Jeux olympiques - 
Article publié le : mardi 24 juillet 2012 à 10:53 - Dernière modification le : mardi 24 juillet 2012 à 15:07

Londres se transforme en forteresse sécuritaire durant les JO

La capitale britannique sera, le temps des JO, la ville la plus sécurisée au monde
La capitale britannique sera, le temps des JO, la ville la plus sécurisée au monde
REUTERS/Fabrizio Bensch

Par Heike Schmidt / Piotr Moszynski

L’ouverture des Jeux olympiques à Londres est déjà très proche, et la sécurité des athlètes, des journalistes et de presque 11 millions de spectateurs est clairement l’une des priorités des organisateurs. Selon un sondage, 39% des Britanniques se disent inquiets à propos de la sécurité des Jeux, contre 45% qui ne le sont pas. Les grands rassemblements planétaires comme les JO sont une cible de premier choix pour les terroristes qui veulent médiatiser leur action. La capitale britannique a rarement connu un tel qui-vive. Un programme sécuritaire planifié de longue date, mais qui n'a pas été épargné par les scandales.

A l’approche de l’ouverture des Jeux, l’euphorie semble gagner les Britanniques, après des semaines de doutes et de critiques sur le coût, les transports, la météo, et surtout sur la sécurité. Il est vrai que les grands rassemblements comme les Jeux olympiques sont une cible privilégiée pour les terroristes : tout le monde garde en mémoire les attaques terroristes à Munich (1972) et à Atlanta (1996).

Londres, au lendemain de sa nomination comme ville hôte des JO 2012, a subi une série d’attentats qui a fait 56 morts. Il n’est donc pas étonnant de voir le Premier ministre, David Cameron, annoncer une mobilisation exceptionnelle des forces de l’ordre : « Nous allons mobiliser tous les éléments de notre infrastructure de sécurité, a-t-il prévenu. Il y aura plus de policiers dans les rues, il y aura des navires sur la Tamise, des hélicoptères survoleront la ville, l’armée sera là pour assurer la sécurité, les services de renseignement travailleront 24 heures sur 24. Ce sera la plus grande opération de sécurité mise sur pied en temps de paix au Royaume-Uni.  »

Respecter l’esprit des Jeux

Cependant, le gouvernement britannique souhaite éviter une impression de forteresse assiégée. Les vrais amoureux du sport ne viennent pas aux JO pour se sentir étroitement surveillés et gravement menacés en permanence. David Cameron tente donc de les rassurer en soulignant que l’opération de sécurité « sera mise en œuvre de façon à respecter l’esprit des Jeux ». Le Premier ministre se dit « déterminé à faire en sorte que ce soit un évènement sportif accompagné d’une importante opération de sécurité, plutôt qu’une opération de sécurité accompagnée d’un important évènement sportif ». Un bon dosage de proportions est en effet très important dans les cas de ce genre.

A entendre David Cameron, il y aurait donc de bonnes chances que le déploiement d’un dispositif de sécurité de près de 40 000 hommes ne perturbe pas l’ambiance de fête. En revanche, ce qui a sérieusement perturbé l’ambiance générale, c’est le scandale provoqué par une entreprise privée qui devait fournir 10 400 agents de sécurité, et qui a annoncé à deux semaines des JO qu’elle n’était capable d’en assurer la présence que d’à peine quatre à sept mille au grand maximum. Et encore, sans une véritable garantie que tous ceux qui ont dit oui se présentent effectivement au travail.

Dialogue surréaliste

Le chef de la société fautive G4S, Nick Buckles, convoqué devant une commission parlementaire, a engagé un dialogue presque surréaliste avec les députés : il commence presque par un exercice d’autosatisfaction : « Depuis des années, nous bénéficions d’une excellente réputation pour notre prestation de services dans beaucoup de pays, mais je ne suis certainement pas bien placé pour le souligner. Toutefois, nous avions le sentiment de faire tous les efforts nécessaires afin d’exécuter le contrat le mieux possible. »

Un député l’interrompt assez brutalement : « M. Buckles, il s’agit d’une pagaille humiliante, n’est-ce pas ? ». Son interlocuteur poursuit, imperturbable : « Ce qui est certain, c’est que nous ne voulions pas que cela arrive. » Le député, furieux, insiste : « C’est une pagaille humiliante, causée par votre compagnie oui ou non ?! » Nick Buckles s’en sort par une élégante double négation qui confirme pleinement le reproche qui lui est fait : « Je ne peux pas dire que je ne suis pas de votre avis. »

Le stoïcisme et l’humour « very british » du responsable de G4S pourraient presque susciter l’admiration, sauf que les conséquences de son humour très spécial ne sont pas drôles du tout. En effet, le gouvernement est obligé de faire appel, au pied levé, à au moins 3 500 soldats qui revinnent tout juste d’Afghanistan et qui espéraient passer l’été en famille. L’affaire a même déclenché un débat sur les limites à fixer aux délégations de certaines tâches de service public au secteur privé, pratique très répandue en Grande-Bretagne.

L’Etat remplace le privé

Le président de la commission des affaires intérieures au Parlement britannique, Keith Vaz, est très soulagé de voir la police et l’armée reprendre les choses en main, et très remonté contre la société G4S. « Ils se sont montrés totalement irresponsables, tempête-t-il, quand ils ont affirmé qu’ils étaient en mesure de gérer deux Jeux olympiques dans différents coins de la planète, alors qu’ils sont incapables de le faire pour ceux de Londres. »

Ce qui le rend particulièrement indigné, c’est l’incroyable insouciance avec laquelle la direction de G4S s’apprêtait à gérer même le peu de personnel qu’elle avait réussi à mobiliser pour sécuriser les Jeux à Londres. « Je suis très préoccupé d’apprendre, remarque-t-il amèrement, que leur dirigeant n’est même pas sûr à 100% que chaque membre du personnel de G4S arrive au travail le matin, car il ne reçoit son rapport d’activité à ce sujet qu’à 21h. C’est bien trop tard, surtout si quelque chose ne marche pas. » Heureusement, il est encore possible de se retourner vers l’Etat quand le secteur privé n’est pas à la hauteur : « Je suis content que la police et l’armée les remplacent. Cela va nous assurer un service bien différent. »

Pas de menace précise

A côté des informations prêtant à l’inquiétude, il y a quand même aussi des nouvelles plus rassurantes. Par exemple, selon une spécialiste britannique de la sécurité, Margaret Gilmore, citée par le journal français Libération, il n’y aurait pour l’instant aucun renseignement faisant état de menace précise sur les Jeux, « que ce soit d’Al-Qaïda ou des dissidents républicains irlandais. »

Par ailleurs, les autorités font tout pour qu’aucun engin potentiellement dangereux ne passe sur les terrains des épreuves olympiques. Les spectateurs ont déjà été fermement prévenus que les contrôles à l’entrée seront au moins aussi sévères qu’aux aéroports. Bref, espérons qu’à la fin des Jeux, les responsables de la sécurité pourront être félicités et applaudis comme tous les champions olympiques qu’ils se seront efforcé de protéger.

tags: David Cameron - Défense - JO 2012 - Royaume-Uni - Sports - Terrorisme
Sur le même sujet :
Réagissez à cet article
Commentez cet article en tapant votre message dans la zone de texte. Le nombre de caractères est limité à 1500 ou moins.
(0) Réaction
Fermer