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    Europe

    L'armée ukrainienne se positionne à Kramatorsk

    media Selon le photographe de Reuters, ce soldat est Ukrainien et dirige son arme vers des manifestants pro-russes, rassemblés sur l'aérodrome de Kramatorsk, le 15 avril 2014. REUTERS/Marko Djurica

    Les autorités de Kiev ont mis leur menace à exécution en positionnant leurs troupes face aux insurgés pro-russes. Le face-à-face se poursuit dans plusieurs localités, comme Slaviansk ou encore Kramatorsk, dont l'aérodrome militaire a été repris par l'armée ukrainienne. Dans 48h, une réunion est prévue à Genève entre le quatuor Etats-Unis, Russie, Ukraine et Union européenne.

    Dans l'est de l'Ukraine, au coeur de l'Europe, la situation géopolitique et militaire est extrêmement tendue. Lors d'un entretien téléphonique ce mardi avec la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine a considéré que « l'Ukraine [était] au bord de la guerre civile ».

    Kiev a lancé ses forces dans l'Est contre les insurgés pro-russes. Une « opération anti-terroriste », selon le pouvoir central qui veut rétablir l'ordre dans toutes les localités à dominante russophone tombées les unes après les autres aux mains des séparatistes pro-russes. C'est le cas à Kramatorsk, une localité située à une quinzaine de kilomètres au sud de Slaviansk. L'aérodrome militaire avait été envahi par des militants pro-russes. Ce mardi, le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov, a annoncé la reprise de l'aérodrome par l'armée ukrainienne.

    Situation confuse

    Sur place, la situation est très confuse, a constaté notre envoyée spéciale à Kramatorsk, Anastasia Becchio. Plusieurs dizaines de personnes, essentiellement des badauds, et des personnes hostiles aux forces ukrainiennes sont massées le long des grilles de l'aérodrome.

    Un peu plus tôt, deux hommes avaient passé ces grilles et se sont rapprochés du mur d'enceinte, d'où des hommes en uniforme vert, allongés au sol, ont tiré quelques coups de feu. Difficile de les identifier formellement : des militaires ukrainiens, selon certaines sources, des militants pro-russes ou bien des militaires russes qui ne portraient pas d'insignes. Toutes les versions circulent.

    Le commandant de l’opération lancée par le pouvoir central ukrainien, le général Vassili Krutov, numéro deux des services spéciaux ukrainiens, est présent sur place. Il s'est présenté à la foule de militants pro-russes, et a mis en garde les séparatistes :

    « Que pouvons-nous entreprendre contre les agresseurs ? Il faut les avertir du fait que les actions qu’ils mènent sur un territoire étranger sont illégales. S’ils ne déposent pas les armes, ils doivent être liquidés. Nous avons affaire à des troupes spéciales du renseignement militaire russe, ce sont de vrais professionnels, qui ont une grande expérience des conflits. Leurs méthodes sont très professionnelles et donc très dangereuses. »

    Le général Krutov, qui commande l'«opération anti-terroriste» lancée par Kiev, s'adresse aux manifestants pro-russes devant l'aérodrome militaire ukrainien de Kramatorsk, le 15 avril REUTERS/Marko Djurica

    Grandes manoeuvres

    Des représentants de l'armée ukrainienne affirment que des renforts ont été héliportés sur l'aérodrome militaire de Kramatorsk. Notre envoyée spéciale a pu voir passer dans le ciel deux hélicoptères de l'armée ukrainienne.

    Ces manoeuvres ressemblent fort à la première phase d'une opération de grande envergure. En effet, en prenant cet aérodrome de Kramatorsk, l'armée ukrainienne s'assurerait une base au milieu d'une région où les administrations locales et les postes de police tombent un à un aux mains des opposants du gouvernement de Kiev, qui veulent obtenir un référendum sur le statut du Donbass, comme en Crimée.

    Ce petit aérodrome, situé tout près d'une base militaire ukrainienne, se trouve à proximité de la ville de Slaviansk. Cet  important noeud routier et ferroviaire, très stratégique, pourrait être la prochaine étape de l'opération lancée par Kiev.

    Préparatifs diplomatiques sous tension

    Loin du terrain, dans les arcanes de la diplomatie, la situation est tout aussi fiévreuse. Une conférence est annoncée pour jeudi à Genève. Elle doit réunir les Etats-Unis, la Russie, l'Ukraine et l'Union européenne.

    Les préparatifs se poursuivent dans l’incertitude. L’ambassadeur d’Ukraine a prévenu que sa délégation ne comporterait aucun représentant russophone comme l’exige Moscou et que la question de la mise en place d’un hypothétique fédération en Ukraine n’était pas à l’ordre du jour.

    L'ONU blâme la Russie

    De son côté, l'ONU s’apprête à publier, ce mercredi 16 avril, un rapport exclusivement consacré à la situation dans l'est de l'Ukraine. Le premier compte-rendu d'enquête est d'une grande sévérité pour la Russie, a constaté notre correspondant à Genève, Laurent Mossu.

    La désinformation, la propagande et les mensonges présentant les communautés russes de l’Ukraine comme victimes d’agressions ont été utilisés pour justifier une intervention de la Russie : le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme n’y va pas par quatre chemins et dénonce dans un rapport « une croisade visant à créer un climat de peur et d’insécurité ».

    L’ONU se montre ainsi très critique à l’encontre de la Russie évoquant de plus de nombreux témoignages recueillis par ses émissaires de fraudes électorales lors du référendum de Crimée.

    Kiev en prend aussi pour son grade. Les nouvelles autorités ukrainiennes sont appelées à empêcher les incitations à la haine et à respecter les minorités. Pour l’ONU, il est capital que Kiev donne la priorité au respect de la diversité et assure la participation de tous à la vie politique.

    Le président russe Vladimir Poutine a dit ce mardi au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon qu'il voulait que l'ONU condamne l'opération militaire « anti-constitutionnelle » menée par Kiev contre les séparatistes pro-russes dans l'est du pays.

    → A (re)lire: Bruits de bottes dans l'est de l'Ukraine, en attendant le sommet à Genève
     

    La Biélorussie et le Kazakhstan inquiets

    Avec notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne

    Le président russe Vladimir Poutine a demandé à l'ONU une « condamnation claire » des « actions anticonstitutionnelles » de Kiev, tandis que son Premier ministre Dimitri Medvedev juge que « l'Ukraine se trouve au bord de la guerre civile ». Une déclaration faite à l’issue d’une rencontre avec les chefs de gouvernement de la Biélorussie et du Kazakhstan, deux pays traditionnellement alliés de la Russie, qui regardent cette fois avec une certaine inquiétude la façon dont Moscou gère le dossier ukrainien.

    A la veille de cette rencontre dont l’objectif affiché est la création de l’Union eurasienne chère à Vladimir Poutine, le chef de l’Etat biélorusse s’est déclaré catégoriquement opposé à l’idée d’une fédéralisation de l’Ukraine, projet soutenu bec et ongles par Moscou. Pour Alexandre Loukachenko, cela aboutirait à la destruction du pays, ce qu’il ne souhaite pas. Fin mars, il a d’ailleurs accueilli le président ukrainien par intérim qui a obtenu un engagement de non-agression. Néanmoins, la Biélorussie a reconnu le rattachement de la Crimée à la Russie. Car il est difficile de s’opposer à Moscou, qui a toujours considéré la Biélorussie comme un Etat vassal.

    Le Kazakhstan se retrouve face au même dilemme. Près de 30% de sa population est d’origine russe, elle est même majoritaire dans certaines villes du nord du pays. Autant dire que le précédent de la Crimée et la volonté de Poutine de défendre les Russes où qu’ils soient n’enthousiasment guère le président Nazerbaïev.

    En clair, il n'est pas sûr du tout que Medvedev soit parvenu à rassurer ses hôtes. Aucune allusion à l’Ukraine dans la déclaration finale. Tout juste l’annonce de quelques avancés dans le domaine économique, et de façon assez étonnante l’annonce par le Premier ministre kazakh de la reprise des relations économiques entre son pays et l’Ukraine.

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