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    Europe

    Ukraine: «Le pouvoir a fait erreur sur erreur»

    media Les manifestants prêts à forcer les lignes de police, dimanche 1er décembre. REUTERS/Gleb Garanich

    La situation est chaque jour plus tendue à Kiev, où un millier de manifestants bloquent encore, ce lundi 2 décembre, l'entrée du siège du gouvernement. L'opposition a lancé un appel à la grève générale au lendemain de la mobilisation de 350 000 personnes dans les rues de Kiev. La place de l'Indépendance est toujours occupée et les figures de l'opposition se disent déterminées à tenir jusqu'à ce que le président Viktor Ianoukovitch se résigne à démissionner. Annie Daubenton est journaliste et spécialiste de l’Ukraine. Elle est l'invitée de RFI.

    RFI : Cette situation d’hier et les opposants qui tiennent encore aujourd’hui devant le siège du gouvernement, est-ce que tout cela est exceptionnel ?

    Annie Daubenton : C’est tout à fait exceptionnel. C’est comparable à ce qui s’était passé au moment la « révolution orange » et je dirais même que ça le dépasse, à la fois en quantité et en symbolique, dans la mesure où là, ce qui est demandé, c’est à la fois la démission du gouvernement, du président et quasiment un changement de régime.

    Alors justement, est-ce qu’on doit voir, dans ce qui se passe depuis bientôt plus d’une semaine en Ukraine, une flambée ou véritablement un mouvement qui s’inscrit dans la durée avec des revendications qui seront maintenues jusqu’au bout ?

    C’est un mouvement qui est parti, de toute façon, pour s’inscrire dans la durée, jusqu’à ce qu’il obtienne satisfaction. Ce qui cristallise et provoque cette mobilisation passive, ce sont également les violences qui ont eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi, qui ont été considérées comme intolérables, pas seulement pour l’opposition, mais également par certains membres du pouvoir, y compris des très hauts dirigeants du pouvoir qui ont démissionné.

    Quand les forces anti-émeutes ont chargé les manifestants sur la place de l’Indépendance ?

    Voilà, en faisant de nombreux blessés. Et avec, disons, une cruauté qui était disproportionnée pour des manifestants totalement pacifiques. Donc, on est là face à une crise au sein même du pouvoir, ce qui, quelque part, pourrait mener à terme, en étant optimiste, à un dénouement à l’intérieur même du pouvoir, de la part de ceux qui sont maintenant les opposants au président Ianoukovitch.

    Ce qu’on entend aujourd’hui de la part des dirigeants de l’opposition, c’est ce fameux appel à démissionner qu’ils adressent au président. Est-ce qu’il y a derrière tout cela des discussions, une forme de dialogue qui s’amorce ?

    Oui, il y a des discussions extrêmement serrées, ténues. Je dirais qu’elles se tiennent à plusieurs niveaux. Demain mardi s’ouvre la session parlementaire, et donc des discussions ont lieu à la fois au sein du Parti des régions, qui est le parti du pouvoir, et également entre les différentes composantes de l’opposition. Tout cela prépare donc à la session parlementaire de demain, où devrait être votée la démission du gouvernement s'ils obtiennent la majorité dans les possibilités du Parlement. Ensuite, il reste à trouver les moyens de pression pour faire un « impeachment » au président. Et il y a une hésitation entre une grève générale à l’échelle du pays, ce qui n’est pas forcément évident pour l’instant, il y a plusieurs régions qui se sont mises elles-mêmes déjà en état de grève, et donc il y a déjà un problème de coordination, dans la mesure où ces tous ces événements ont été d’une très grande brutalité, d’une très grande rapidité.

    Hier, il y a eu des villes en dehors de la capitale qui se sont jointes au mouvement. Est-ce que pour l’instant, on peut dire que l’opinion est favorable à ces contestataires de la place de l’Indépendance ?

    C’est tout à fait évident que l’opinion, avec des sensibilités politiques tout à fait différentes, est absolument derrière les personnes mobilisées sur la place de l’Indépendance. C’est ça qui fait la très grande force et la très grande originalité de ce mouvement. Se retrouvent là des gens qui étaient, jusqu’à il y a deux semaines, dans des camps ou des sensibilités politiques tout à fait différentes, voire divergentes. Donc, on a là vraiment une pression, et ce qui est extrêmement significatif aussi, c’est ce qui se passe en province, comme à l’est, comme à l’ouest ou au sud. Il y a vraiment des mairies qui deviennent des places fortes pour les opposants dans plusieurs villes et qui demandent à la fois des démissions des maires qui ont collaboré avec ce régime et également la démission du gouvernement.

    Dans ce contexte, le président Ianoukovitch devait partir en tournée en Asie. Est-ce qu’il peut maintenir un tel déplacement ?

    D’après les informations que nous avons, il est peu probable qu’il aille en Chine, ce serait quand même extrêmement risqué de sa part. Par ailleurs, il y a une autre composante qui est extrêmement importante, c’est qu’il devait partir dans la foulée en Russie, parce qu’il faut bien voir qu’avec le Kremlin, rien n’a été signé. Et donc, le président Ianoukovitch a rompu les accords d’association avec l’Union européenne, mais sans avoir dans les mains tout ce qu’il pouvait y avoir de tangible venant du Kremlin, c'est-à-dire la baisse du gaz, la promesse de prêts financiers, etc. Pour l’instant, tout est suspendu et il va être face au Kremlin dans une situation extrêmement défavorable, et avec une détérioration économique importante.

    Face justement à cette réponse de la rue, est-ce qu’on peut dire que le pouvoir ukrainien s’était trompé ? Il n’avait pas pris la mesure de l’attachement de la population à l’Europe ?

    Le pouvoir a fait erreur sur erreur. Vous comprenez que la question, c’est qu’ils ont soutenu cet accord d’association jusqu’à il y a 15 jours, avec un appareil de propagande inimaginable. Il n’y avait pas que la population ou l’opposition qui étaient favorables à cet accord avec l’Europe, c’était tout le pouvoir qui y était favorable. Donc, ils ont vraiment soutenu cet accord pratiquement jusqu’au bout. D’où la déception et le sentiment de trahison, aussi bien des proches du pouvoir que de la population, parce que tout le monde était sûr que cet accord serait signé, qu’il n’était en rien un élargissement, mais qu’il était une façon quand même de se rapprocher de l’Europe et des normes que cela signifie. C'est-à-dire le respect du droit des citoyens, des élections légales, une économie mieux normée sur les standards européens, etc. Donc, il y a une immense déception, que le pouvoir lui-même a fabriqué.

    Annie Daubenton est l'auteur d'Ukraine : les métamorphoses de l’indépendance ukrainienne, aux éditions Buchet-Chastel (2009).

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