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    Europe

    L’extrême droite européenne tournée vers la Russie

    media La présidente du Front national Marine Le Pen, lors d'un interview dans le bureau du parti à Nanterre, le 12 mai 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

    A l’approche des élections européennes et au prisme de la crise ukrainienne, les liens de l’extrême droite d’Europe avec la Russie présentent un intérêt nouveau. Un think tank hongrois pointe ainsi la « Connexion russe » de ces partis de la scène européenne, aussi bien par opportunisme stratégique que par proximité idéologique.

    Dans un entretien au quotidien autrichien Kurier ce dimanche 18 mai, la présidente du Front national Marine Le Pen souligne les valeurs communes qu’elle partage avec Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, faisant référence aux « valeurs de la civilisation européenne », et notamment à son « héritage chrétien ». Cette proximité affichée de l’extrême droite française avec les positions idéologiques du Kremlin n’est pas une exception dans le champ politique européen.

    De nouveaux enjeux

    Dans une synthèse publiée en mars 2014, le think tank hongrois Political Capital s’intéresse aux liens que développent les partis européens d’extrême droite avec la Russie. Dans un contexte de crise économique et sociale en Europe, il est probable que ces partis voient leur représentation au Parlement européen augmenter. A la veille des élections européennes du 25 mai et au prisme de la crise ukrainienne, la potentielle création d’un groupe parlementaire partageant ce tropisme russe est un enjeu nouveau.

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    A l’échelle de l’Europe, la majorité des partis d’extrême droite sont favorables à la Russie, résume Political Capital. Seuls trois d’entre eux, en Finlande, en Lettonie et en Roumanie, lui sont hostiles. Cette hostilité s’explique par des contentieux forts avec la Russie dans ces pays, par exemple sur la question de la minorité russophone vivant en Lettonie. Six autres partis soufflent le chaud et le froid, en particulier le Parti pour la liberté du Néerlandais Geert Wilders. Mais quinze d’entre eux, avec en tête de proue le Front national, expriment régulièrement leur sympathie et leur désir de rapprochement avec la Russie.

    Un tropisme russe partagé

    Le Front national, qui se déclare sur son site internet en faveur d’une « alliance stratégique » avec la Russie ainsi que pour la création d’une Union paneuropéenne dont celle-ci serait membre, n’est pas un cas isolé. Des partis aussi variés que la Ligue du Nord en Italie, Aube Dorée en Grèce, le Jobbik en Hongrie ou le Parti National Britannique en Grande-Bretagne multiplient depuis quelques années les déclarations soulignant les valeurs communes partagées avec la Russie et la nécessité d’une alliance.

    → A (RE) LIRE: Hongrie: un eurodéputé soupçonné d’espionnage au profit de la Russie

    La synthèse de Political Capital explique que l’intérêt n’est pas tant un gain financier qu’un bénéfice en termes d’organisation et de puissance médiatique. Le soutien russe s’affirme en effet dans trois domaines, selon l'étude : l’établissement de liens entre ces différents acteurs européens, la promotion des ONG et think tanks aidant à la promotion des intérêts russes, ainsi qu’une aide aux entreprises de médias qui lui sont bénéfiques, qu’ils s’agissent de créer de nouveaux acteurs médiatiques ou simplement de fournir une assistance à ceux déjà existants.

    Une tentative d’unification ?

    Autre point soulevé, l’unification de ces mouvements à l’échelle européenne. La création d’un groupe parlementaire européen demande un minimum de 25 parlementaires, mais aussi que ces candidats soient issus de sept pays différents de l’Union européenne. Actuellement, les difficultés à s’accorder sur la présence de certains partis considérés comme plus radicaux rendent difficile cette unification. C’est ainsi que le Front national s’est retiré de l’Alliance européenne des mouvements nationaux, dont il avait pourtant participé à la création.

    En novembre 2013, le chef du Parti National Britannique, Nick Griffin, celui du parti italien Nouvelle Force, Roberto Fiore, et le porte-parole du parti néonazi grec Aube Dorée ont été invités à se rencontrer à Moscou et ont tenu une conférence de presse commune. Le 15 décembre 2013, une autre rencontre des dirigeants de nombreux partis d’extrême droite européens voit la présence d’un représentant de Russie Unie, le parti au pouvoir en Russie.  Selon l'institut hongrois, il s'agit d'un effort de la Russie pour unir ces différents mouvements dans le but de promouvoir ses intérêts.

    Une proximité idéologique

    Ces liens avec la Russie sont favorisés par des proximités idéologiques. Le modèle d’Union eurasiatique, promu par le Kremlin depuis quelques années, séduit les partis d’extrême droite. Il apparaît comme un contre-modèle économique pour des partis défavorables à l’Union européenne. Mais il s’agit également d’un contre-modèle géopolitique et culturel, incarné par des idéologues russes comme Alexandre Douguine, et censé venir au secours d'une Europe décadente.

    Le cas du Front national est éloquent. Accueillie mi-avril à la Douma (Parlement russe), Marine Le Pen s’y était déjà rendue en juin 2013, et fait publiquement état des valeurs qu’elle partage avec la Russie sur les plans culturels et géopolitiques. Elle-même est depuis longtemps appréciée dans la sphère politique russe, comme par exemple l'homme politique russe Vladimir Jirinovski, qui en faisait l'éloge au Time en 2011.

    →A (RE) LIRE: Marine Le Pen parmi les 100 personnalités les plus influentes du «Time»

    Un rapprochement géopolitique et culturel

    Au FN, l'homme qui représente le mieux cette proximité est Aymeric Chauprade, géopoliticien de formation, et actuel conseiller pour les questions internationales de Marine Le Pen. A la tête de la fédération Front national des Français de l’étranger, il exprime régulièrement son soutien à la Russie sur son blog Realpolitk.tv, mais aussi lors de l'université d'été du Front national, le 15 septembre 2013 à Marseille. La crise ukrainienne est une autre occasion pour lui d’afficher ses positions. Il donne ainsi un entretien depuis la Crimée le 16 mars 2014 au média russe La Voix de la Russie. Aymeric Chauprade est alors observateur du référendum organisé en Crimée.

    →A (RE) LIRE: Ukraine: un plébiscite pour l'union de la Crimée à la Russie

    Le 13 juin 2013, il intervient à la Douma pour « résister à l’extension mondiale voulue par l’Occident des " droits " des minorités sexuelles ». A cette occasion, il déclare vouloir s’opposer à un projet américain cherchant à s’imposer à tous les peuples depuis 1989, à une guerre idéologique qui sape les fondements de la civilisation européenne. Il dénonce alors pêle-mêle la domination de l'OTAN, la guerre en Syrie, les Femen, le mariage pour les couples homosexuels, ou la perte de souveraineté comme autant d'éléments contre lesquels doivent s'unir la Russie et la France.

    Eminence grise de Marine Le Pen pour l'international, Aymeric Chauprade est également tête de liste pour les élections européennes en Ile-de-France, qui se tiennent ce dimanche 25 mai, alors que le FN est en tête des sondages.

    →A (RE) ECOUTER: «Grand reportage»: L’extrême-droite autrichienne : le poids de l’Histoire

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