Serbie : le nationaliste Tomislav Nikolic élu président contre toute attente
Le nationaliste populiste Tomislav Nikolic a remporté le 20 mai contre toute attente l'élection présidentielle, en Serbie. Il devance le président sortant pro-européen, Boris Tadic, qui espérait obtenir un troisième mandat. Selon les résultats communiqués dimanche soir, Nikolic a obtenu 49,5% des voix contre 47,5% pour Boris Tadic. Et déjà le vainqueur qui a fait une campagne essentiellement nationaliste, cherche à rassurer : la Serbie, qui a aujourd'hui le statut de pays candidat à l'UE, maintiendra sa voie européenne.
Avec nos correspondants à Belgrade et Bruxelles, Jean-Arnault Derens et Joana Hostein
Le nationaliste Tomislav Nikolic devance de deux points le sortant, le démocrate Boris Tadic, qui a reconnu sa défaite. Ce résultat traduit avant tout la déception de l’opinion publique dans un pays durement touché par la crise. La victoire de Tomislav Nikolic résulte sûrement moins d’un vote d’adhésion que d’une volonté de « punir les sortants ». D’ailleurs, peu de choses séparaient les programmes des deux candidats.
Tomislav Nikolic est issu de l’extrême droite nationaliste, mais il a opéré depuis quatre ans un spectaculaire « recentrage », se déclarant en faveur de la poursuite de l’intégration européenne de la Serbie. Dès dimanche soir, il a confirmé cet engagement, tout en annonçant une série de voyages, à Bruxelles, à Moscou, mais aussi à Zagreb, la capitale de la Croatie voisine.
L’élection de Tomislav Nikolic laisse ouverte la question de la formation du nouveau gouvernement, aucun parti n’ayant la majorité absolue – ni les partisans du nouveau président, ni les démocrates de Boris Tadic. Toutes les combinaisons sont possibles, tandis que le Parti socialiste de Serbie a annoncé qu’il entendait maintenir l’accord de coalition signé la semaine dernière avec le Parti démocratique.
Ces deux formations disposent d’une majorité suffisante au Parlement et pourraient donc contraindre le président Nikolic à une cohabitation, mais des retournements ne sont pas à exclure.
Les réactions de l'UE
« La priorité de la Serbie sera de protéger les citoyens Serbes du Kosovo », a déclaré le nouveau président serbe. De quoi rassurer quelque peu les milieux européens. Dans son premier discours, Tomislav Nikolic, n’a en effet pas déclaré que le Kosovo appartenait à la Serbie. Il a été plus nuancé.
La question de la reconnaissance du Kosovo reste délicate et l’Union européenne souhaite avant tout que les relations entre Belgrade et Pristina s’améliorent.
L’autre déclaration qui a été saluée par Bruxelles, c’est la volonté de Tomislav Nikolic de « maintenir la Serbie sur sa voie européenne ». On est loin des discours prononcés il y a quelques années à peine. Nikolic avait déclaré à l’époque que la Serbie ferait mieux d'être « une province russe », plutôt que d'adhérer à l'UE.
Il a depuis retourné sa veste. Il a même été reçu, il y a trois ans, par l’ancien commissaire européen à l’élargissement. Preuve que le nouveau président serbe est désormais considéré comme une personne plus respectable en Europe.
Un populiste aux manettes |
La troisième tentative a été la bonne. Après deux essais infructueux, Tomislav Nikolic a finalement réussi à battre Boris Tadic. Le nouveau président serbe, âgé de 60 ans, ancien directeur d’une entreprise de pompes funèbres, a commencé sa carrière politique au tout début des années 1990, en rejoignant le Parti radical serbe, l’extrême droite nationaliste. Tomislav Nikolic devient vite vice-président du parti et député au Parlement de Serbie. En 1998, les radicaux se rallient au régime de Milosevic, et Nikolic devient vice-Premier ministre. En 2002, Vojislav Seselj, le chef des radicaux prend la route de La Haye, inculpé de crimes de guerre par le TPI. C’est à Tomislav Nikolic que revient la lourde tâche de « garder la maison radicale » et d’organiser le soutien à l’accusé Seselj. Le Parti radical obtient alors ses plus grands succès électoraux, en incarnant une opposition résolue aux nouvelles élites démocratiques serbes, en se posant en défenseur des exclus de la transition. Le parti reste cependant toujours bloqué sous le plafond de 30% des voix, et Tomislav Nikolic, appuyé par son bras droit Aleksandar Vucic, décide en 2008 de rompre avec la tradition du radicalisme et de créer une formation « recentrée », le Parti progressiste serbe, qui se présente comme « conservateur et pro-européen ». La stratégie a été couronnée de succès. |

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