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    Russie: l'usine de cellulose du lac Baïkal est en cours de fermeture

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    Le processus de fermeture de l'usine est en cours et ses 780 salariés ont été licenciés la semaine passée. Aucune reconversion n’a été prévue pour les ouvriers, alors que l’usine était le principal employeur de la région. La dépollution, elle, risque d’être très longue. Baïkalsk fait partie de ces villes nées autour d’une mono-industrie polluante, comme il en existe beaucoup en Russie.

    Les défenseurs de la nature sont satisfaits. Ils réclamaient depuis des années la fermeture de l’usine de pâte à papier de Baïkalsk, sur les bords du lac sibérien. Le lac Baïkal, surnommé «la perle de la Sibérie», ou encore «l’œil bleu de la Sibérie», en raison de la transparence de ses eaux, contient 20% des réserves d’eau douce de la planète, il est le plus profond du monde, et le plus grand d’Eurasie.

    Situé au sud-est de la Sibérie, le lac Baïkal est classé en 1996 au patrimoine mondial de l'Unesco. (Photo by: Russian Look/UIG via Getty Images)


    La transparence exceptionnelle de ses eaux et la beauté des paysages sibériens environnants ont permis qu’il soit classé depuis 1996 au Patrimoine mondial de l’Unesco.
    Mais le lac a bien failli se retrouver sur la liste du patrimoine en péril, en raison de la pollution générée depuis des décennies par l’usine de cellulose de Baïkalsk.

    Une entreprise polluante issue de la guerre froide

    En 1954, en pleine guerre froide, des experts soviétiques expliquent qu’en mélangeant de la pulpe de pins à l’eau presque déminéralisée du lac, on obtiendra une cellulose de haute qualité destinée à la fabrication des pneus d’avion. La construction du combinat de Baïkalsk démarre en 1961 et s’achève en 1966. Entre-temps, la technique de fabrication des pneus dans l’aéronautique a changé et elle n’utilise plus de cellulose. Néanmoins la production du lac Baïkal trouve des débouchés notamment en Chine.

    L'usine a été construite à la hâte, aucun système d’épuration n’est prévu. Les eaux usées sont rejetées dans le lac. Or l’usine produit de la cellulose blanchie au chlore, un élément hautement polluant. D’après les chiffres fournis par l’association : « vague écologique du Baïkal », à plein régime l’usine prélève et rejette 14 millions de litres d’eau, à l’heure ! Après vingt ans d’exploitation, le complexe aurait ainsi déversé plus de 1,5 milliard de mètres cubes de déchets industriels – chlore, sulfure, dioxine- dans le lac pour produire 160 000 tonnes de cellulose par an.

    Une mono-industrie dans une «mono-ville»

    L'usine de cellulose et pâte à papier de Baïkalsk, sur le lac Baïkal (2003).

    L’usine fait partie d’un combinat, le BTSBK, autrement dit «l’usine de cellulose du Baïkal», qui comprend aussi une centrale thermique. Quatre-vingts pour cent de la production sert à fournir l’énergie nécessaire à la production de pâtes à papier, et les 20% permettent de chauffer la ville. La centrale consomme 1000 tonnes de charbon par jour !

    En fait la ville de Baïkalsk a été construite autour du combinat qui est le seul employeur de la ville, si l’on excepte les services de l’Etat. C’est une entreprise d’Etat, qui possède aussi des crèches pour les ouvriers, une station de ski, une maison de la culture, une équipe de hockey, etc. Mais dès la fin de l’Union soviétique, en 1991, l’entreprise décline. En 2002, le magnat de l’aluminium Oleg Deripaska, rachète l’usine, et se débarrasse des crèches et autres œuvres sociales destinées aux ouvriers. Il revend bientôt 51% des parts à sa holding «Bassovy element» et l’Etat rachète le reste.

    Mais l’entreprise se porte mal, les dettes s’accumulent. Face à la pression des écologistes, en 2008, un système de recyclage de l’eau est mis en place afin d’obtenir un fonctionnement en circuit fermé. La Banque mondiale investit 22 millions de dollars dans ce projet. Mais le système fonctionne mal. L’usine est vétuste, la cellulose produite est de mauvaise qualité, et les Chinois ne l’achètent plus. « Basovy element » cède 25% de ces actions à « Continental Invest ».

    L’usine ferme en octobre 2008, condamnant au chômage 2500 personnes sur 17 00 habitants. Un drame pour Baïkalsk, qui fait partie de ce qu’on appelle «une mono-ville», autrement dit, une ville construite autour d’une mono-ndustrie. Il y en a environ 400 en Russie, construites à l’époque soviétique, et qui étaient largement subventionnées par les commandes de l’Etat. Avec les privatisations puis la crise économique, la plupart de ces centres industriels n’ont plus lieu d’être. Mais ils emploient 25 millions de personnes alors pour éviter un marasme social, l’Etat continue de subventionner ces industries.

    Dans le cas Baïkalsk, il fallait de plus maintenir en état de marche la centrale thermique, dans une ville où la température moyenne est de moins 15 ° en hiver. L’Etat continue de financer à perte la centrale thermique qui est vétuste et énergivore et paye les salaires réduits des ouvriers. D’autant qu’aucune reconversion n’a été prévue pour l’économie locale. Il y a bien des projets pour développer le tourisme et l’embouteillage d’eau potable, mais ils sont encore dans les cartons. En 2009 l’usine est endettée à hauteur de 1,2 milliard de roubles. Une procédure de faillite est entamée.

    Réouverture sous l’impulsion de Vladimir Poutine, puis fermeture définitive

    Face à l’absence de perspectives, les salariés de l’usine protestent, tandis que les écologistes manifestent pour la fermeture définitive de l’entreprise. Des heurts sont parfois évités de peu entre les deux groupes. Vladimir Poutine, alors Premier ministre, entreprend de descendre au fond du lac Baïkal à bord d’un bathyscaphe. Il en déduit que ce n’est pas si pollué et ordonne la réouverture de l’entreprise. La production en circuit fermé est abandonnée, et l’usine rouvre le 15 janvier 2010 avec 780 ouvriers. Sept cents autres assurent le fonctionnement de la centrale thermique. Le 11 septembre 2011, alors que la Russie célèbre «le jour du Baïkal» Vladimir Poutine est élu «pire ennemi du lac Baïkal» lors d'un concours organisé sur Internet par Greenpeace. Le résultat du concours est affiché sur une pancarte plantée au fond du lac par des plongeurs de l’ONG. Poutine affirme qu’il ne fermera jamais l’usine, bien que se plaignant lui-même de la « puanteur insupportable » émanant des tuyaux de l’usine, qui empêche tout développement de projet touristique.

    En 2010, une centaine d'habitants d'Irkoutsk ont bravé le froid pour venir protester contre la réouverture de l'usine de papier. (Photo by Elena Agarkova/MCT/MCT via Getty Images)

    Le BTSBK fermera pourtant définitivement ses portes le 25 décembre 2013 prochain, au grand dam des ouvriers licenciés cette semaine, à la veille de l’hiver. Et ils n’ont pas bénéficié ni de formation, ni de projet de reconversion. Il y a bien dans des cartons du ministère de l’Environnement un projet de parc touristique, avec complexe hôtelier, centre éducatif, et laboratoire de recherche, mais il faudra d’abord démonter l’usine, et dépolluer le site. Le coût total du processus est évalué à 40 milliards de roubles dont 15 milliards, juste pour fermer l’usine. Selon l’ONG «Vague écologique du Baïkal», il faudra se débarrasser de 6 millions de tonnes de boue mélangée à du chlore et autres produits polluants !

    Chronologie et chiffres clés
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