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    Disparition de Seamus Heaney, «le plus grand poète irlandais après Yeats»

    media Seamus Heaney. REUTERS/Charles Platiau

    Prix Nobel de littérature 1995, le poète irlandais Seamus Heaney est mort le 30 août. Considéré comme l’un des plus grands poètes contemporains de langue anglaise, Heaney a donné un nouveau souffle à la poésie irlandaise en l’enracinant dans l’histoire de l’île Emeraude, ses paysages et ses mythologies.

    Décédé à l’âge de 74 ans, le poète irlandais Seamus Heaney a été enterré le lundi 2 septembre, suite à une cérémonie émouvante à l’Eglise du Sacré-Cœur de Dublin. Une vaste foule d’amis et d’admirateurs dont le groupe U2 au grand complet, mais aussi le Président et le Premier ministre irlandais, ont assisté à la messe célébrée en son souvenir. Le poète irlandais contemporain le plus lu dans son pays et dans le monde anglophone, Heaney était connu et aimé du grand public irlandais. Ses amis l’avaient surnommé affectueusement « Famous Heaney ». Le public se reconnaissait dans sa poésie d’une grande simplicité d’expression, mais d’une densité quasi-mystique, ancrée dans le paysage et la culture irlandaises.

    Poète des miracles du quotidien

    L’Irlandais laisse derrière lui une œuvre considérable, composée de 12 volumes de poésies, de recueils d’essais sur la littérature et des traductions. Elle lui a valu en 1995, le prix Nobel de littérature. En décernant cette récompense mondiale et prestigieuse à l’héritier de William Butler Yeats, de Bernard Shaw, de James Joyce et de Samuel Beckett, l’Académie suédoise avait attiré l’attention sur son œuvre singulière « caractérisée par sa beauté lyrique et sa profondeur éthique qui fait ressortir les miracles du quotidien et le passé vivant ».

    Les angoisses liées au vieillissement et à la mortalité sont les constantes de la poésie récente du poète défunt. Ces préoccupations hantent son dernier recueil Human Chain  (Chaîne humaine), que Heaney a publié après une première crise cardiaque en 2006. Ses pages témoignent aussi de la possibilité de renouveau et de réenchantement comme le poète l’a décrit dans le superbe poème d’amour (« Chanson d’Aventure ») que compte le volume. La chanson remémore le trajet dans l’ambulance vers l’hôpital, l’inquiétude, la sollicitude de l’épouse qui le veille, autant de signes d’un lien indestructible que la mort ne pourra jamais rompre. Cela donne le ton de la poésie de Seamus Heaney, une poésie d’une sensibilité complexe, voguant entre le désespoir existentiel et l’espoir humaniste.

    Une enfance campagnarde

    L’aîné d’une famille de neuf enfants, Seamus Heaney a vu le jour le 13 avril 1939 dans une ferme à Mossbawn, dans le comté de Derry en Irlande du Nord. Le paysage irlandais avec ses tourbières, sa terre humide et noire ont profondément marqué l’imaginaire du futur poète. Sa poésie a été une quête de cette enfance campagnarde, de ses couleurs et de ses odeurs. Il appartient à une famille catholique cohabitant avec une population en large majorité anglicane. Les violences historiques que cette cohabitation a suscitée en Irlande du Nord constituent le fond et l’arrière-fond de l’œuvre poétique de Heaney.

    Elève talentueux, il obtint à l’âge de 12 ans une bourse du gouvernement et quitta la ferme natale pour aller terminer ses études secondaires en ville. Il fit ensuite des études de langue et de littérature à l’université de Belfast avant de s’engager dans l’enseignement. Dans une interview à la BBC, Heaney a raconté que sa rencontre avec la poésie fut certes tardive, mais fondamentale. Il aimait dire que la source essentielle de son oeuvre poétique était les grands poètes qu’il n’a jamais cessé de lire depuis sa découverte de la poésie à l’université. Il se souvient de la charge électrique des mots et de la lecture comme une transe. Dans son livre d’essais intitulé Préoccupations, paru en 1980, Heaney est revenu avec beaucoup de perspicacité sur les poètes qui ont structuré sa sensibilité littéraire : bien sûr Yeats, mais aussi Wordsworth, Dante, Patrick Kavanagh, John Clare, Sylvia Plath et Elizabeth Bishop.

    Labourer le langage

    Couverture de «Poèmes» de Seamus Heaney. DR

    A l’université, il faisait partie d’un cercle de jeunes poètes aspirants qui voulaient donner une nouvelle impulsion à la poésie irlandaise qui, depuis la mort de W. B. Yeats en 1939, prix Nobel de littérature, ne s’était pas beaucoup renouvelée. En publiant en 1966, son premier recueil Death of a naturalist (Mort d’un naturaliste), le natif de Mossbawn s’est imposé comme le porte-étendard de la nouvelle école de poésie irlandaise. Puisant son inspiration dans la nostalgie d’une enfance passée près de la nature, il a imposé le terroir, le paysage comme des lieux de la fécondation poétique.

    Ce premier recueil de Seamus Heaney s’ouvre sur la ferme de ses parents et le travail des champs devient la métaphore de l’exploration poétique. « Sous ma fenêtre, le crissement net/ De la bêche qui plonge dans le sol caillouteux:/ Mon père qui creuse. (…) Il (mon grand-père) taillait et tranchait nettement, balançant les mottes/Par-dessus l’épaule, il descendait de plus en plus bas/ Vers la bonne tourbe. Il creusait. (…) Entre mon doigt et mon pouce/ Le stylo trapu repose./Je creuserai avec. »

    Dans les nombreux recueils qu’il a publiés depuis les années 1960, à intervalles réguliers, il a approfondi sa méditation sur les connections entre la parole poétique et l’Histoire, ancrant son imagination dans la mythologie des lieux et des choses. Les titres des volumes Door into the Dark (1969, La Porte vers l’obscurité), Wintering out (1972, Hibernation), North (1975, Nord), Field Work (1979, Travail sur le terrain), Station Island (1984, Ile de pèlerinage), The Haw Lantern (1987, La Lanterne de l’aubépine), Seeing Things (1991, Visions), The Spirit Level (1996, Le Niveau à bulles) reflètent le souci du poète de s’élever au-dessus des contingences de l’ici et du maintenant, d’explorer les mutations profondes et souterraines à l’œuvre au cœur même des êtres et des pays. Pour Heaney, le poète est un sondeur, labourant la langue (anglo-irlandaise),  qui est à la fois sa matière et son outil. Sa poésie, riche en expressions du terroir (dulse, en français « algue brune », dunting, en français « cognement », dung-heaver, en français « nettoyeur de fumier » signifiant respectivement « algue brune »,  et de noms de lieux typiquement irlandais (Anahorish, Broagh, Toome, Mossbrawn, Bellaghy), est peut-être avant tout une quête du langage qui, comme il aimait l’affirmer, est le principal sujet de la littérature.

    Les années 1960-70 sont aussi l’époque où l’Irlande du nord a replongé dans la violence opposant les catholiques aux loyalistes protestants. Les activistes politiques reprochent à Seamus Heaney de ne pas prendre position en faveur de la question nationale irlandaise. Afin d’éviter l’écueil de la poésie engagée, ce dernier prend en 1972 la décision de quitter Belfast pour aller s’installer à Dublin où il peut exercer son métier plus librement. Bien que sa poésie ait souvent fait écho aux drames et tragédies du combat nationaliste irlandais, Heaney s’est toujours gardé de s’inféoder aux forces sectaires, inscrivant son travail dans une recherche de la tradition historique à travers le langage et l’imagination. Il aimait se définir comme un « émigré intérieur » dont la fidélité n’était pas aux idéologies, mais aux mots, qui sont porteurs à la fois de la mémoire et de l’Histoire en devenir.

    C’est dans cette distanciation poétique que les architectes des accords du Vendredi Saint ont puisé la grammaire de la réconciliation des unionistes et des républicains, une réconciliation qui a fêté cette année son quinzième anniversaire. L’ancien président américain Bill Clinton qui s’était beaucoup investi dans la résolution du conflit irlandais, aimait citer des vers de Heaney mettant en scène le drame d’un peuple déchiré « entre espoir et Histoire ».
     

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