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    Europe

    Turquie: Erdogan remporte les municipales et menace ses adversaires

    media Après la victoire de l'AKP aux municipales, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a remercié ses partisans depuis le siège du parti à Ankara. Reuters

    En Turquie, l’AKP de Recep Tayyip Erdogan a enregistré une large victoire au scrutin municipal de ce dimanche. Avec environ 45 % des voix au niveau national, le Parti de la justice et du développement fait mieux qu’aux municipales de mars 2009 où il avait plafonné à 40 %. Le Premier ministre s’est adressé à ses partisans.

    Article régulièrement mis à jour avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

    L’AKP a remporté ce dimanche une victoire incontestable aux élections municipales, sans doute au-delà des attentes de son chef, Recep Tayyip Erdogan. Il ne faisait aucun doute que le parti au pouvoir sortirait en tête de cette consultation. Mais personne, pas même dans le camp du mouvement de M. Erdogan, ne s’attendait à une victoire aussi large.

    Depuis le balcon du siège du parti à Ankara, le Premier ministre, entouré de sa famille et de nombreux ministres, a remercié ses supporters. « Je veux remercier ici encore et encore mon peuple chéri qui s’est engagé pour son indépendance, pour son libre choix, pour son pays et son drapeau. Ô mon Dieu, je prie pour protéger mon peuple chéri ! », a-t-il lancé.

    La lutte aura été très serrée jusqu’à la toute fin du dépouillement pour les villes d’Ankara, la capitale, et d’Antalya, sur la Méditerranée. La carte électorale du pays n’a guère changé. Les grandes villes restent dans l’escarcelle du parti au pouvoir. Seul le sort de la capitale a été tangent tout au long de la nuit. C’est un score égal, équivalent aux précédentes consultations - les législatives de 2011.

    Pour beaucoup, la victoire de l’AKP - et surtout son ampleur -, après des mois de tension et de polarisation de la société, ne manque pas d’inquiéter pour l’avenir.

    Renforcé pour la présidentielle

    Ainsi, on disait Recep Tayyip Erdogan affaibli par les accusations de corruption et la contestation sociale. Cette victoire aux municipales le relance dans la course aux prochaines échéances électorales.

    Cette confirmation ouvre en effet la voie au scrutin présidentiel d’août prochain, a commenté dans la soirée le vice-Premier ministre Emrullah Isler. Un scrutin qui se jouera pour la première fois au suffrage universel direct et pour lequel Recep Tayyip Erdogan est particulièrement bien relancé.

    Mais son pouvoir, conforté par la confiance renouvelée des électeurs, éloigne aussi le spectre d’une élection législative anticipée, espérée par l’opposition en cas de défaite de l’AKP, puisque le Premier ministre avait promis qu’il se retirerait de la vie politique si son parti n’arrivait pas en tête.

    La prochaine législative est prévue au printemps prochain et risque fort de se tenir au terme normal. L’AKP aborde donc cette perspective avec beaucoup de confiance. On ne sait pas encore quelle option choisira M. Erdogan, présidentielle ou poursuite à la tête du gouvernement. Mais celui dont on disait l’avenir bouché voit maintenant l’avenir en rose. C’est certain.

    Pessimisme des éditorialistes de la presse turque

    Après avoir longtemps accordé le bénéfice du doute au Premier ministre, la grande presse libérale, à la fois critique et dans le collimateur, souhaitait voir le Premier ministre mettre de l’eau dans son vin, à la faveur d’une semi-défaite ou d’une perte de légitimité de l’AKP. Elle est donc ce lundi matin quelque peu sonnée.

    Il y a d’abord les chroniqueurs et analystes qui ont du mal à comprendre la sociologie de l’électorat pro-AKP, qui ne cesse de gonfler malgré l’éclatement de la mouvance islamiste, entre AKP et confrérie Gülen, et malgré les excès d’une politique gouvernementale loin de prêcher la tolérance, l’harmonie et la concorde, comme le voudrait l’islam.

    Il y a aussi ceux qui ne comprennent pas que les supporters d’un parti arrivé au pouvoir sur un programme de lutte anti-corruption l’aient absous dans les urnes alors qu’il a manifestement quelques malversations à se reprocher. Il y a aussi ceux qui regrettent que, s’adressant à ses supporters dimanche soir, M. Erdogan n’ait pas lancé des appels à la conciliation, mais au contraire donné le feu vert à une véritable chasse aux sorcières. Et il y a enfin ceux qui pensent que l’appareil est hors de contrôle et que le pilote Erdogan ne pourra pas éviter le crash.

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