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    Europe

    Chypre: la crise est-elle terminée?

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    On dit souvent que la jeunesse est l’avenir d’une nation. Or, à Chypre, c’est justement la jeunesse qui vient de descendre dans la rue pour manifester l’inquiétude pour son avenir. Quel est donc l’avenir de Chypre après l’adoption d’un plan de sauvetage douloureux ?

    La condition sine qua non pour le pays de s’en sortir est l’assainissement de son secteur bancaire extravagant, digne d’un véritable paradis fiscal. Et pour une fois, l’assainissement des banques ne touche pas directement les contribuables, mais ceux qui ont participé au système et qui en bénéficiaient ; en premier lieu les actionnaires. En quelque sorte, on construit enfin un système sain et normal.

    Toutefois, au niveau des particuliers, il n’est pas simple de revenir à la normalité quand les banques restent fermées pendant une douzaine de jours. Même si ce n’est pas une première mondiale. Olena Havrylchyk, économiste travaillant au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) à Paris, rappelle que déjà lors de la grande crise des années 1930, les banques américaines étaient fermées pendant plusieurs jours. Les autorités ont autorisé seulement l’ouverture de banques solvables. Une fois rouvertes, celles-ci ont réussi à attirer les déposants qui les avaient fuies auparavant.

    Nous sommes (les manifestants) ici pour résister à la Troïka, à l'Allemagne, à toute l'Europe, parce que ce qui est arrivé à Chypre, c'est une guerre, une guerre économique...
    Manifestation de jeunes chypriotes à Nicosie Michel Picard 11/10/2013 - par RFI Écouter

    Des décennies avant de récupérer l’argent ?

    Un scénario qui a peu de chances de se reproduire à Chypre. En effet, explique Olena Havrylchyk, « les autorités chypriotes seront obligées de mettre en place le contrôle de capitaux » pour prévenir la fuite de ceux-ci à l’étranger. Le maintien de cette mesure risque d’être nécessaire pendant plusieurs années. En effet, « en Islande, les contrôles ont été mis en place en 2008, et ils sont toujours là… ». L’économiste remarque également que « les grands épargnants seront obligés d’attendre plusieurs années, peut-être même des décennies, avant de récupérer une partie de leur argent ». Situation qui n’encourage pas vraiment à revenir à sa banque à Chypre comme si de rien n’était.

    Autrement dit, l’Union européenne et le Fonds monétaire international ne se préoccupent pas du sort des détenteurs des grands comptes dans les banques chypriotes, mais du sort du système bancaire dans sa globalité. Agnès Benassy-Quéré, professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, présidente déléguée du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier ministre français, évoque l’un des éléments phare de l’assainissement du système : la création d’une « bonne » et d’une « mauvaise » banque : « Dans la bonne banque, on va mettre les dépôts protégés et ce qui reste des actifs solvables. Dans la mauvaise banque, on concentre les risques, et c’est là que les pauvres déposants russes vont retrouver leurs avoirs, ou ne pas les retrouver, d’ailleurs. Ca permet à la bonne banque de redémarrer une activité normale qui consiste à recevoir des dépôts et à faire du crédit aux entreprises. Si on ne fait pas cette séparation, on risque de se retrouver pendant de nombreuses années avec des banques qui sont dans l’incapacité de financer l’économie. C’est ce qui s’est passé au Japon qui a subi une crise économique gravissime pendant dix ans. Donc, on ne veut pas reproduire les erreurs du Japon ».

    Le volet russe

    « Les pauvres déposants russes » ne sont évidemment pauvres qu’au sens figuré du terme. En effet, c’est finalement en partie avec leur argent que va être réglée la dette chypriote. Cependant, il faut être très clair : la cible de l’opération d’assainissement, ce ne sont pas les déposants russes, mais les déposants riches. Il se trouve que dans le cas précis de Chypre ce sont les riches Russes qui ont choisi les structures financières du pays pour fuir le fisc et pour blanchir l’argent sale. Ils en paient maintenant le prix.

    Olena Havrylchyk évoque une étude du CEPII, « qui met en évidence les liens financiers forts entre Chypre et les régions les plus corrompues en Russie ». Dans ce contexte, elle s’étonne de voir « l’Etat russe défendre ses oligarques ». Et elle ajoute : « Je pense en fait que les autorités russes craignent une divulgation des informations sur l’argent blanchi ».

    Moscou éprouve des craintes, donc elle tente de faire peur aux autres. Effectivement, la Russie menace l’Europe de rétorsions. Toutefois, même si elle met ses menaces à l’exécution, par exemple en réduisant la part de l’euro dans ses réserves monétaires, elle rendra en réalité un grand service à la zone euro, car dans ce cas le cours de la monnaie commune baisserait, ce qui favoriserait les exportations européennes.

    Une crise en cache une autre

    Le système bancaire est donc en voie de restructuration, la Russie n’a pas beaucoup de marge de manœuvre pour ouvrir des hostilités diplomatiques ou économiques. Mais est-ce que la crise chypriote est pour autant derrière nous ? Hélas, pas tout à fait. Pour Agnès Benassy-Quéré, l’accord obtenu sur le plan de sauvetage de l’île ne neutralise pas tous les dangers : « Il y a un problème vis-à-vis de la fuite des dépôts et de la mise en œuvre du contrôle de capitaux : combien de temps ce contrôle sera-t-il efficace, et est-ce qu’il ne va pas faire peur à des déposants dans d’autres pays ? Le deuxième problème, c’est la chute du produit intérieur brut et de l’emploi, parce que la banque qui va être restructurée, Laïki, va perdre des emplois et l’activité économique va chuter très fortement à Chypre. Donc, on s’apprête à faire un prêt de dix milliards d’euros à un pays dont les capacités de remboursement, on le sait, vont beaucoup diminuer. On n’est donc pas du tout à l’abri d’une crise de dette souveraine par-dessus de la crise de la dette bancaire ».

    Ainsi, une crise risque d’en cacher une autre. Chypre restera sans aucun doute une affaire à suivre pendant encore longtemps.
     

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