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    Ukraine: le gaz, «un outil de puissance pour Moscou»

    media Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion du Conseil de Sécurité russe à Moscou, ce vendredi 11 avril 2014. REUTERS/Mikhail Klimetyev/RIA Novosti/Kremlin

    « La stabilité de l’Europe est menacée par la montée des sentiments anti-russes. » Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie moscovite, s’inquiète de cette conséquence directe de la crise ukrainienne. Il pointe du même coup la montée du racisme. Il y a des tensions politiques, des menaces diplomatiques, mais également un impact économique. Vladimir Poutine a annoncé ce vendredi qu’il comptait remplir les obligations russes de livraison de gaz vers les pays européens, mais qu’il ne pouvait garantir le transit à travers l’Ukraine. Entretien avec Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas More.

    RFI : L'arme du gaz est-elle crédible dans la crise ukrainienne ?

    Jean-Sylvestre Mongrenier : Oui, elle est crédible puisque c’est considéré comme un outil de puissance par Moscou. C’est écrit noir sur blanc dans la stratégie de sécurité nationale. Ça a déjà été mis en œuvre et ça vient s’ajouter à tous les autres éléments de la crise, c’est-à-dire le viol de la souveraineté ukrainienne, les menaces sur le sud et l’est du territoire, les manœuvres de déstabilisation, des troupes qui sont concentrées sur la frontière. Maintenant la question, c’est de savoir si c’est efficace et productif dans la durée. C’est la question que le pouvoir russe devrait se poser.

    Avec cette question à chaque fois qu’il y a une menace côté Est, on a l’impression que Kiev se tourne vers l’Ouest. C’est ce qui vient de se passer ce vendredi matin quand les autorités se sont donc tournées vers Paris et Berlin pour éventuellement obtenir d’autres sources d’approvisionnement ?

    Oui, il y a d’autres sources d’approvisionnement possibles. Il y a possibilité de pulser du gaz depuis l’Ouest vers l’Est, dans le sens inverse. Ça a d'ailleurs déjà été fait il y a quelques années. L’Ukraine est un peu moins dépendante vis-à-vis de la Russie parce qu’en fait, elle réimporte du gaz qui transite par l’Europe centrale, notamment la Slovaquie. Et puis aussi et surtout, si on regarde les choses dans la durée, la mise en œuvre de cette arme énergétique par Moscou pourrait accélérer les recompositions du paysage énergétique européen. Et par rapport à il y a quelques années, il me semble qu’on est quand même moins dans la main de la Russie. Il y a tout un mouvement vers la formation d’un marché mondial du gaz avec le gaz de schiste américain qui devrait bientôt pouvoir être exporté, avec la montée en puissance du gaz naturel liquéfié. Il faut raisonner plus en termes d’années, de décennies, mais il y a également des gisements de gaz en Méditerranée orientale qui pourraient être prochainement exploités et exportés. Donc, c’est en cela que ça pourrait être contre-productif, c’est-à-dire qu’il y aurait un effet immédiat si jamais le robinet du gaz était fermé, mais ça serait plus un effet destructif qu’une contribution à une recomposition géopolitique dans le sens des intérêts russes. Par contre, ça pousserait encore plus les Européens à accélérer la formation d’un marché unifié du gaz et à chercher des solutions autres.

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    Si on regarde beaucoup plus près de nous pour ceux qui ne sont pas spécialistes vraiment de ce dossier, on parle d’inversion des flux. A quel terme est-ce faisable ?

    Cela existe déjà un petit peu. Il y a au moins deux tubes. Il y en a un depuis la Hongrie vers l’Ukraine, l’autre je ne saurais pas le situer exactement géographiquement, mais il y a au moins deux tubes qui sont équipés de compresseurs et qui permettent donc de pulser le gaz dans l’autre sens. Et puis il y a un certain nombre de projets qui sont en cours. C’est relativement peu coûteux et cela peut être fait en quelques mois, en six ou huit mois.

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    Jeudi, Barack Obama a dénoncé « l’escalade russe ». Quand il emploie ces termes, il pense à quoi ? Davantage à ce qui se passe du côté de la frontière avec les troupes russes qui sont toujours massées sur place ou plutôt justement ces menaces sur le secteur de l’énergie ?

    A tout, parce que la crise finalement synthétise toutes ses composantes. Il y a une grande stratégie russe qui vise à réviser ses frontières, puis au-delà à chercher à mettre en œuvre, un projet de resatellisation des Etats successeurs de l’ex-URSS. Et au niveau des moyens, ça repose sur une combinaison de menaces militaires, de gesticulations militaires, de saisies de gaz territoriaux comme on l’a vu en Crimée, de manœuvres de déstabilisation à l’intérieur même du sud et de l’est ukrainien ; puis aussi à l’arme énergétique, c’est une manœuvre d’ensemble.

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    Une manœuvre d’ensemble qui s’inscrit dans la durée mais est-ce qu’on peut y percevoir des évolutions ? Est-ce que Moscou varie depuis le début ? Il y a des arguments différents, il y a les sanctions, il y a les réactions. Est-ce qu’on va vers quelque chose qui s’apparente à un durcissement de la position des Russes ou à l’inverse, vers peut-être un dialogue ? Il y a en tout cas un rendez-vous la semaine prochaine ?

    Oui, mais il y a finalement peu d’ouverture en termes de négociations - je préfère parler de négociations plutôt que de dialogue parce que le dialogue, c’est pour les sages et c’est une quête de vérité. Mais en termes de négociation finalement, on voit quand même peu d’ouvertures, peu de possibilités. La Russie campe véritablement sur ses positions. Il y a une priorité qui est accordée, ce qu’on appellera en russe la « Derjava », la puissance étatique militaire. Il y a un grand projet qui structure les représentations géopolitiques de Poutine du Kremlin. Et on est plutôt dans une phase de temporisation, d’observation réciproque. Je ne crois pas que Poutine, que le gouvernement russe ait renoncé à ses prétentions sur toute une partie de l’Ukraine continentale, au-delà même de la Crimée.

    Jean-Sylvestre Mongrenier, coauteur de La Russie, de Poutine à Medvedev, aux éditions Unicomm (2008).
     

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