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    Europe

    Législatives en Grèce: l’austérité fait fuir les électeurs des grands partis

    media Les 9,8 millions d'électeurs grecs votent ce dimanche 6 mai 2012, partagés entre la colère pour les deux années de crise qu'ils viennent de subir et la crainte du lendemain. REUTERS/Kevin Coombs

    En pleine déconfiture économique, la Grèce s’attend à un bouleversement politique lors des élections législatives de ce 6 mai. Exaspérés par l’austérité, les électeurs risquent de sanctionner les deux piliers traditionnels, Nouvelle Démocratie et Pasok. Quel que soit le vainqueur, les bailleurs de fonds continueront à imposer leurs conditions: si la Grèce veut obtenir la totalité des 240 milliards d’euros de prêts, la marche forcée pour un redressement de l’économie doit se poursuivre, a rappelé le FMI depuis Washington.

    Pour la première fois depuis la chute de la dictature des colonels en 1974, les électeurs pourraient tourner le dos aux deux grandes formations pour choisir les opposants à la cure d’austérité. Jamais autant de candidats et de partis ne se sont présentés : au total, trente-deux formations sont en lice. Dix formations pourraient passer la barre de 3% des voix et entrer au Parlement, contre cinq dans l’assemblée sortante. Le parti néo-nazi Aube dorée pourrait créer la surprise, étant doté de 5% des voix dans les sondages. Au total, les adversaires de la rigueur rassembleraient autour de 45% des votes, de l’extrême droite à l’extrême gauche.

    Les grands partis minés par le clientélisme

    Jugés usés et minés par le clientélisme, ni les conservateurs de la Nouvelle Démocratie ni les socialistes du Pasok ne semblent être en mesure de remporter une majorité claire. Le parti Nouvelle Démocratie avec à sa tête le bouillonnant Antonis Samaras part favori, mais n’a aucune perspective d’atteindre la majorité absolue. Crédité d’à peine de 22% des voix, le parti conservateur risque de devoir composer encore une fois avec son pire ennemi : les socialistes du Pasok, qui devraient arriver en deuxième place, avec près de 18% des voix ou même moins.

    Pourtant, contraint de soutenir un gouvernement de transition sous l’égide de l’ex-banquier central Lucas Papademos depuis cinq mois, Antonis Samaras ne souhaite pas renouveler l’expérience. « Je demande à gouverner seul avec un mandat fort au nom de la stabilité politique », s’est exclamé le chef de file des conservateurs lors de son avant-dernier meeting à Athènes. Il a exclu une coopération avec son rival socialiste Evangélos Vénizélos qui « condamnerait », selon lui, la Grèce à la « stagnation ».

    Déjà en été 2012, lorsque le pays plongeait vers la faillite, M. Samaras avait refusé la main tendue par le Premier ministre de l’époque Georges Papandréou. Il bataillait alors contre la cure d’austérité et exigeait des élections, sûr de les gagner. Sous la menace de la faillite, il a dû finalement mettre de l’eau dans son vin en soutenant les mesures de rigueur. S’il n’obtient pas la majorité absolue au Parlement ce dimanche, Antonis Samaras n’aura guère d’autres choix que de faire équipe avec la gauche.

    Les bailleurs exigent la poursuite des réformes

    Ce scénario est d’ailleurs le plus alléchant pour les bailleurs de fonds internationaux, car un gouvernement d’union semble aujourd’hui le seul garant de la mise en œuvre du programme d’assainissement dicté par la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Aucune période de grâce ne sera accordée au nouveau gouvernement : pour bénéficier des versements du deuxième prêt accordé en mars, les créanciers exigent de nouvelles coupes budgétaires d’un total de 11,5 milliards d’euros en 2013 et 2014. En contrepartie, ils promettent que ces économies, qui ont déjà abouti à une réduction de 6,5 points du déficit public depuis 2009, permettront une reprise dès la fin 2013.

    Englués dans la récession pour la cinquième année consécutive, exaspérés par le niveau record du chômage (21%) et lassés par les baisses salariales de 23% et de 10% de retraites, les Grecs ont du mal à croire à une sortie de crise. Le vote de dimanche portera donc surtout sur la question de savoir s’il faut oui ou non continuer une cure d’austérité dont les effets positifs ne sont pas encore visibles au quotidien.

    Le chef des socialistes, l’ex-ministre des Finances, Evangélos Vénizélos a, lui, déjà agité le spectre d’une « sortie de l’euro » si les électeurs ne donnent pas une majorité claire aux partis en faveur du plan de sauvetage international. Le Premier ministre sortant, le technocrate Lucas Papademos, a pour sa part souligné l’obligation pour le pays d’une « application efficace » des réformes lancées pour redresser l’économie, des réformes « déterminantes pour l’avenir du pays dans les prochaines décennies ». Un appel est également venu de Washington : le FMI rappelle que le nouveau gouvernement devra poursuivre le programme des réformes approuvé par l’équipe sortante.

    Le camp hostile à la rigueur née des plans de sauvetage dénonce un bluff des élites. « Affirmer que notre appartenance à l'euro est en danger est un mythe construit de toutes pièces, un chantage exercé par les partis favorables aux plans de renflouement et un outil visant à pressurer le peuple afin qu'il accepte des mesures qui nous amèneront la misère », dénonce Alexis Tsipras, le jeune dirigeant de Syriza, la coalition de gauche radicale.

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