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    Europe

    A Kiev, les gauchistes de l'Arsenal cognent sur le football capitaliste

    media Boris : « Nous n'étions pas fans de football à l'origine, mais il fallait une plateforme pour nos revendications. » Laurent Geslin / RFI

    Dans un pays où les croix gammées et les saluts nazis s'affichent librement dans les stades, les « ultras » de l'Arsenal de Kiev, l'autre club de la capitale ukrainienne après le Dynamo, font figure d’exception : végétariens, anticapitalistes, pour les coups de poing et la classe ouvrière. Reportage à Kiev, au sein de l'ultra gauche du football.

    Avec notre correspondant à Kiev, Laurent Geslin

    Kiev, un soir de printemps moite et orageux. Le soleil se couche sur les zones industrielles de banlieue, Nikola se faufile entre les magasins de textile et les débits de boisson. Il a rendez-vous avec deux amis dans un petit café situé au-dessus d'un garage.

    Polos et chemises bien boutonnés, coupe de cheveux d'enfants sages, Sacha, Igor et Nikola, 22 ans, ont la politesse discrète de garçons bien éduqués. « Nous ne buvons pas, nous ne fumons pas, nous sommes végétariens. » L’œil ne cille pas mais s'anime un instant de reflets métalliques. « Mais nous sommes prêts à en découdre. »

    « Le chat et la souris »

    Pour les hooligans de l'Arsenal de Kiev, la violence n'est pas une option, elle est obligatoire. « Ceux qui viennent au stade doivent être prêts à se battre. » L'équipe peut compter sur quelques centaines de supporters, dont une cinquantaine d'ultras préparés aux actions violentes, les membres de la « firm » Hoods Hoods Klan dont le slogan s'affiche comme un défi : « No fear, no weakness » (« pas de peur, pas de faiblesse »).

    « C'est le jeu du chat et de la souris, sourit Igor, nous trouvons les ultras des autres équipes ou ce sont eux qui nous trouvent. » En novembre dernier, après une défaite à domicile contre le Tchernomorets Odessa, une trentaine d'ultras d'Arsenal tombent sur 50 supporters du Dynamo dans une station du métro de Kiev. Les injures fusent, la mêlée s'engage dans les wagons, trois policiers manquent de se faire écharper.

    Autre confrontation, le 22 avril à la gare de Kiev, après une victoire contre le Carpates Lviv. « Nous savions que les mecs de Lviv allaient prendre le train de nuit pour rentrer », continue Igor, « ils étaient 60, nous étions 35. » Trois minutes de bataille rangée, quelques nez cassés avant que la police n'intervienne. « Se prendre un mauvais coup fait partie des risques, précise Sacha. Je me suis fait péter la mâchoire. »

    Difficile pour les ultras de l'Arsenal de se faire une place dans la capitale ukrainienne, derrière l'équipe mythique du Dynamo Kiev. Mais qu'importe, car il est moins question de football que d'idéologie. Ici, on est antifasciste, anticapitaliste, pour les coups de poing et la classe ouvrière. Des engagements qui détonnent dans un pays marqué par vingt années de transition libérale, et où les svastikas et les saluts nazis s'affichent librement dans les stades. « Nous n'étions pas fans de football à l'origine, nous étions antiracistes, mais il fallait une plateforme pour nos revendications », explique Boris, un des capos des ultras.

    « Penser par soi-même »

    Les premiers temps sont difficiles. Entre 2005 et 2007, les attaques sont permanentes. A l'été 2010, un supporter de l'Arsenal reçoit un coup de couteau dans le dos. La lame passe près du cœur. Peu à peu, l'organisation se structure, des combats sont montés contre d'autres « firms » du pays, dix contre dix dans les parcs et les parkings.

    « Nous avons dû arrêter, les nazis du Dynamo venaient avec des battes et des couteaux, continue Boris. Pour nous, c'est un handicap car ces rencontres sont utiles pour endurcir les plus jeunes. » Pour que les coups portent, pour savoir recevoir, les membres du Hoods Hoods Klan fréquentent les salles de sport, kick-boxing et muay-thai. Ils s’entraînent à combattre en groupe et apprennent à répondre à un interrogatoire de police. « Et surtout à penser par soi-même, à ne pas se laisser abrutir par les médias. »

    Venus de la scène hardcore underground, la majorité des ultras de l'Arsenal sont proches de la mouvence anarchiste. Ils descendent dans la rue pour manifester contre le gouvernement, contre la destruction de vieux bâtiments de Kiev ou contre les massacres de chiens errants avant le début de l'Euro 2012. « Nous sommes opposés à cette compétition capitaliste. Nos dirigeants s'enrichissent en construisant des routes et des stades, et les ouvriers bossent sur les chantiers pour des salaires de misère », continue Boris.

    « Equipe nulle et corrompue »

    Les supporters de l'Arsenal préparent désormais les prochains déplacements européens. Car l'équipe, cinquième du championnat ukrainien, est qualifiée pour la Coupe de l'UEFA. « C'est un très bon résultat », souligne l'entraîneur Leonid Kuchuk, un habitué des tours préliminaires de la Ligue des champions avec le club transnistrien du Sheriff Tiraspol, qu'il a dirigé de 2004 à 2010. « Nos joueurs vont progresser, ils seront prêts pour l'Europe. »

    En attendant, pour le dernier match de la saison, l'équipe se déplace dans la ville industrielle de Kryvyï Rih, dont la formation, le FC Kryvbas, appartient au même propriétaire que l'Arsenal, le puissant oligarque Igor Kolomoisky. Quelques centaines de personnes ont pris place dans des tribunes qui menacent de s'écrouler. Les spectateurs mangent des graines de tournesol en observant le jeu d'un œil placide.

    « Notre équipe est nulle et corrompue, les résultats du championnat sont arrangés à l'avance, explique Vadim, supporter du FC Kryvbas, mais venir au stade, ça fait passer le temps. » Sur un siège en plastique, un grand noir est entouré d'une grappe d'enfants qui s'interpellent en russe. International camerounais, le défenseur Erick Matoukou est arrivé en début de saison au Dnipro Dnipropetrovsk, en provenance du KRC Genk, avant finalement d'être prêté à l'Arsenal de Kiev. « Cette année, je n'ai pas joué autant que je l'aurais souhaité, l'adaptation a été très difficile, concède-t-il dans un sourire. En Europe, tout est organisé. Ici....c'est différent. Avec le temps, ils s'amélioreront peut-être. »

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