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    Europe

    La France et l'Allemagne peuvent-elles braver la crise ensemble?

    media François Hollande et Angela Merkel, le 30 mai 2013 dans la cour du palais de l'Elysée, à Paris. REUTERS/Charles Platiau

    Berlin tend la main à Paris mais exige des réformes. Après les divergences affichées des premiers mois, Angela Merkel et François Hollande multiplient les rencontres et les propositions, qu’il s’agisse de la mise en place d’un président permanent de l’eurogroupe ou d'une initiative pour lutter contre le chômage des jeunes. Autant de propositions que les deux gouvernements peuvent exploiter. Mais l’Allemagne attend des réformes concrètes de la France, comme le montrent des déclarations sans nuance.

    Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut

    Malgré les dissonances des derniers mois et des divergences qui continuent d’exister, François Hollande et Angela Merkel veulent avancer avec des propositions communes. A Berlin, on semble croire désormais à la bonne volonté du président français de faire des réformes et d’assainir les finances publiques.

    Par ailleurs, l’Allemagne constate qu’une consolidation budgétaire à rythme forcé a ses limites, comme le montrent la récession ambiante et la montée du chômage -notamment des jeunes- en Europe. Berlin soutient le délai supplémentaire de deux ans accordé par la Commission européenne à Paris pour assainir ses finances publiques. L'Allemagne est consciente du poids essentiel de son premier partenaire et n’a rien à gagner à un décrochage de ce dernier.

    Redorer la blason allemand en Europe

    Les deux pays peuvent se soutenir mutuellement. François Hollande en obtenant un appui à son plaidoyer pour plus de croissance et pour l’emploi, ce qui peut lui permettre de prouver en France qu’il obtient gain de cause auprès d’Angela Merkel, dont il a critiqué ce qu’il considérait comme un parti pris trop unilatéral pour la rigueur budgétaire.

    Quant à l'Allemagne, elle peut redorer un blason bien terni en Europe, notamment au Sud, où l’image de Berlin est très négative. En même temps, en mettant l’accent sur la lutte contre le chômage des jeunes, Angela Merkel subtilise un thème de campagne de plus à ses concurrents sociaux-démocrates avant les législatives du 22 septembre.

    La France a-t-elle perdu un an ?

    Malgré ce rapprochement, les responsables conservateurs allemands restent vigilants et demandent « à voir ». Les critiques de François Hollande contre les recommandations de la Commission européenne sur les réformes à effectuer en France -recommandations interprétées par le président français comme une ingérence dans les affaires intérieures- ont provoqué des réactions négatives en Allemagne. Plusieurs responsables conservateurs ont effectué des déclarations sans nuance, traduisant leur scepticisme à l’égard du sérieux de Paris en matière de réformes et d’assainissement budgétaire.

    Rainer Brüderle, le patron du groupe parlementaire libéral au Bundestag, qui estimait jeudi 30 mai que la France avait perdu un an depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, a déclaré à la radio Deutschlandfunk dans la foulée, ce vendredi, que la solidarité européenne -un délai supplémentaire accordé à la France pour réduire ses déficits- devait aller de pair avec des efforts en matière de réformes.

    « double-langage » ?

    Jeudi 30 mai toujours, un proche d’Angela Merkel a estimé que les propos de François Hollande étaient contraires à l’esprit des traités européens, et traduisaient le désarroi d’un président qui n’avait pas encore trouvé de réponse aux problèmes de son pays.

    La presse allemande de ce vendredi fait d'ailleurs preuve d’un certain scepticisme aussi.

    Le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine critique « le double-langage » de François Hollande qui, lors des cérémonies commémorant les 150 ans du Parti social-démocrate à Leipzig, vantait la semaine dernière les réformes sociales du chancelier Schröder et qui, à son retour en France, selon le quotidien allemands, ne voudrait plus en entendre parler désormais.

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