Dernières infos
Allemagne / Musique - 
Article publié le : mercredi 25 juillet 2012 à 16:03 - Dernière modification le : mercredi 25 juillet 2012 à 16:03

Le festival de Bayreuth: un mythe ébranlé

Le chanteur coréen Samuel Youn prend la pose devant le théâtre du festival de Bayreuth où il chantera dans "Le Vaisseau fantôme". Il remplacera le baryton-basse russe Evgueni Nikitine, renvoyé à cause de ses tatouages nazis.
Le chanteur coréen Samuel Youn prend la pose devant le théâtre du festival de Bayreuth où il chantera dans "Le Vaisseau fantôme". Il remplacera le baryton-basse russe Evgueni Nikitine, renvoyé à cause de ses tatouages nazis.
AFP / DAVID EBENER

Par Pascal Thibaut

La Mecque de l’opéra wagnérien ouvre à nouveau ses portes ce mercredi 25 juillet avec Le Vaisseau fantôme. Cette œuvre consacrée à un navire maudit symboliserait-elle la situation d’un festival sur la défensive ? Entre des mises en scène critiquées, des ventes de places opaques, un sponsor phare qui se retire et un scandale autour de symboles nazis, les mauvaises nouvelles s’enchaînent à Bayreuth, festival d’opéra fondé en 1876 par Richard Wagner.

Mercredi matin, juste avant de dérouler le tapis rouge sur la colline verte pour accueillir les personnalités comme la chancelière allemande Angela Merkel venant assister à la première du festival, ses responsables tenaient leur traditionnelle conférence de presse. Visiblement sous pression, ils ont préféré cette année ne pas admettre les équipes de télé pour répondre aux questions des journalistes.

Il est vrai que les derniers jours ont été difficiles pour les « Bayreuth-sisters » comme les a présentées un journal. Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier dirigent depuis quatre ans le festival depuis que leur père Wolfgang a cédé la main après des décennies. Hormis le stress lié aux préparatifs d’une telle manifestation, un pétard aux relents nauséabonds leur a explosé au nez ces derniers jours. Le chanteur russe qui devait mettre un peu de piment à la seule première de cette édition 2012, Le Vaisseau fantôme, a entraîné des dommages collatéraux que le festival n’avait pas prévus. Le baryton-basse Evgueni Nikitine, un ancien batteur d’un groupe de heavy metal, plus tatoué qu’un légionnaire, a été victime de son exhibitionnisme ou de l’intérêt des médias pour ses fresques corporelles. Une émission de télé allemande les a auscultées de près et a découvert les traces d’une croix gammée et autres symboles utilisés par les Nazis.

Ces erreurs pigmentaires d’ado rebelle


Comme l’a commenté ensuite le quotidien Süddeutsche Zeitung, ces erreurs pigmentaires d’ado rebelle dans une Union soviétique moribonde auraient suscité ailleurs quelques froncements de sourcil. Mais à Bayreuth où la colline verte où s’élève l’opéra reste contaminée par la « peste brune », cela fait mauvais genre. Car il y a 70 ans les drapeaux à croix gammée flottaient au même endroit dans ce Saint Graal wagnérien consacré à un compositeur antisémite dont un certain Hitler était un admirateur inconditionnel. « Oncle Wolf » comme l’appelaient les petits-enfants du génie fréquentait assidûment le festival, accueilli à bras ouverts par une directrice, Winifred Wagner, tout aussi inconditionnelle du Führer que son idole l’était de la musique de son beau-père.
 
Le chanteur tatoué sur la scène de Bayreuth faisait donc désordre. Il a été prié de faire ses malles malgré sa contrition. Un ersatz a été trouvé rapidement pour assurer la première du Vaisseau fantôme. Mais une fois de plus les relents nauséabonds de Bayreuth remontaient à la surface. Et ce au moment où le festival ouvrait une exposition sur les relations qu’il a entretenues depuis sa création en 1876 jusqu’à la fin de la guerre avec les chanteurs juifs. Des artistes souvent mis de côté par un festival où l’antisémitisme n’a pas attendu l’arrivée au pouvoir de « l’oncle Wolf » pour s’exprimer.
 
Un travail d’histoire incomplet

Certes, la trentenaire Katharina Wagner a eu le mérite de permettre cette exposition. Mais la presse critique un travail d’histoire incomplet, toutes les archives de la famille n’étant pas ouvertes. Le directeur de l’opéra de Munich a d’ailleurs estimé que Nikitine avait indirectement fait les frais d’une introspection biaisée. Lundi, un quotidien allemand citait les regrets du chanteur russe déclarant à propos de ses tatouages politiquement incorrects : « C’était une erreur. Je voudrais ne jamais l’avoir fait ». Le commentaire soulignait qu’on aurait aimé avoir entendu une telle phrase de la part du festival après la guerre.
 
Mais c’est d’abord pour la musique que les festivaliers se rendent à Bayreuth durant les cinq prochaines semaines. Cinq opéras de Richard Wagner figureront au menu et seront joués chacun six fois. Le Vaisseau fantôme constituera la seule nouvelle mise en scène en attendant l’an prochain le bicentenaire du compositeur qui donnera lieu à une représentation du Ring adapté par l’homme de théâtre berlinois Frank Castorf.
 
L’arrivée des sœurs Wagner

Depuis l’arrivée des sœurs Wagner à la direction du festival, les critiques n’ont pas été toujours à la hauteur et il leur faudra convaincre pour obtenir une prolongation de leurs contrats au-delà de 2015. La mise en scène de Tannhäuser par Sebastian Baumgarten a été reprise pour cette édition 2012. L’an dernier, elle avait été très critiquée. Et l’inconcevable avait même eu lieu dans cette Mecque très prisée où le commun des mortels doit attendre des années pour obtenir des places : certains des très inconfortables sièges du théâtre étaient restés inoccupés.

Si la reprise du festival par les sœurs Wagner n’a pas toujours convaincu, elle s’est accompagnée d’innovations pour rendre le festival plus populaire et aller à la rencontre d’un public moins élitiste comme des opéras montés dans des versions adaptées à des enfants. Mais la nouveauté principale, la retransmission d’un spectacle sur grand écran sur une grande place de Bayreuth n’aura pas lieu cette année, le sponsor permettant cette opération, Siemens, s’étant retiré. En août, en revanche, une retransmission en direct de Parsifal aura lieu dans une centaine de salles de cinéma à travers l’Allemagne.

_____________________________

Le site officiel du festival de Bayreuth : http://www.bayreuther-festspiele.de/

tags: Allemagne - Musiques
Fiche Pays :
Sur le même sujet :
Réagissez à cet article
Commentez cet article en tapant votre message dans la zone de texte. Le nombre de caractères est limité à 1500 ou moins.
(0) Réaction
Fermer