de juillet, l’assassin a tué 77 personnes, 8 à Oslo-même qui ont péri dans l’explosion du quartier des ministères et 69 sur l’île d’Utoya, dont 56 – tous des jeunes – abbatus froidement d’une balle en pleine tête par Breivik, vêtu d’un uniforme de policier pour mieux tromper ses proies. En l’espace de quatre heures, le « tueur aux yeux bleus » aura commis, à lui tout seul, deux fois plus d’homicides qu’en connaît la Norvège en moyenne sur une année. Les attaques ont également fait plus de 240 blessés, des rescapés de l’horreur qui attendent désormais que justice soit rendue.
Pas d’esprit de revanche
La plupart d’entre eux, comme une majorité de Norvégiens, ne se sentent pourtant pas habités d’un esprit de vengeance. « Je veux le voir et entendre ce qu’il a à dire mais je ne hais pas cet homme. Je n’ai pas peur de lui », a déclaré au Journal du Dimanche, Siri Sonstelie, 20 ans, l’une des rescapées d’Utoya. Elle s’y trouvait, comme les autres victimes, en tant que participante au camp d'été d’Arbeidernes Ungdomsfylking, la Ligue des jeunes travaillistes. Et elle sera présente lundi dans la salle du tribunal d’Oslo. « Il ne m’a pas détruite, pas plus qu’il n’a réussi à détruire la société norvégienne », a-t-elle ajouté. Ce sentiment est partagé par beaucoup.
L’immense majorité des survivants d’Utoya à avoir pris la parole depuis le drame rejette en effet l’idée d’une justice d’exception et refuse de transiger sur des valeurs comme les libertés individuelles ou l’ouverture au multiculturalisme. « Il faut un verdict équitable dont on n’ait pas à rougir à l’avenir », a déclaré à l’Agence France-Presse, Magnus Haakonsen, un autre survivant d’Utoya, âgé de 18 ans. « S’il s’agit d’un malade, il doit avoir droit à un traitement psychiatrique. Si ne l’est pas, il doit aller en prison », a-t-il ajouté. Si certains ont demandé que la loi soit modifiée lorsqu’ils ont découvert que la peine maximale encourue par le tueur ne serait « que » de 21 ans de réclusion, ils n’ont pas obtenu gain de cause.
« Le 22 juillet, c’est notre démocratie qui a été attaquée. Il est donc plus important de montrer que notre démocratie et notre Etat de droit fonctionnent », a pour sa part insisté le chef du gouvernement, le travailliste Jens Stoltenberg. « Breivik a essayé de s’en prendre à l’Etat de droit et, pour moi, il est plus important de préserver le système qu’il voulait détruire que de changer ledit système pour pouvoir le maintenir en prison », a acquiescé en écho Bjoern Ihler, 20 ans, un autre rescapé de la tuerie interrogé par l’Agence France-Presse. Malgré la brutalité du choc, peu de choses donc ont changé dans la vie de tous les jours au pays des fjords.
Il a quand même fallu attendre le mois de mars pour voir les autorités, de la police au ministère de l’Intérieur, s’excuser devant le pays de ne pas avoir pu arrêter Breivik à temps. Le ministre de la Justice ainsi que la chef des services de sécurité ont dû démissionner sous le déluge des critiques et une enquête est toujours en cours sur le manque de réactivité de la police au moment de la tragédie. Depuis, les forces de l'ordre ont été renforcées de 200 nouveaux agents et 205 millions d’euros ont été débloqués en urgence pour améliorer le réseau de communications de la police et aussi lui assurer l’accès à des hélicoptères en permanence, un mode de locomotion qui a fait cruellement défaut le jour du drame. Mais Jens Stoltenberg continue de se rendre à pied de son bureau de Premier ministre au Parlement et les policiers ne sont toujours pas armés.
L’impact du procès
La page du 22 juillet est cependant loin d’être tournée. Persuadés que les attentats étaient l’œuvre d’islamistes radicaux, des citoyens trop zélés avaient organisé des chasses aux musulmans dans les heures suivant la tragédie avant de cesser immédiatement après la capture de Breivik. Le fait que l’auteur des meurtres soit un Norvégien pure souche a entraîné le pays dans un profond questionnement : comment avons-nous pu engendrer un tel monstre ? C’est surtout une réponse à cette question qu’attendent du procès les Norvégiens. Une question d’autant plus troublante que Breivik tient, plus que tout, à être tenu responsable de ses actes et considèrerait comme « la pire humiliation » d’être interné à vie dans un hôpital psychiatrique pour démence.
Par calcul autant que par provocation, l’accusé a choisi pour le défendre un membre du Parti travailliste, Geir Lipperstad, un juriste de 47 ans qui a beaucoup hésité avant d’accepter cette charge d’avocat du diable. « J’ai prêté mon âme dans cette affaire, j’espère la récupérer intacte mais je n’en suis pas sûr », a avoué l'intéressé l’an dernier, après s'être saisi du dossier.
Perçu comme indirectement responsable du phénomène Breivik, le Parti du progrès (la formation d’extrême-droite que le tueur avait quitté en 2007 parce qu’il la trouvait trop molle) a connu un échec retentissant aux élections locales de septembre 2011, passant de 18% à 11% des suffrages. Parallèlement, les Jeunesses travaillistes ont enregistré un nombre record d’adhésion : +45% depuis juillet 2011. Ces deux résultats confortent un peu plus les Norvégiens dans l’idée que Breivik n’est pas parvenu à ses fins. Reste maintenant à savoir l’impact qu’aura son procès, dix semaines durant lesquelles la Norvège sera de nouveau confrontée, au quotidien, au pire cauchemar de sa récente histoire.

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Réagissez à cet article
(1) Réaction
Foutaise
Comment expliquer, que quelqu'un comme Breivik extermine 77 personnes
innocentes, et la justice le considère comme non coupable, ... et les familles des victimes, vous croyez qu'ils vont croiser les bras pour regarder ce criminel, en tout sortie de prison, il fera plus que ça, la justice Norvégienne, soyer partial, condamner cette personne pour le crime et les massacres des innocents qu'il a commis. MERCI.