Dopage, triche et fraude n’épargnent pas les Paralympiques
À quelques jours de l’ouverture des Paralympiques 2012 à Londres, un nageur français vient d’être écarté des Jeux pour avoir été contrôlé positif à un diurétique. Cette suspension du nageur Hayri Simsek est l’occasion de rappeler que les athlètes paralympiques sont soumis aux mêmes règles que les autres sur le dopage.
Pour Hayri Simsek, les Jeux 2012 sont fichus. Militaire de carrière au sein de l’armée de terre, ce nageur de 30 ans est double médaillé des championnats d’Europe 2011 ; il avait décroché l’argent dans le 50m nage libre et le bronze en 50m dos. Contrôlé positif à un diurétique par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) lors des championnats de France le 23 juin, l’athlète est sous le coup d’une suspension à titre provisoire. Simsek a d’ailleurs immédiatement reconnu les faits. Privé de Jeux lui aussi, l’haltérophile Youssef Assouggane. L’athlète marocain a été également écarté en début d’année des Jeux paralympiques après avoir été contrôlé positif à la nandrolone, un stéroïde anabolisant interdit par le code antidopage.
Simuler son handicap
Quels que soient les disciplines ou leur niveau, la tentation est grande pour certains athlètes de rechercher les moyens de dépasser leurs limites physiques. Dans ce domaine, les athlètes handicapés ne font pas ou plus exception. Les premiers cas détectés de dopage aux Paralympiques se sont produits à Sydney en 2000 ; dix athlètes sont alors pris en flagrant délit.
Depuis, un rapport du CIP (Comité international paralympique) indique qu’aux Paralympiques d'Athènes en 2004, 680 contrôles antidopage avaient été effectués, concluant à dix violations du code sur le dopage (2 hors compétition, 8 en compétition). A Pékin, en 2008, ce sont alors 297 tests qui ont été menés, et, un seul athlète aurait été contrôlé aux stéroïdes, un haltérophile pakistanais aussitôt exclu des Jeux et interdit de compétition pendant deux ans.
Le recours au dopage est une forme de tricherie mais ce n’est pas la seule. Selon des révélations de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, de plus en plus d’athlètes du handisport seraient des simulateurs. S’il est évidemment impossible de se faire passer pour un amputé, il est en revanche plus aisé de simuler être non-voyant… Aux JO d’hiver de Turin en 2006, une Russe concourant en cross-country avait explosé de joie en voyant son temps inscrit sur le tableau d’affichage. Seul problème, elle était censée être malvoyante…
Spécialiste de la question, le thérapeute allemand Jürgen Schmidt, fait partie depuis 16 ans des médecins et soignants chargés d’évaluer des athlètes handicapés. « Ils mesurent les membres des athlètes, vérifient leurs réflexes, leurs muscles et leur coordination. Lorsque les inspecteurs ont des doutes, explique-t-il, ils continuent d'observer les athlètes après l'examen. Ils vérifient la façon dont ceux-ci se rendent à leur hôtel, les observent dans l'ascenseur ou au buffet. Ce sont presque des détectives », estime Jürgen Schmidt.
Le dopage toujours plus rapide que le dépistage
Pourtant, et malgré les techniques de plus en plus poussées, « quelqu’un qui veut vraiment simuler un handicap, peut le faire » regrette le thérapeute qui rappelle qu’aux Jeux de Sydney en 2000, parmi les médaillés d’or de l’équipe espagnole de basket-ball pour handicapés mentaux, 10 se sont révélés par la suite n’avoir aucun handicap de cette nature. Pourquoi ces fraudes ? Simplement parce que comme les autres, les athlètes handicapés veulent la gloire et l’argent et comme les autres, ils peuvent succomber à la tentation.
Sur place, à Londres, tout est prêt en tout cas pour tenter de débusquer les fraudeurs. Installé à Harlow, dans l’Essex, un gigantesque laboratoire a la capacité d’analyser sur place les prélèvements de sang et d’urine. Agréé par l’Agence mondiale antidopage (AMA), les installations ont la capacité de traiter très rapidement plus de 6 000 échantillons durant toute la durée des Jeux, un record du genre. Cent cinquante scientifiques y travaillent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Mais malgré tout, c’est sans illusions que le patron de l’AMA, David Howman, observe le dispositif. « Pensez-vous que nous ayons la science pour suivre ceux qui se dopent de manière sophistiquée. Moi, je ne pense pas. Nous attrapons les dopés simplets (dopey dopers), nous n'attrapons pas les dopés sophistiqués », disait-il déjà devant les Etats signataires de la Convention de l'Unesco sur le dopage dans le sport, à Paris, fin 2011.
Pour ceux qui en douteraient encore, David Howman enfonce le clou : « Alors que 258 267 analyses de tests antidopage ont été menées l'an dernier (en 2010) à travers la planète, seulement 36 contrôles positifs à l'EPO - prisée pour ses effets sur l'endurance - ont été rapportés par les laboratoires antidopage ». Les tricheurs ont encore de beaux jours devant eux…

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