Visa pour l’Image – L’agence Noor a fêté les cinq ans de sa république des photographes

Fondée officiellement lors du festival Visa pour l’Image 2007, l’agence Noor, basée à Amsterdam, fête ses cinq ans d’existence. Cette petite structure qui a misé sur le reportage de qualité a réussi à se faire une place dans un marché réputé difficile. Sa directrice, Claudia Hinterseer, revient sur ce succès et nous en explique les rouages.
« Une république des photographes ? Je n’y avais pas pensé mais oui, c’est une bonne façon de définir Noor Images ! ». Claudia Hinterseer éclate de rire et l’idée lui plaît bien. Elle lui plait d’autant plus que c’est effectivement à Amsterdam – le port d’attache de Noor – qu’est née la première république européenne, lorsque les Pays-Bas fondèrent en 1581 les Provinces-Unies afin de s’affranchir de la tutelle espagnole.
Plus modestement, les membres fondateurs de Noor ont simplement voulu s’affranchir du poids des grandes agences lorsqu’ils ont monté leur projet associatif, il y a cinq ans tout juste, à l’occasion du festival Visa pour l’Image de Perpignan 2007.
Conteurs d'histoires
Outre le fait d’être la directrice, alors qu’elle est la plus jeune des dix membres associés qui codétiennent Noor, Claudia (37 ans) a comme particularité d’être la seule à n’être pas photographe. C’est pourtant elle qui a apporté toute l’énergie nécessaire à la réussite de cette entreprise qui a commencé à germer à la Nouvelle Orléans à la fin de l’été 2005 dans les cerveaux du photographe néerlandais Kadir van Lolhuizen et de son compère américain Stanley Greene, lesquels couvraient alors l’ouragan Katrina.
« Leur rêve, explique Claudia, c’était de travailler avec des photographes partageant les mêmes idées et les mêmes valeurs qu’eux. Ils m’ont alors dressé une liste, une sorte de 'dream team' de photographes avec lesquels ils avaient envie de monter quelque chose. Il se trouve que je connaissais tous les noms qu’ils me citaient ! Il faut dire qu’à cette époque je travaillais au service communication de l’agence World Press à Amsterdam. J’avais donc un bon réseau ». L’idée était lancée et c’est donc en septembre 2007, ici même à Perpignan, que Noor (mot qui signifie lumière en arabe) a vu le jour.
« Le festival nous a vraiment offert la plateforme idéale pour débuter et son directeur, Jean-François Leroy, nous a fait rencontrer beaucoup de monde pour nous donner le coup de pouce initial ». Depuis, Noor a réussi à tracer sa route et à se faire une belle place dans l’univers pourtant archi-concurrentiel de la photo de presse. « Notre atout principal, estime Claudia, c’est que nous sommes des conteurs d’histoires. Nous contons nos histoires par la photo. Ainsi, notre travail est beaucoup mieux mis en valeur dans des supports qui accordent une belle place à l’image ».
Le staff actuel est donc composé de Claudia Hinterseer et de neuf photographes : deux Américaines (Nina Bergman et Andrea Bruce), deux Américains (Stanley Greene et Jon Lowenstein), une Anglaise (Alixandra Fazzina), un Italien (Francisco Zizola), un Espagnol (Pep Bonet), un Russe (Youri Kozyrev) et un Néerlandais (Kadir van Lolhuizen), neuf signatures dont vous avez forcément vu le travail un jour ou l’autre dans des supports aussi prestigieux que Le Monde, Polka ou 6 Mois en France, le New York Times, le New Yorker, Time ou Newsweek aux Etats-Unis, ou par le biais d’ONG comme Médecins sans frontières, la Croix Rouge ou Greenpeace etc.
Noor travaille également sur les nouveaux médias : internet (notamment avec MSNBC, le Sunday Times) ainsi que les applications pour smartphones et tablettes qui sont de plus en plus utilisées par les communicants, pour leurs présentations par exemple. « Nous avons bâti une bonne structure avec deux piliers, précise Claudia : l’agence photo mais aussi notre fondation qui s’occupe de projets éducatifs », une fondation pour laquelle l’agence s’est assurée le soutien du fabricant japonais Nikon.
Modèle équitable
Bâtie sur un modèle économique assez peu courant désormais dans ce secteur, l’agence perçoit 15% des ventes de photos, le reste demeurant propriété des photographes, hormis pour les projets en commun où les gains sont répartis entre chaque membre-associé. Reste que, comme le souligne la blonde Amstellodamoise, « on ne fait pas ce métier pour s'enrichir ». Depuis cinq ans, elle n’a pu que constater la baisse des tarifs pratiqués par une presse traditionnelle en pleine décroissance. Mais elle continue quand même à pester contre certains médias qui, selon elle, ne jouent pas le jeu.
« Beaucoup estiment encore qu’à partir du moment où ils ont payé une photo pour le journal, ils peuvent aussi l’utiliser sur leur site internet et dans leurs applications pour smartphones et tablettes, sans verser de supplément. Moi, je ne trouve pas ça normal ! ». Terminée l’époque où la directrice débutante courait dans tous les sens à Perpignan, après avoir vendu la toute première photo créditée Noor. « Je ne savais pas du tout quel tarif demander et j’étais complètement paniquée ! » se souvient-elle, en souriant, sous le chaud soleil catalan.
Ndlr: les photos sélectionnées pour le diaporama ci-dessous font partie d'une collection de neuf ouvrages consacrés à chacun des photographes et créés grâce au logiciel Blurb.

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