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    Europe

    Turquie: la rue conteste à nouveau le pouvoir du Premier ministre Erdogan

    media Scène d'affrontement dans une rue stambouliote, le 27 décembre 2013. AFP PHOTO/ OZAN KOSE

    En Turquie, la rue menace désormais à nouveau le Premier ministre turc : place Taksim, à Istanbul, comme en juin dernier, ou encore à Ankara, la capitale. Recep Tayyip Erdogan est appelé à démissionner après les récentes révélations sur la corruption dans son entourage. Mais, inflexible, ce dernier a pris la parole devant ses partisans, vendredi 27 décembre, pour afficher sa légitimité.

    Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

    En tournée dans la ville d'Istanbul, hier, le Premier ministre turc a tenté de reprendre l'initiative en haranguant ses partisans : « Je vous le dis clairement : si notre peuple nous dit "va-t'en", nous partirons, aucun doute là-dessus. Parce que l’instance de référence pour nous, c’est le choix du peuple. Mais si le peuple nous dit de rester, alors nous ne prêterons aucune oreille à ceux qui veulent nous faire partir ! »

    REUTERS/Osman Orsal
    Si le peuple nous dit de rester, alors nous ne prêterons aucune oreille à ceux qui veulent nous faire partir !
    Recep Tayyip Erdogan

    La Turquie est en campagne électorale, et le lancement de cette campagne, c’est le remaniement ministériel du début de la semaine, pour lequel les événements lui ont forcé la main : Recep Tayyip Erdogan a mis sur pied un cabinet de crise, un cabinet de combat. Mais le Premier ministre est de plus en plus seul. Son parti est miné par les affaires, avec quatre ministres suspectés de graves malversations, et miné par le doute aussi : quatre démissions dans la semaine, dont deux anciens ministres.

     → A (RE)LIRE : Turquie: le fils d’Erdogan visé par l’enquête anticorruption

    Erdogan a tenté de court-circuiter la justice en bloquant le travail de la police judiciaire, mais le Conseil d’Etat l’a remis à sa place. Le chef du gouvernement n’a plus entièrement la main, il réagit plus qu’il n’agit, et se tourne donc vers le peuple qui sera consulté dans trois mois pour les élections municipales, puis pour des scrutins beaucoup plus cruciaux cet été : un référendum constitutionnel et une élection présidentielle au suffrage universel direct.

    A (RE) LIRE : Ali Kazancigil : «La société turque actuelle ne supporte plus le comportement d’Erdogan»

    Les grandes villes se soulèvent

    En attendant, c'est la reprise de la mobilisation anti-gouvernementale : gaz lacrymogènes, barricades en feu, canons à eau, batailles rangées à coups de pavés ; même les opposants de gauche qui ont tenu la rue durant des semaines en juin dernier n’en rêvaient pas, mais cette instabilité auquel le pouvoir est confronté a relancé la contestation.

    Des manifestants utilisent des feux d'artifice contre les forces de l'ordre à Istanbul, le 27 décembre 2013. REUTERS/Cevahir Bugu

    Trois soirs durant, Istanbul, Ankara, Izmir, Adana, Eskisehir, Tunceli, les grandes villes du pays ont vu descendre dans leurs rues des milliers de manifestants demandant la démission du gouvernement. Ils sont peut-être, pour l’instant, moins nombreux qu’au début de l’été, mais pas moins décidés, loin de là. De nouveaux mots d’ordre sont lancés pour aujourd’hui, samedi, et il y a fort à parier que cette mobilisation ne se démentira pas jusqu’aux élections. Dans ce contexte, l’armée déclarait hier dans un communiqué vouloir rester en dehors de la politique, ce qui n’est pas un très bon signe.

    Des séquelles durables

    Deux semaines de crise qui auront des séquelles sans doute durables pour la profession journalistique, écartelée et souvent censurée. De nombreux journalistes, souvent éditorialistes de renom, ont ainsi été sacrifiés pour leur indépendance ou leur partialité dans le traitement et le commentaire du conflit entre Fethullah Gülen et Tayyip Erdogan. La volonté de contrôle de l’information va jusqu’à la fin de la distribution des journaux proches de la confrérie Gülen dans les avions de la Turkish Airlines, compagnie nationale.

    Les reporters sont désormais bannis des directions provinciales de la Sûreté où ils avaient jusque là des bureaux permanents. Ce qui se traduit, dans la palette de la presse quotidienne, par des titres aussi radicalement opposés et parfois guerriers que la promesse d’Aksam ce matin de « juger les juges », le journal paraphrasant le coup de gueule du Premier ministre hier en direction des magistrats, ou Birgün qui titre, « regardez l’équilibriste », non pas qu’il fasse le funambule mais parce qu’il vous dit de regarder en l’air pour vous faire les poches.

    Ou bien Yeni Safak qui vilipende les « traîtres à la patrie », face à Yeniçag qui tourne en dérision la « chute des feuilles mortes » au parti du gouvernement. Tout cela sans énumérer les vrais-faux complots et les authentiques noms d’oiseaux qui ne manqueront pas d’émailler la campagne électorale ; 90 jours encore, que c’est long !


     ■ VU DE BRUXELLES : Le commissaire européen à l'Elargissement tance Ankara

    Avec notre bureau de Bruxelles,

    Le commissaire européen à l’Elargissement, le Tchèque Stefan Füle, ne mâche pas ses mots. Il dit ainsi que depuis le 17 décembre, date des premières arrestations dans les cercles du pouvoir actuel, il suit les événements en Turquie avec une préoccupation croissante. Et il a sommé Ankara de traiter de façon « transparente et impartiale » les enquêtes anticorruption qui ont cours dans le pays.

    Stefan Füle souligne l’exigence d’une garantie absolue de l’indépendance et de l’impartialité des enquêtes judiciaires déclenchées pour toute forme de délits, y compris la corruption. Il ajoute qu’il ne peut en aucun cas souscrire au récent limogeage d’un nombre élevé de policiers. L'indépendance et l’efficacité de la justice turque, poursuit-il, ont été sapées par la récente modification du code de procédure pénale. Stefan Füle se réjouit de la suspension par le Conseil d’Etat de la mise en œuvre de cette modification et souhaite que cette suspension devienne permanente.

    Enfin, il est rappelé à la Turquie que son statut de pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne entraîne l’obligation du respect des règles fondamentales d’un Etat de droit.

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