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Affaire Cahuzac: la justice suisse va transmettre des documents bancaires à la France
Les preuves de l'existence de comptes détenus en Suisse par l'ex-ministre français du Budget Jérôme Cahuzac sont, ce mercredi 3 avril, sur le point d’être envoyées aux autorités françaises. Collectées lors de perquisitions menées à l'UBS et à la banque Reyl, elles seront acheminées par la voie rapide, l’ancien ministre ne s’étant pas opposé à leur transmission.
Avec notre correspondant à Genève, Laurent Mossu
Le secret bancaire n’a en rien protégé Jérôme Cahuzac. Dès lors qu’une procédure était engagée à Paris et qu’une demande d’entraide judiciaire était adressée à la Suisse, le ministère public de Genève est entré en matière. Et sans coup férir les banques concernées, à savoir l’UBS et la banque Reyl, qui ont fait l’objet de perquisition le 22 mars dernier, ont remis aux enquêteurs la documentation sur les deux comptes ouverts par l’ancien ministre du Budget.
Les avocats parisiens de Jérôme Cahuzac en ont été avisés, ce qui explique le soudain revirement d’attitude de ce dernier.
La documentation bancaire va être maintenant transmise aux autorités judiciaires françaises. Jérôme Cahuzac, par l'entremise de son avocat suisse Didier Boottge, a donné son feu vert. Cette acceptation va accélérer le processus qui aurait pu prendre dans le cas contraire plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Il n’y a rien d’extraordinaire dans l’attitude de la Suisse qui, en pareilles circonstances, lève toujours le secret bancaire.
Singapour, Suisse, même combat… fiscal ! |
La trace du compte ouvert par Jérôme Cahuzac en Suisse laisse penser que Singapour est le nouveau paradis des fraudeurs. Après avoir fermé son compte à l'UBS à la fin de l'année 2000, l'ancien ministre du budget a ouvert un nouveau compte dans une autre banque suisse, Reyl et Cie. En 2010, il le ferme et transfère l'argent à Singapour. Pourquoi cette décision en 2010 ? Eh bien parce qu'il n'a pas échappé au président de la commission des finances de l'époque que la France a signé en 2009 avec la Suisse un avenant à la convention fiscale prévoyant des échanges d'informations entre les administrations des deux pays. C'est la grande époque de la lutte contre le secret bancaire menée dans le cadre du G20. C'est à ce moment-là qu'un grand nombre d'évadés fiscaux français, quelques milliers, jouent le jeu de la transparence, rapatrient leur argent dans l'Hexagone moyennant une amende adoucie. Parmi ces repentis, témoigne un avocat qui a traité des centaines de dossiers, on retrouve tous les profils, du richissime héritier au haut fonctionnaire en passant par le chef d'entreprise, mais pas un seul élu de la République. Jérôme Cahuzac ne sera pas l'exception qui confirme la règle, il décide alors de transférer son argent à Singapour. Sa banque l'a peut-être encouragé à choisir ce havre car elle dispose d'une succursale sur place, il suffit d'un simple mail pour réaliser l'opération. En revanche, l'évolution du contexte juridique aurait dû alerter ce client si attaché à la discrétion, car Singapour comme la Suisse a signé en 2009 avec Paris un avenant prévoyant l'échange d'informations fiscales. Un observateur attentif de l'évolution des législations fiscales s'étonne que les banquiers aient fait de telles propositions à leurs clients. Peut-être ont-ils compté sur la réputation de Singapour. Un pays qui enverrait les informations à la vitesse du pédalo, plaisante un autre bon connaisseur des paradis fiscaux. Or d'après une enquête effectuée par les services de l'OCDE qui sera publiée dans les tous prochains jours, contre toute attente, Singapour fait partie des pays qui répondent rapidement à la plupart des demandes qui lui sont faites. Singapour n'est donc pas le nouveau havre fiscal supposé ? Retrouvez les analyses de Dominique Baillard chaque jour dans « Aujourd'hui l'économie ».
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