GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 17 Octobre
Vendredi 18 Octobre
Samedi 19 Octobre
Dimanche 20 Octobre
Aujourd'hui
Mardi 22 Octobre
Mercredi 23 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Europe

    Alice Zeniter fait chanter un «Sombre dimanche»

    media Alice Zeniter livre avec "Sombre dimanche" une saga familiale hongroise sur fonds de Guerre froide. Raphaël Neal

    Après un premier roman très remarqué sur les apories de l’identité nationale à la française, la jeune romancière française Alice Zeniter est allée puiser son inspiration dans l’histoire post-soviétique de l’Europe orientale. Son nouveau roman Sombre dimanche a pour cadre Budapest, capitale d’un pays de marécages où la mélancolie est un sport national.

    Alice Zeniter s’est fait connaître en 2010 en publiant Jusque dans nos bras, un roman-manifeste à la fois drôle et tragique qui met en scène les contradictions de la politique française en matière d’immigration. Ce récit parodique raconté avec brio et spontanéité a valu à sa jeune auteur (elle a 26 ans) le Prix littéraire de la Porte Dorée. Avec son nouveau roman qui vient de paraître, Zeniter nous invite au voyage, sur les bords du Danube. Plus précisément, à Budapest, en Hongrie, où elle a campé son intrigue. Sombre Dimanche est une saga familiale sur fond de bouleversements historiques. Les mutations politiques que connaît la Hongrie depuis plus de cinquante ans ont des répercussions dévastatrices sur la vie des protagonistes qui vivent et meurent au rythme des révolutions populaires et des soubresauts géopolitiques.

    Au cœur du roman, la famille Mandy. Trois générations vivent dans leur maison en bois au bord des rails, à quelques encablures de la gare Nyugati, à Budapest. La famille Mandy compte le grand-père, le père et le jeune Imre à travers les yeux duquel l’auteur a choisi de raconter l’histoire tragique de sa famille.

    « Une chanson triste que me chantait mon grand-père ! »

    Le tout premier souvenir d’Imre est associé a son grand-père beuglant dans le jardin la chanson lugubre de Rezsö Seress sur laquelle s’ouvre le roman : « Sombre Dimanche,/Les bras chargés de fleurs blanches,/Un dimanche matin, poursuivant mes chimères,/La charrette de ma tristesse est revenue sans toi… » Selon la légende, cette chanson archi-connue des Hongrois a été longtemps interdite car elle était triste et provoquait des vagues de suicides dans le pays.

    Le grand-père d’Imre en a fait la chanson de son amertume et de sa frustration et l’entonne sans faute tous les 2 mai tel un rituel pour se rappeler la disparition de son épouse Sarah, survenue au début du soulèvement anti-communiste de 1956. Debout dans son jardin, un râteau à la main et un flacon d’eau-de-vie dans la poche de son pantalon, le vieil homme pousse la chansonnette jusqu’à ce qu’il s’écroule de fatigue et de soûlerie. Non sans avoir appelé dans un dernier sursaut de rébellion à la mort de Staline : « Qu’ils crèvent tous, que Staline recrève dans sa tombe ! »

    Son imaginaire structuré par les imprécations de son grand-père contre Staline et le destin, Imre sait depuis sa plus petite enfance que « même les adultes ne contrôlaient pas la confusion que la vie leur inspirait ». Cette pensée le terrifiait quand il était enfant. Pendant longtemps, il s'en est protégé en se terrant sous le fauteuil de sa mère. Mais quand celle-ci disparaît, il va devoir s’aventurer dans le monde à la recherche d’autres refuges. Il trouvera successivement refuge dans la chambre de sa sœur à l’université, au près de son ami Zsolt avec qui il fait les 400 coups, dans la piscine où il connaît ses premiers émois sexuels, dans le sex-shop où il se fait employer après la chute du mur de Berlin et la fin de l’empire soviétique, enfin, last but not least, dans les bras de la jeune Allemande Kerstin qui deviendra son épouse.

    Tout change, mais rien ne change

    Sombre Dimanche est le deuxième roman sous la plume d'Alice Zeniter. Albin Michel

    L’histoire va de l’avant. Tout change, mais rien ne change vraiment pour les Mandy car une malédiction pèse sur leur tête. Le grand-père la résume parfaitement avec sa lucidité de patriarche revenu de tout : « Le grand-père avait toujours dit qu’aucun des hommes de la famille n’arrivait à la vieillesse intact. Les rails finissaient par leur happer les jambes… ». Pris dans le tourbillon de la vie, Imre risque de finir comme son grand-père, dans le fauteuil au coin du salon, passant son temps à soigner ses blessures.

    Ce récit nous touche autant par l’impossibilité du bonheur qu’Alice Zeniter raconte avec un sens consommé du tragique que par l’intelligence de sa narration qui tresse ensemble plusieurs thèmes : la famille et ses secrets, l’amour et ses affres, l’amitié. Ces thématiques sont reliées par des réflexions sur la vie et sur les violences de l’histoire incarnées par la métaphore combien éloquente de la maison au bord des rails. On est ici loin du premier roman de mademoiselle Zeniter qui était le produit d’une indignation spontanée. Sombre dimanche est une architecture, fruit d’une réflexion mature sur la forme et l’agencement des récits. Qu’importe si la maison s’en va en fumée à la fin du livre, ses secrets et ses mystères continuent d’interroger le lecteur, longtemps.


    Sombre dimanche, d’Alice Zeniter. Ed. Albin Michel, 2013, 288 pages, 19 euros.
     

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.