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    Retrait des rebelles du PKK: la réconciliation turco-kurde va être la question à venir

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    Les militants séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont entamé ce mercredi 8 mai leur retrait de Turquie dans le cadre d'un accord censé mettre fin à un conflit qui a fait 40 000 morts en près de trente ans. Décryptage et enjeux de ce retrait avec Dorothée Schmid directeur de recherche à l’Institut français des relations internationales, responsable du programme Turquie contemporaine.

    RFI : Les combattants du PKK ont donc commencé à quitter la Turquie ce mercredi matin, comme ils l’avaient promis. Ils se replient vers leur base arrière en Irak. Cela met fin à un conflit qui dure depuis trente ans. Il y a régulièrement des affrontements entre rebelles et militaires dans la région, causant la mort chaque année de dizaines de personnes. Sur le terrain, la situation est assez trouble. Comment va se passer, concrètement, ce retrait ?

    Dorothée Schmid : La date du 8 mai c’est un peu une date symbolique. Dans le face à face entre l’Etat turc et le PKK, on a toujours des calendriers qui sont mis en place comme ça.

    En fait, depuis plusieurs jours déjà, des militants armés du PKK sont en train de se rassembler sur la frontière et ont déjà commencé à quitter le territoire turc. On le sait, notamment, parce que l’armée turque surveille ces mouvements avec des drones, ce dont d’ailleurs se plaignent les militants du PKK.

    Ce retrait est seulement une première tape. Le PKK et le gouvernement turc se sont engagés dans un processus de paix plus large. Qu’est-ce qui est prévu ?

    Le problème de ce processus de paix, qui a commencé à la fin de l’année dernière, par des discussions secrètes entre les services turcs et Abdullah Öcalan, leader emprisonné du PKK détenu près d’Istanbul depuis 1999, c’est qu’en fait on ne sait pas grand-chose encore sur la feuille de route qu’auraient mise au point ensemble l’Etat turc et la guérilla du PKK.

    Ce qu’on en sait, c’est d’une part ce que disent les autorités turques, qui insistent aujourd’hui sur le retrait des forces armées du PKK –l’important pour eux est de pacifier le territoire turc –c’est finalement de faire en sorte que le PKK soit ailleurs qu’en Turquie, puisque pour le moment, les militants ne désarment pas. C’est un point quand même important à retenir.

    Finalement, là où on en sait le plus, c’est à partir des déclarations de Murat Karayilan, le numéro 2 du PKK. Lors d’une conférence de presse la semaine dernière, il a annoncé qu’on avait donc trois phases dans ce processus de paix, que le désarmement était la première phase, qu’ensuite on passait à une solution politique dont on ne sait encore pas très bien le contenu, même si on sait les revendications des Kurdes, et puis qu’après, ce serait vraiment la pacification et la réconciliation.

    Les combattants du PKK quittent la Turquie, mais ils n’ont pas promis de déposer les armes. Quelles conséquences ça peut avoir en Irak, où ils se replient ?

    On ne sait pas très bien quel est le rôle de l’Irak et du gouvernement autonome du Kurdistan irakien dans cette affaire. Le gouvernement autonome entretient de très bonnes relations avec la Turquie. Il y avait une espèce de gentlemen’s agreement avec les combattants du PKK qui ont installé leur base arrière en Irak. D’une certaine manière, le Kurdistan irakien laissait à la fois à l’armée turque pilonner les bases quand ça l’arrangeait, mais en même temps, ne menait pas lui-même les opérations de nettoyage contre le PKK.

    Il est donc probable qu’il y ait eu un accord, une forme d’accord entre l’Etat turc, le PKK et le gouvernement du Kurdistan irakien, mais on n’en sait pas tellement plus pour le moment.

    Pour les autres pays de la région où est présente une minorité kurde, la situation est beaucoup plus trouble. Le contexte régional est assez mouvementé.

    On a un grand moment kurde en ce moment. Certains Kurdes parlent même de printemps kurde, avec la perspective de cet accord en Turquie, qui est une perspective de règlement historique, même si on comprend que les conditions sont un petit peu compliquées.

    Il y a au Kurdistan irakien une autonomie de plus en plus grande, à la fois politique et puis financière, avec l’exploitation des ressources pétrolières du Kurdistan irakien. Puis il y a la situation en Syrie, avec les Kurdes qui se sont emparés de portions entières du territoire syrien, à leur frontière nord-est avec la Turquie, et qui essaient de maintenir des zones autonomes. On ne sait pas très bien s’ils sont du côté du régime de Bachar el-Assad ou avec les insurgés. Il y a quand même un trouble et une ambiguïté dans la mobilisation des Kurdes en Syrie.

    Le quatrième pays où l’on a une forte minorité kurde est l’Iran. Et l’Iran aujourd’hui, qui affronte la Turquie sur le dossier syrien, a tout de même menacé de saboter le processus de paix et notamment déclaré récemment qu’il aiderait le PKK sur le plan militaire s’il ne se retirait pas de Turquie. C’est une autre inconnue régionale qui est quand même très forte.

    La pression régionale a pu pousser les autorités turques à prendre une décision rapidement. Qu’est-ce qui a favorisé ce processus de paix et donc ce retrait du PKK, en termes de politique intérieure, en Turquie cette fois ?

    Ce que le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est en train d’essayer de combiner c’est à nouveau un accord avec les Kurdes. Dans un premier temps, l’AKP, le parti qui soutient Recep Tayyip Erdogan, le parti néo-islamiste au pouvoir en Turquie, avait beaucoup compté sur le vote des Kurdes. Et puis après il y a eu une désaffection.

    Aujourd’hui, l’idée c’est encore de s’allier aux Kurdes, pour promouvoir une grande réforme constitutionnelle. Et l’inquiétude des milieux d’oppositions en Turquie, c’est que cette réforme va vers une présidentialisation du régime, et elle pourrait finalement confirmer des tendances autoritaires qu’on a ressenties ces dernières années de la part de Recep Tayyip Erdogan.

    Ce qui est important, c’est que récemment le leader politique de la branche kurde, donc du parti kurde, le BDP en Turquie, s’est prononcé très clairement dans une interview la semaine dernière, en disant qu’il ne soutiendrait pas une présidentialisation du régime, et que le processus kurde devait aller dans le sens d’une démocratisation de la Turquie, et que donc, il n’était pas prêt à entrer dans une sorte de deal qui serait uniquement à l’avantage de l’AKP et Recep Tayyip Erdogan.

    Si tout se passe comme prévu, que vont devenir les combattants du PKK, et que va devenir leur mouvement sur le plan politique peut-être ?

    Il y a une vraie interrogation sur les combattants. Pour le moment, 2 000 guérilleros armés se déplacent d’un pays à l’autre. On ne sait pas très bien quelle pourra être leur fonction à l’avenir. On est encore en train de se battre en Syrie et on n’est donc pas exactement dans une région pacifiée. La question du désarmement n’a pas du tout été réglée.

    Ce que le PKK réclame maintenant, c’est une amnistie générale pour tous les militants kurdes qui sont en prison. Ça va être la question la plus difficile à régler à l’avenir, c’est la réconciliation turco-kurde sur le territoire même de la Turquie.

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