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    Europe

    Kosovo: un tribunal pour juger les crimes imputés à l’ancienne UÇK

    media Monument en hommage aux Serbes disparus à Gracanica, près de Pristina, le 22 avril 2014. REUTERS/Hazir Reka

    Les crimes de guerre imputés à l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) seront-ils enfin jugés ? Le Parlement du Kosovo a approuvé ce mercredi 23 avril le principe de la création d’un tribunal spécial.

    « Notre justice n’a jamais réussi à éclaircir le moindre crime », s’indigne le journaliste Enver Robelli, l’une des rares voix à s’élever, au Kosovo, en faveur de la création de ce tribunal. « Faute d’une protection adéquate, les témoins se rétractent durant l’instruction ou à l’audience, les juges n’osent pas prendre le risque de s’attaquer aux puissants, ajoute-t-il. Pourtant, des crimes ont bel et bien été commis. Pourquoi le Kosovo devrait-il protéger, et même accepter d’être représenté par des personnes soupçonnées d’avoir violé, torturé ou tué des civils ? »

    De fait, tous les procès menés devant le TPIY se sont soldés par des acquittements ou des non-lieux, le plus souvent parce que les témoins cités par l’accusation n’ont pas osé maintenir leurs dépositions. Le cas le plus retentissant est celui de l’ancien commandant et éphémère Premier ministre du Kosovo, Ramush Haradinaj, jugé à trois reprises par la Cour de La Haye. Au Kosovo même, la justice n’a pas fait preuve d’une plus grande efficacité, même quand des juges internationaux de la mission Eulex sont venus épauler leurs collègues kosovars. Plusieurs centaines de dossiers ont même disparu lorsque la mission européenne a repris les compétences de la Minuk, en décembre 2008.

    « Docteur Vautour » et le trafic d'organes

    Le Kosovo a pourtant été profondément secoué par le rapport présenté par le sénateur suisse Dick Marty devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, affirmant que des centaines de civils serbes, kidnappés au Kosovo et transférés en Albanie à l’été 1999, auraient alimenté un trafic d’organes international. La disparition de plusieurs centaines de civils serbes – mais aussi de Roms, de membres d’autres minorités ou même d’Albanais politiquement hostiles à l’UÇK – ne saurait plus être mise en doute. Des procédures judiciaires ont été ouvertes contre les principaux acteurs étrangers de ce trafic supposé : le chirurgien turc Yusuf Sönmez, surnommé « Docteur Vautour », et l’Israélien Moshe Harel. Mais les deux hommes, réfugiés dans leurs pays respectifs, ne sont pas extradables.

    Au Kosovo même, le procès de la clinique Medicus, qui procédait, dans les années 2000, à des transplantations d’organes illégales, en rémunérant quelques milliers d’euros des « donneurs » recrutés à travers le monde, s’est soldé, l’an dernier, par de lourdes condamnations. La clinique Medicus aurait « pris le relais » du trafic pratiqué sur des prisonniers dans l’immédiat après-guerre, les mêmes noms apparaissant dans les deux dossiers, notamment celui de l’actuel Premier ministre du Kosovo, Hashim Thaçi, cité par Dick Marty. Pourtant, aucune enquête n’a encore officiellement été ouverte sur la base des allégations du sénateur suisse.

    « La plus grande insulte pour le Kosovo »

    Hashim Thaçi a vigoureusement démenti toutes les accusations portées contre lui, évoquant de la « science fiction » et de la « propagande serbe ». Le Premier ministre a longtemps traîné les pieds face à la perspective de la création d’un tribunal spécial. Il était suivi, en cela, par une large part de l’opinion publique, craignant que l’image de marque internationale du Kosovo n’en sorte « détériorée ». Ce tribunal doit être intégré à la juridiction du Kosovo, tout en accueillant des enquêteurs et des magistrats internationaux. Pour essayer de limiter les pressions sur les témoins, certaines audiences pourraient aussi être délocalisées hors du Kosovo.

    Au final, le Parlement du Kosovo a approuvé mercredi matin le principe de sa création, par un vote sans débat : tous les groupes parlementaires ont voté en sa faveur, à l’exception des députés du mouvement Vetëvendosje. Hashim Thaçi avait assuré que ce tribunal « injuste » représentait « la plus grande insulte pour le Kosovo », mais que sa création était inéluctable.

    Le gouvernement de Belgrade salue la création du tribunal

    En effet, les représentants américains et européens avaient multiplié les pressions, ces dernières semaines, pour convaincre les dirigeants de Pristina d’accepter la création de ce tribunal, menaçant, faute d’accord de leur part, de le créer sous la responsabilité des Nations unies. Le haut représentant européen à Pristina, le Slovène Samuel Zbogar, souligne qu’un procès impartial représente la seule manière de dissiper les doutes qui pèsent aujourd’hui sur le Kosovo. Normalement, le Parlement de Pristina devrait donc voter cette semaine, mais à contrecœur, la création de ce tribunal.

    Pour sa part, le gouvernement de Belgrade salue la création de ce tribunal, tandis que Natasa Kandic, militante serbe des droits de la personne, très respectée au Kosovo pour sa dénonciation des crimes commis par le régime de Milosevic, souligne que ce projet arrive bien tard. Natasa Kandic dénonce également le rôle de la communauté internationale, théoriquement venue au Kosovo pour protéger l’ensemble des populations, et qui a failli dans cette mission. « La communauté internationale a toujours détourné son regard des crimes commis à partir de juin 1999. Des organisations comme Amnesty International avaient beau réclamer que la Minuk et Eulex mènent des enquêtes sur les Serbes et les Roms disparus, cela n’a jamais eu d’effet, faute de volonté politique. » Natasa Kandic craint que ce tribunal n’offre pas de garanties de sécurité plus satisfaisantes pour les éventuels témoins.

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