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    Culture

    Rudy Ricciotti : «Le Mucem, une architecture féminine et musculaire»

    media Rudy Ricciotti, l’architecte français du Mucem, le 3 juin dans un passage du nouveau Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

    Le président François Hollande inaugure ce 4 juin le Mucem, la construction phare de la Capitale européenne de la Culture, Marseille-Provence 2013. Le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille est une œuvre toute en béton et en courbe dont l'architecte Rudy Ricciotti détient le secret. Un architecte militant aussi qui tient à préserver les savoirs et les métiers et à travailler avec son environnement immédiat. Entretien.

    Quelle était votre idée directrice pour cette  architecture ?

    Vous savez, le Mucem, il a 11 ans. J’ai dessiné ce projet il y a onze ans. C’est là qu’on voit la distance entre le son et l’écho. Elle est plus vaste dans les chambres de résonance, il faut onze ans pour réaliser un projet comme ça. Quand je l’ai fait, je l’ai fait dans un contexte d’anxiété. Je travaille beaucoup sur le thème de l’anxiété et de la difficulté d’être de l’architecture. Donc, c’est un projet qui est dématérialisé, très féminin, mais aussi très musculaire, avec des tendons, des nerfs… Voilà. Évidemment, sa linguistique est aux antipodes des certitudes modernistes. C’est plutôt un projet en rupture avec le discours des modernes. Mais je l’ai dessiné avec beaucoup d’anxiété. Voilà. Et il parle de ça. Il est dans la difficulté d’être. C’est un projet qui est devant un horizon métaphysique qui est la Méditerranée. Il est sous le regard anxiogène de la Méditerranée. Cette couleur bleu outremer, argenté lorsqu’il y a du vent, sombre le soir, très lumineux la journée… Enfin, on voit bien que ce paysage changeant questionne l’architecture et ne peut que la mettre en difficulté.
     
    Quel matériau avez-vous utilisé pour la célèbre passerelle du Mucem ?
     
    C’est du béton. Mais c’est du béton qui n’a que le nom béton. En réalité c’est de la poudre. C’est de la fumée de silice rassemblée avec des fibres. Et là, encore une fois, il y a eu treize ingénieurs pour identifier cette passerelle et six ouvriers pour la réaliser. Par exemple, l’assemblage c’est comme une série de vertèbres. Imaginez les vertèbres que vous avez dans le corps humain, c’est des vertèbres une contre l’autre, sauf que dans leur contact, le contact se fait à moins de 0,2 millimètre de tolérance. Je ne sais pas si vous imaginez. C’est extrêmement précis. C’est vraiment de la micro-précision. Et en fait, c’est comme une poutre à plat. Voilà. C'est-à-dire, ce n’est pas une poutre qui travaille en flexion. Dans l’histoire du mouvement moderne la poutre fléchit. C’est l’histoire. Pas besoin d’être ingénieur pour le comprendre. Elle fléchit. Vous mettez quelque chose sur deux appuis, vous appuyez, eh bien, ça fléchit. Celle-là, elle ne fléchit pas, parce qu’elle travaille totalement en compression. Voilà. Et donc ça, c’est quand même assez inattendu.
     
    Quel était le rôle des ingénieurs ?
     
    Les vrais héros sont les ingénieurs quand même. Tous les ingénieurs qui ont défendu ce projet, parce qu’il faut faire des études d’aéroélasticité, des études en soufflerie, des études de traduction de résultats en soufflerie, des études pour fabriquer le moule, des études pour contrôler la planimétrie… Il y a Airbus Industrie qui a participé au contrôle dimensionnel des voussoirs. Et puis après, des gens qui travaillent la précontrainte, puis des gens qui font des études d’excès, puis des gens qui stabilisent les échafaudages, puis des gens qui font des amortisseurs de masse accordée… Ça n’arrête pas ! Ces gens sont tous dans une seule croyance, c’est fabriquer une technologie territoriale qui est spécifiquement française. Alors je sais que ça peut paraître un peu ringard de dire « spécifiquement français ». Je vous l’ai déjà dit, moi je suis un patriote. Je suis très heureux, qu’en France on ait des sachants comme ça, et que ce savoir, on ne soit pas encore prêt de nous le voler.
     
    De quelle sorte de béton est fait le Mucem ?
     
    La France a toujours été en avance sur la culture cimentière, la culture béton, du point de vue de la recherche de développement. Ce chantier a été un grand moment de recherche de développement, un grand moment d’expertise nouvelle, un grand moment d’identification des comportements, des efforts dans la matière. En réalité c’est un projet très scientifique. On a inventé des processus nouveaux. On a inventé des modes de raisonnement nouveaux. Et je suis très ému par tous ces gens que j’ai rencontrés. Et d’ailleurs on est tous très tristes de finir ce chantier. C’est assez incroyable.
     
    Le Mucem, c’est d’abord un musée, comment expliquez-vous cette inventivité ?
     
    D’abord je pense que lorsqu’on construit avec l’argent public –  veiller à ce que l’argent du contribuable retourne sous forme de travail – je pense que, politiquement, c’est quand même quelque chose qui fait sens ! Moi j’aime que ce que l’on développe se fasse de manière territorialisée, sur une mémoire territorialisée très localisée. Alors après le contenu du musée, c’est un plateau libre. Ce sont des lieux libres à disposition des muséographes et du ministère de la Culture. Et bon… C’est quand même le premier musée national décentralisé ! Il ne faut pas l’oublier ! Donc, c’est une présence de l’État à Marseille. Moi, je me réjouis de sentir une forte présence sensible de l’État au cœur de cet endroit excentré de la République.
     

    RFI DOSSIER SPECIAL - MUCEM + MP2013

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    Le Mucem, un grand musée de civilisations pour l’Europe et la Méditerranée. Ouverture au public à partir du vendredi 7 mai. Grand week-end Portes ouvertures gratuit les 7, 8 et 9 juin.

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