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    Drame de Lampedusa: les officiels au chevet de l'île en deuil

    media Des migrants transférés dans un centre après leur arrivée à Lampedusa, le 4 octobre 2013. REUTERS/Antonio Parrinello

    Les secours sont toujours à pied d'œuvre dans le sud de l'Italie avec une intense mobilisation des services de l'Etat au large de l'île de Lampedusa. L'épave du navire qui a sombré jeudi 3 octobre gît maintenant par 47 mètres de fond. On dénombre 111 morts ce vendredi mais le bilan devrait s'alourdir au fil des heures car des centaines de personnes sont encore portées disparues. Seuls 117 migrants ont pu être sauvés. Un deuil national a été décrété par les autorités italiennes et plusieurs responsables politiques sont attendus aujourd'hui à Lampedusa.

    Seule une poignée de migrants a pu être sauvée, comme le raconte cette navigatrice qui se trouvait sur zone au moment du naufrage. « Nous étions sur le bateau, pour passer la nuit. La mer était belle et, à un moment, mon compagnon m'a dit qu'il a entendu des cris. Nous sommes sortis sur le pont et la mer était pleine, pleine de gens, dont les têtes émergeaient comme des poissons. Nous avons essayé de les sauver au plus vite, et nous en avons sorti 47 de l'eau : 46 hommes et une femme », rapporte-t-elle.

    « Ils étaient tous vivants, sains et saufs. Nous leur avons donné de quoi se vêtir, nous leur avons donné nos vêtements, nous leur avons donné du lait. Il a fallu faire un massage cardiaque à certains. En même temps nous avons appelé les secours, nous avons lancé un SOS. Et puis les secours sont arrivés et ont fait le reste.»

    « Jour de pleurs » en Italie

    Ce vendredi est «jour de pleurs» en Italie, comme l’a déclaré le pape François, en déplacement à Assise ce matin, d'autant que les sauveteurs ont peu d'espoir, désormais, de retrouver des survivants, confiait un porte-parole de la police à la mi-journée. Le pape a déploré l’indifférence à l’égard de ceux qui « fuient l’esclavage et la faim pour trouver la liberté, et trouvent en fait la mort comme à Lampedusa », rapporte notre envoyé spécial à Assise, Antoine-Marie Izoard. Plus largement, c’est « l’esprit du monde » que le pape a fustigé à Assise, demandant en particulier à l’Eglise de se dépouiller de la « mondanité spirituelle ».

    → à (re)lire : Drame de l'immigration à Lampedusa: deuil national en Italie

    Plusieurs officiels se succèdent sur l'île, rapporte notre correspondante, Anne Le Nir. Parmi ces personnalités, la présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, ancienne porte-parole en Italie du Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés, parmi d'autres représentants du gouvernement et des institutions. Elle va se recueillir dans le hangar de l’aéroport transformé en chapelle ardente et s’adresser ensuite à la population.

    Trois bateaux de pêcheurs suspects

    Des témoins affirment que jeudi matin très tôt, trois bateaux de pêche ne se seraient pas arrêtés, au large de l’île des Lapins, pour porter secours aux migrants en détresse.

    Aucun élèment ne permet pour l'instant de confirmer ces affirmations. Une enquête a été ouverte par la justice. Selon des insulaires, il est possible que les pêcheurs aient eu peur de poursuites judiciaires. La loi sur l’immigration adoptée en 2002, encadre en effet très strictement l’entrée des étrangers et prévoit des sanctions lourdes pour ceux qui favorisent l’immigration illégale. Ce serait l'unique raison qui leur aurait fait poursuivre leur route.

    Un appel pour le prix Nobel de la paix à Lampedusa

    Mais, concernant Lampedusa et ses habitants, il faut souligner avec force, que l’île représente un exemple précieux, unique, d’engagement solidaire. D’ailleurs, c’est bien un bateau de pêche appartenant à une famille de Lampedusa qui a porté les premiers secours et lancé l’alarme.

    Ces dernières heures, les sites internet des quotidiens italiens se font le relais de l’appel lancé par un grand reporter de l’hebdomadaire L’Espresso, Fabrizio Gatti*, pour que le prix Nobel de la paix soit attribué à Lampedusa. Et le vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur, Angelino Alfano - de retour de Lampedusa - vient de proposer lui aussi, au nom du gouvernement, la candidature au prix Nobel de la paix de l’Ile de Lampedusa. Il l’a fait à l’issue d’une intervention devant la Chambre des Députés sur la tragédie de Lampedusa.

    Plusieurs députés centristes et de gauche demandent une révision urgente de la loi Bossi-Fini sur l’immigration, et demandent également de revoir les normes de « Dublin II » qui stipulent que le premier État accueillant les immigrés est, de fait, le pays compétent pour évaluer les requêtes des demandeurs d’asile, réfugiés et migrants. Ces députés réclament une réflexion au niveau européen sur les politiques d’accueil des migrants et de droit à l’asile, ainsi que sur le renforcement des contrôles en mer pour éviter de nouveaux drames.

    A (ré)écouter: Les demandeurs d’asile pris au piège de Dublin II

    (*) Fabrizio Gatti est notamment l'auteur de Bilal, sur la route des clandestins, disponible en français aux éditions Liane Levi. 

    Le site de la pétition : « Pourquoi Lampedusa mérite-elle le prix Nobel »

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