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    Europe

    Tiananmen, il y a 25 ans: comment Pékin veut l'effacer des mémoires

    media La garde d'honneur chinoise marche devant le Monument aux Héros du Peuple, sur lz place Tiananmen, à Pékin, le 3 uin 2014. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

    Il y a 25 ans, le 4 juin 1989, le régime chinois envoie la troupe et les chars pour écraser la contestation pacifique qui depuis des semaines faisait tanguer le régime. La répression, sanglante, fait, selon les estimations, des centaines milliers de morts. Depuis, Pékin tente par tous les moyens d’effacer le souvenir de Tiananmen. A commencer par les arrestations, qui ont sensiblement augmenté cette année.

    Le 4 juin 1989, des étudiants, des syndicalistes, des universitaires, des journalistes, des policiers même, occupaient la principale place de Pékin, la place Tiananmen. Cette contestation massive s’était étendue à d’autres villes, depuis le mois d'avril. Au début du mois de juin, Pékin décide de mettre un terme à ce mouvement pro-démocratique en envoyant l'armée.

    Cette photo a été prise le 5 juin 1989. Devenue mondialement célèbre sous le nom de "l'homme au tank" ou "le manifestant inconnu, a été prise par un photographe de l'Associated Press. Elle incarne depuis 25 ans le souvenir de Tiananmen. REUTERS/Stringer/Files

    Un quart de siècle a passé. Comme chaque année, les arrestations se multiplient à l’approche de la date-anniversaire. « Une impitoyable campagne de répression », c’est de cette manière qu’Amnesty International qualifie la politique mise en place par Pékin ces dernières semaines. Selon l’ONG, plus de 30 activistes sont assignés à résidence, et 17 emprisonnés – d’anciens leaders de 1989, des avocats, des artistes, des journalistes qui étaient entrés en contact avec eux.

    Dans les rues, la sécurité a été renforcée : il y a un mois de nouvelles unités anti-émeute ont commencé à patrouiller, et jeudi dernier ont été organisées de grandes manœuvres impliquant des blindés, des hélicoptères et canons à eau.

    Eradiquer Tiananmen des mémoires

    Sur le net, les Chinois ont pu le constater : leur connexion est bien moins rapide ces derniers jours, signe que les censeurs sont actifs sur le réseau. Le moteur de recherche Google et tous les sites qui y sont rattachés (traduction, courriels) ont été bloqués. Même chose pour les mots-clés liés à Tiananmen, comme « 35 mai », habituellement utilisé pour parler du 4 juin dans le dos des censeurs.

    Depuis 25 ans, Pékin fait tout pour interdire à quiconque de parler de Tiananmen, et donc l’effacer de son histoire. Avec succès : aujourd’hui, un tiers de la population chinoise est née après 1989, et beaucoup ignorent ce qui s’est passé.

    Pourtant, au-delà, des voix dissidentes continuent de se entendre, malgré les risques encourus. Chen Guangcheng, surnommé « l'avocat aveugle » est l'un des dissidents les plus célèbres. Il a fui son village il y a deux ans pour se réfugier à l'ambassade américaine de Pékin, avant de rejoindre, avec sa famille, les Etats-Unis.

    → A (RE)LIRE: La censure n'oublie pas la répression du 4 juin (archive juin 2013)

    Chen Guangcheng et sa femme Yuan Weijing, à Washington, le 3 juin 2014. REUTERS/Gary Cameron

    Cette épopée avait tendu les relations internationales entre les deux superpuissances. La question lui a été posée de savoir si de nouveaux évènements comme Tiananmen sont à nouveau possibles ? Réponse de Chen Guangcheng, au micro de France 24, à New York : « En fait, à chaque instant, le gouvernement chinois a peur de perdre le contrôle de la situation, et durant ces ving dernières années, il se passe à tout instant des massacres comme à Tiananmen, petits ou grands, dans toute la Chine. Mais on ne sait pas ce qui se passe à l'étranger parce que les nouvelles sont censurées. Ce n'est que longtemps après qu'on le sait. Il y a plus de 200 000 incidents violents par an qui concernent plus d'une centaine de personnes à chaque fois. Je ne pense pas que l'ouest ait déjà oublié Tiananmen. Mais le gouvernement chinois sait acheter les faveurs de l'occident avec succès. »

    Hong Kong, porte-drapeau du souvenir de Tienanmen

    Hong Kong, de son côté, se prépare à commémorer les événements de juin 1989 à Pékin. Alors Pourquoi est ce Hong Kong - qui à l’époque était une colonie britannique -  qui est devenue le porte-drapeau du souvenir de Tiananmen ? Hong Kong est en effet la seule ville chinoise où l’événement est commémoré et  tout simplement reconnu.

    Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, la liberté d’expression et le droit de rassemblement sont des acquis presque inaliénables à Hong Kong. Il est donc possible et facile de faire une cérémonie de ce type à Hong Kong alors que c’est une chose impossible en Chine continentale.  La seconde raison est qu’en 1989, Honk Kong a suivi de très près les évènements de Tiananmen. Les étudiants se sont mobilisés presqu’en même temps que ceux de Pékin, ils ont levé des millions de dollars pour soutenir leurs camarades en Chine. Il y a eu plusieurs délégations de Hongkongais qui sont allées sur la place Tiananmen pour encourager le mouvement de Pékin.

    Hong Kong a connu à cette époque les plus grandes manifestations de son histoire. L’un des leaders du mouvement, le révérend Chu Yu Ming rappelait à notre correpondante Florence de Changy, il y a quelques jours que lorsque Li Peng, l’ex-Premier ministre chinois, a déclaré la loi martiale le 19 mai 1989, 40 000 personnes se sont immédiatement retrouvées dans la rue à Hong Kong malgré un avis de typhon. Les deux dimanches suivants, 21 et 28 mai plus d’un million de personnes, pour une population de 6 millions de personnes à l’époque, ont manifesté. Une mobilisation tout à fait exceptionnelle.

    Un rassemblement à Hong Kong

    La dernière raison, tient aussi au fait qu’Hong Kong est inquiète pour son propre sort politique. Cette commémoration de Tiananmen est l’occasion pour la population de l’ancienne colonie britannique de réclamer l’avènement d’un vrai système démocratique, non seulement pour la Chine mais aussi pour eux car l’emprise de la Chine grandit de jour en jour.

    L’an dernier sous une pluie torrentielle plus de 100 000 personnes avaient défilé. Aujourd’hui, il fait au contraire très chaud et c’est un anniversaire symbolique, un quart de siècle, il est donc possible qu'une foule encore importante que l'année dernière descende dans la rue.


    ■ La fuite pour sauver sa vie

    A l'instar de Chen Guangcheng, de nombreux Chinois, anonymes, ont dû opter pour l'exil face à la répression du pouvoir. Notre correspondant à Taïwan, Clément Robin, a rencontré l’un de ces exilés chinois : Peng, 25 ans en 1989.

    Jeune ouvrier modèle, mais aussi un fervent défenseur de la démocratie, Peng entend parler des rassemblements dans la capitale, et décide d’organiser des manifestations de soutien : « On a commencé les manifestations à partir de mi-mai, se souvient-il. Au moment des événements du 4 juin, je travaillais dans une entreprise d’informatique. Nous étions à peu près 300 ouvriers à nous joindre aux étudiants, pour dénoncer la corruption des dirigeants du parti. »

    Le 4 juin, la contestation est durement réprimée. Beaucoup de ses collègues sont emprisonnés. Peng est forcé de démissionner. Plus tard, il monte sa propre entreprise et permet à ses amis de diffuser sur internet les témoignages de leur séjour en prison. Cela lui vaut un an et deux mois derrière les barreaux. « Quand je suis sorti de prison, ce n’était pas du tout fini. Les autorités m’ont expliqué que ce n’était que le début, que je n’avais pas le droit de partir, et qu’ils ne me rendraient pas mes papiers, car une nouvelle condamnation m’attendait. »

    C’en est trop. Après plus d’un an de résidence surveillée, en 2004, c’est la fuite. La mafia lui procure de faux papiers et le transporte de voiture en voiture jusqu’à l’aéroport. Arrivé sur la cote sud-est, il loue un bateau pour atteindre la première île taïwanaise. Il passe à deux doigts d’être arrêté par la police chinoise. Dix ans après sa fuite rocambolesque, Peng vit seul, au nord de Taïpeï, sans sa femme et sa fille de 24 ans.

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