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Article publié le : vendredi 07 septembre 2012 à 11:49 - Dernière modification le : dimanche 09 septembre 2012 à 09:57

Visa pour l’Image – L’agence Noor a fêté les cinq ans de sa république des photographes

Retour à Perpignan où tout a commencé pour Claudia Hinterseer et l'agence Noor..
Retour à Perpignan où tout a commencé pour Claudia Hinterseer et l'agence Noor..
RFI / Christophe Carmarans

Par Christophe Carmarans

Fondée officiellement lors du festival Visa pour l’Image 2007, l’agence Noor, basée à Amsterdam, fête ses cinq ans d’existence. Cette petite structure qui a misé sur le reportage de qualité a réussi à se faire une place dans un marché réputé difficile. Sa directrice, Claudia Hinterseer, revient sur ce succès et nous en explique les rouages.

« Une république des photographes ? Je n’y avais pas pensé mais oui, c’est une bonne façon de définir Noor Images ! ». Claudia Hinterseer éclate de rire et l’idée lui plaît bien. Elle lui plait d’autant plus que c’est effectivement à Amsterdam – le port d’attache de Noor – qu’est née la première république européenne, lorsque les Pays-Bas fondèrent en 1581 les Provinces-Unies afin de s’affranchir de la tutelle espagnole.

Plus modestement, les membres fondateurs de Noor ont simplement voulu s’affranchir du poids des grandes agences lorsqu’ils ont monté leur projet associatif, il y a cinq ans tout juste, à l’occasion du festival Visa pour l’Image de Perpignan 2007.

Conteurs d'histoires

Outre le fait d’être la directrice, alors qu’elle est la plus jeune des dix membres associés qui codétiennent Noor, Claudia (37 ans) a comme particularité d’être la seule à n’être pas photographe. C’est pourtant elle qui a apporté toute l’énergie nécessaire à la réussite de cette entreprise qui a commencé à germer à la Nouvelle Orléans à la fin de l’été 2005 dans les cerveaux du photographe néerlandais Kadir van Lolhuizen et de son compère américain Stanley Greene, lesquels couvraient alors l’ouragan Katrina.

« Leur rêve, explique Claudia, c’était de travailler avec des photographes partageant les mêmes idées et les mêmes valeurs qu’eux. Ils m’ont alors dressé une liste, une sorte de 'dream team' de photographes avec lesquels ils avaient envie de monter quelque chose. Il se trouve que je connaissais tous les noms qu’ils me citaient ! Il faut dire qu’à cette époque je travaillais au service communication de l’agence World Press à Amsterdam. J’avais donc un bon réseau ». L’idée était lancée et c’est donc en septembre 2007, ici même à Perpignan, que Noor (mot qui signifie lumière en arabe) a vu le jour.

« Le festival nous a vraiment offert la plateforme idéale pour débuter et son directeur, Jean-François Leroy, nous a fait rencontrer beaucoup de monde pour nous donner le coup de pouce initial ». Depuis, Noor a réussi à tracer sa route et à se faire une belle place dans l’univers pourtant archi-concurrentiel de la photo de presse. « Notre atout principal, estime Claudia, c’est que nous sommes des conteurs d’histoires. Nous contons nos histoires par la photo. Ainsi, notre travail est beaucoup mieux mis en valeur dans des supports qui accordent une belle place à l’image ».

Le staff actuel est donc composé de Claudia Hinterseer et de neuf photographes : deux Américaines (Nina Bergman et Andrea Bruce), deux Américains (Stanley Greene et Jon Lowenstein), une Anglaise (Alixandra Fazzina), un Italien (Francisco Zizola), un Espagnol (Pep Bonet), un Russe (Youri Kozyrev) et un Néerlandais (Kadir van Lolhuizen), neuf signatures dont vous avez forcément vu le travail un jour ou l’autre dans des supports aussi prestigieux que Le Monde, Polka ou 6 Mois en France, le New York Times, le New Yorker, Time ou Newsweek aux Etats-Unis, ou par le biais d’ONG comme Médecins sans frontières, la Croix Rouge ou Greenpeace etc.

Noor travaille également sur les nouveaux médias : internet (notamment avec MSNBC, le Sunday Times) ainsi que les applications pour smartphones et tablettes qui sont de plus en plus utilisées par les communicants, pour leurs présentations par exemple. « Nous avons bâti une bonne structure avec deux piliers, précise Claudia : l’agence photo mais aussi notre fondation qui s’occupe de projets éducatifs », une fondation pour laquelle l’agence s’est assurée le soutien du fabricant japonais Nikon.

Modèle équitable

Bâtie sur un modèle économique assez peu courant désormais dans ce secteur, l’agence perçoit 15% des ventes de photos, le reste demeurant propriété des photographes, hormis pour les projets en commun où les gains sont répartis entre chaque membre-associé. Reste que, comme le souligne la blonde Amstellodamoise, « on ne fait pas ce métier pour s'enrichir ». Depuis cinq ans, elle n’a pu que constater la baisse des tarifs pratiqués par une presse traditionnelle en pleine décroissance. Mais elle continue quand même à pester contre certains médias qui, selon elle, ne jouent pas le jeu.

« Beaucoup estiment encore qu’à partir du moment où ils ont payé une photo pour le journal, ils peuvent aussi l’utiliser sur leur site internet et dans leurs applications pour smartphones et tablettes, sans verser de supplément. Moi, je ne trouve pas ça normal ! ». Terminée l’époque où la directrice débutante courait dans tous les sens à Perpignan, après avoir vendu la toute première photo créditée Noor. « Je ne savais pas du tout quel tarif demander et j’étais complètement paniquée ! » se souvient-elle, en souriant, sous le chaud soleil catalan.

Ndlr: les photos sélectionnées pour le diaporama ci-dessous font partie d'une collection de neuf ouvrages consacrés à chacun des photographes et créés grâce au logiciel Blurb.

Les photographes de Noor
Nicolas est embrassé par son frère le jour de la remise des diplomes dans son école élémentaire. Chicago, 2005.
Jon Lowenstein / NOOR
Un équipement de forage de gaz de schiste à côté d'une ferme laitière en Pennsylvanie, USA.
Nina Berman / NOOR
Un enfant dans un camp de réfugiés essaye de faire voler son cerf-volant, Afghanistan 2011.
Andrea Bruce / NOOR.
Keisy Kawami (droite) 23 ans, transsexuelle est travailleuse du sexe, Honduras, 2008.
Pep Bonet / NOOR
Des femmes et des enfants qui ont fui le conflit attendant une distribution de riz et d’huile, Pakistan, 2009.
Alixandra Fazzina / NOOR.
«La route des ruines»; drogues et maladies le long de la Route de la Soie, Afghanistan, 2008.
Stanley Greene/NOOR
Deux frères explorent les décombres de la résidence de Kadhafi, autrefois inviolable, Tripoli, Libye, 2012.
Yuri Kozyrev / NOOR.
Après le tremblement de terre à Port-au-Prince, Haïti, 2010.
Jon Lowenstein / NOOR
Les enfants des rues à Rio de Janeiro mendient dans les zones les plus touristiques, Brésil, 2008.
Francesco Zizola / NOOR
Un paysan étreint sa fille dans l’Etat du Chapare, région principale de production de la coca en Bolivie, 2011.
Kadir van Lohuizen / NOOR

    RFI DOSSIER SPECIAL VISA POUR L'IMAGE 2012

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