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    Libération des Pussy Riot: «Des monnaies d’échange que Poutine utilise sur l’échiquier international»

    media Nadejda Tolokonnikova devant les journalistes à sa sortie de prison, le 23 décembre 2013. REUTERS/Ilya Naymushin

    Ce lundi 23 décembre, Moscou a fait libérer les deux Pussy Riot emprisonnées depuis presque deux ans. Maria Alekhina condamnée à deux ans de prison a bénéficié de l’amnistie décidée par le président Poutine. Même sort pour sa comparse, Nadejda Tolokonnikova. Ces libérations font suite à celle de l’ex-magnat du pétrole, Mikhaïl Khodorkovski, qui purgeait une peine de dix ans de prison. André Filler, maître de conférences à l’université Paris VIII et à l’Institut français de géopolitique revient sur les événements au micro de Florence Thomazeau.

    RFI : Un premier mot sur cette grâce accordée à Mikhaïl Khodorkovski. Est-ce que c’était prévisible ?

    André Filler : Non, ce n’était absolument pas prévisible puisque d’un côté, c’est vrai qu’il était toujours question d’amnistie et de grâce présidentielle et, en même temps, le régime de Vladimir Poutine faisait savoir systématiquement que ces mesures attendues ne viendraient jamais. Donc il y avait un effet de surprise savamment ménagé.

    Cette libération est-elle le signe d’un vrai changement dans la politique de Vladimir Poutine ? Ou est-ce que c’est un coup médiatique comme le dénoncent d’ailleurs des députés de l’opposition qui disent que cela intervient avant les JO de Sotchi, pour que le pouvoir puisse se racheter une certaine conduite ?

    C’est certainement un coup médiatique. On aurait pu bien prévoir avec les absences des homologues de Vladimir Poutine annoncées lors de l’ouverture des Jeux olympiques de Sotchi. Aujourd’hui même est tombée la nouvelle que le Premier ministre britannique ne viendrait pas. Evidemment le Kremlin n’est pas content et tente donc de sauver la mise.

     → A (RE)LIRE : Russie: les deux Pussy Riot ont été libérées à quelques heures d'intervalle

    Il faut dire aussi que la politique de Moscou actuellement, c’est une politique de savante composition entre les mesures en direction de l’Occident pour le tranquilliser, et en même temps de ne pas perdre son électorat conservateur et fidèle qui constitue le socle du régime de Poutine et quelque part garantit sa survie. Donc de ce point de vue, l’amnistie et les grâces successives adressées aux personnalités emblématiques emprisonnées comme Khodorkovski, les Pussy Riot ou encore les écologistes d’Arctic Sunrise, seraient à mon sens une sorte de mesures cosmétiques pour ne pas s’attaquer à ce qui tient surtout à tord au maître du Kremlin, c’est-à-dire ces dernières lois dites sur des valeurs, notamment les lois homophobes. Non pas que Poutine soit spécialement concerné mais parce que c’est par ce biais-là qu’il tient son électorat.

    Les prisonniers politiques moins exposés, ceux qui tournent d’ailleurs autour de l’affaire Khodorkovski, risquent-ils de ne pas être libérés eux ?

    Ça dépend de la réaction des partenaires occidentaux. Il ne faut pas oublier qu’ils ne sont plus dans le contexte de la Guerre froide, que la Russie de Vladimir Poutine n’est pas en tête d’un bloc militaire comme ce fut naguère le cas de l’Union soviétique. Vladimir Poutine a besoin de ses partenaires occidentaux du point de vue économique, du point de vue de visibilité, de représentation, d’alliance politique également. Je pense que Poutine prévoit une forme de libération possible pour tranquilliser l’opinion publique internationale, mais évidemment le sort de ces personnes lui est infiniment indifférent. Ce sont des monnaies d’échange qu’il utilise sur l’échiquier international.

    Leur avenir est incertain. On le voit avec Khodorkovski qui est en exil à Berlin et qui pour le moment, ne prévoit pas de revenir en Russie. Se pose le problème de l’avenir de ces gens qui sont libérés mais qui ne peuvent pas forcément revenir vivre dans leur pays…

    Evidemment. Cela dit, il faut dire qu’il est quand même préférable de se trouver en liberté à Berlin que dans le système carcéral russe où les conditions sont spécialement douloureuses et dénoncées notamment par de nombreuses organisations internationales.

    Comment voyez-vous l’avenir de Khodorkovski ? Il affirme qu’il ne veut plus rien à voir avec la politique, qu’il ne veut plus affronter Vladimir Poutine. Est-ce que c’est une porte qui se ferme définitivement ? Va-t-il uniquement œuvrer à la libération des détenus politiques ?

    Ce n’est absolument pas certain parce que si vous avez entendu de nombreux entretiens que Khodorkovski a accordé presque à la chaîne après sa libération, on voit quand même un message politique qui à mon sens serait d’ailleurs bien moins univoque, bien moins conforme à l’image justifiée du martyr du régime qu’on fait de Khodorkovski, notamment son point de vue sur l’intégrité territoriale de la Russie, notamment sur Nord-Caucase et « le besoin de faire une guerre », au cas où on constatait des velléités séparatistes de la part des Républiques musulmanes du Nord-Caucase.

    A mon avis, Khodorkovski sera contraint et forcé, mais peut-être également par goût car c’est un homme d’action et un grand joueur, de revenir en politique. Peut-être pas tout de suite, peut-être pas de façon frontale, ce qui était sa manière d’agir avant son arrestation, mais néanmoins son discours est un discours politique et les intentions déclarées sont toutefois démenties par la teneur de ses paroles.

    Il est dans une période transitoire ? De remise en question ?

    Oui. Nécessairement.

    Se pose évidemment la question des droits de l’homme qui reste très sensible en Russie. C’est quand même un geste d’apaisement. Est-ce que pour autant ce régime s’assouplit réellement ?

    Non, je ne pense pas. Ce régime, à la différence encore une fois du régime totalitaire qu’était le régime soviétique, est caractérisé par son pragmatisme et par son cynisme. Le mépris, affiché et assumé encore une fois des droits de l’homme, à mon sens n’est pas consubstantiel idéologiquement au régime de Vladimir Poutine mais plutôt aux mesures qui permettent de garder, de fidéliser et de cultiver un certain électorat conservateur qui attend ces mesures, qui attend la main forte, qui est nostalgique du passé soviétique. Donc tant que cet électorat reste fidèle, l’avenir du régime est assuré. Et on peut s’attendre uniquement à cette politique-là.

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