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    Europe

    Zina : l'exil dans la peur

    media Zina, le 5 mars 2014 dans l'appartement d'une tierce personne, à Paris. RFI / Igor Gauquelin

    Zina pensait finir sa vie en Tchétchénie. Rattrapée par ses années de « flirt » avec la résistance, elle a dû fuir précipitamment en 2005, à plus de 50 ans, en état de choc. A ce moment précis, la destination n'avait aucune importance. Il fallait fuir le régime de Grozny.

    Lorsqu'elle évoque son passé, Zina* s'arrête régulièrement pour chercher ses mots, dans un sourire gêné. Sous le voile, on entrevoit alors les grands yeux clairs de cette femme du Caucase. Et chacune de ses paroles résonne comme une leçon de vie.

    La particularité de Zina n'est pas d'avoir connu l'exil forcé, mais de l'avoir connu tard. Sa vie d'avant ? Un vrai livre d'Histoire. Née en 1951 au Kazakhstan, pendant les déportations staliniennes, elle découvre la Tchétchénie à l'âge de 7 ans, sous l'ère Khrouchtchev. Ce retour au pays, dans un train de marchandises, est l'un de ses plus vieux souvenirs. « C'était l'été », se rappelle-t-elle simplement.

    Direction Starye Atagui, près de Grozny. Son père, malade, y travaillera dix ans dans des vignes collectivisées. Sa mère est couturière. Quant à Zina, l'aînée de la fratrie, elle accomplit ses dix classes d'école sous la houlette de professeurs russes, et s'occupe de ses frères et sœurs. « Oui, c'était une époque heureuse, se remémore-t-elle, mais je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir eu d'enfance. »

    Les champs de tomates, puis la guerre

    Le père de Zina meurt en 1969. Pour la jeune femme, il est temps de se marier. Elle reviendra néanmoins dans sa famille au bout d'un an. « Nous étions jeunes, nous ne nous sommes pas compris. Je n'imaginais pas que je ne connaîtrais plus d'homme après lui. » Qu'à cela ne tienne, Zina aime sa vie, comme ce voyage à Gorki, en Russie, pour vendre des tomates, avant une escale « shopping » à Moscou avec sa mère.

    La suite est moins drôle. En 1985, Zina perd un frère, poignardé à Novgorod. « Après ça, je n'ai plus pensé qu'aux autres, je me suis oubliée », dit-elle. Puis vient la guerre d'Afghanistan. Tout le monde en parle. Le petit dernier a l'âge de servir sous les drapeaux. Par chance, il sera envoyé à Sotchi, au bord de la mer Noire. Mais la dynamique est lancée et ne s'arrêtera plus, jusqu'à la démission de Mikhaïl Gorbatchev, le 25 décembre 1991. L'URSS, c'est fini. Zina a 40 ans.

    « Ce moment était incroyable, et plutôt angoissant, confie-t-elle. L'Union soviétique, c'était la patrie. Tout le monde vivait en bon terme, égal, comme une grande famille. L'effondrement, c'était inimaginable pour nous. » Et le pire est à venir. « Mon frère m'a dit un jour qu'il aurait préféré vivre encore 50 ans de communisme plutôt que ça », lâche-t-elle au moment d'évoquer la guerre, quand Elstine entend reprendre Grozny, en 1994, après la sécession tchétchène.

    La résistance, puis la fuite

    Zina et les siens ressentent l'intervention russe comme une agression. Il faut se cacher dans la cave pour éviter le souffle des bombardements qui frappent la capitale jour et nuit. Avec son petit frère, elle fait « tout pour aider les résistants ». Elle cuisine, soigne les blessés, reprise même des chaussettes pour eux. Si elle se tient loin de la politique, elle constate néanmoins que les luttes de pouvoir gagnent du terrain sur l'élan patriotique des débuts.

    Entre 1996 et 1999, après le conflit, Zina vit ses années de « survie » en vendant du pain. Puis c'est de nouveau la guerre. Elle et son frère soutiennent les résistants lors d'un deuxième conflit tchétchène, d'où émerge le nouveau maître du Kremlin, Vladimir Poutine. Alors, les affiliés de Moscou lancent la traque. « À Grozny, relate-t-elle, le nouveau pouvoir pro-Russe a commencé à prendre des informations sur les personnes qui avaient aidé la résistance pour les pourchasser, les questionner. Beaucoup ont parlé , pour sauver leur peau, et c'est finalement remonté jusqu'à nous. »

    Son frère a le temps de s'enfuir en Ukraine. Pas elle. Elle est cueillie dans sa maison, puis questionnée. Que subit-elle ? Silence. Elle ressort de l'épreuve en état de choc, et son destin s'accélère : elle trouve refuge dans sa famille, qui prend peur et organise sa fuite par la route. Nous sommes en 2005, et c'est l'heure de l'exil pour Zina. 

    Dans la patrie des droits de l'homme, son combat le plus dur

    De son voyage vers l'inconnu, à travers l'Europe, Zina garde pour seuls souvenirs les milliers de kilomètres qui ont défilé. « Partir où ? Aucune importance. Il fallait juste partir loin », explique-t-elle. Sa destination sera Paris, où son frère l'attend. Premières impressions ? « Effrayant ! », plaisante-t-elle. Et cinq années s'écoulent, ensemble, dans une maison abandonnée, sans chauffage ni électricité. Entre ces murs, la Caucasienne reforme un cocon douillet.

    Mais le mauvais sort s'acharne. En 2011, son frère est arrêté et transféré sans délai aux Pays-Bas, où la prison l'attend. « Il n'a pas encore été jugé, mais il est innocent », assure Zina, sans plus de détails. La voilà seule dans un pays étranger, d'autant plus démunie après son expulsion du squat qu'elle occupait. Ce qui l'attend pour sa 61e année ? Le Samu social et les foyers. Présence tolérée entre 19h00 et 8h00 du matin. Alors, quand elle ne dort pas, qu'elle n'a pas de date pour faire le ménage chez des particuliers, ou la cuisine pour des amis d'association, Zina tue le temps sur les bancs publics, voire dans les magasins quand il fait froid. Et elle prie. Beaucoup.

    « Pour l'instant, c'est ma vie, lâche-t-elle, gênée. Sans mes amis français et tchétchènes, je n'aurais pas survécu. Mais je ne peux pas aller m'inviter tout le temps chez eux. Je me sens parfois comme une clocharde. » Tous ses recours d'asile ont été rejetés jusqu'à présent. Concrètement, Zina demeure expulsable, et son foyer doit fermer en mai prochain. Un cauchemar. « Bien sûr, mon pays me manque, dit-elle, mais ce qu'il en reste, ce ne sont que des souvenirs, je n'ai nulle part où rentrer. Là-bas, je n'ai plus rien. Ici, je n'ai rien non plus. Je suis déchirée ».

    Que peut-on souhaiter à une femme qui a connu tant d'épreuves ? Sa réponse : « Pour ce qu'il me reste de termps de vie, j'aimerais avoir le droit de souffler un peu ».

    * Le prénom a été changé.

    Notre dossier complet : Femmes d'ici, femmes d'ailleurs: paroles d'exilées

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