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    Europe

    Attentat de Sarajevo: 100 ans après, un coup de feu qui résonne encore

    media Graffiti de Gavrilo Princip. RFI/Laurent Geslin

    Les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, organisées à Sarajevo du 21 au 28 juin, sont loin de faire l’unanimité : les Serbes boycottent les manifestations, critiquées de toutes parts en Bosnie-Herzégovine.

    De notre correspondant dans les Balkans

    « Pour le 28 juin, mon idée c’est d’aller à Sarajevo habillé en Gavrilo Princip, avec sa petite moustache, sa veste noire et sa chemise blanche, puis de dire : " C’est moi, j’ai tué l’archiduc ", et de voir comment réagissent les gens », plaisante Dušan Jokić. Sa mère vient d’un village juste en face d’Obljaj, la bourgade proche de la frontière bosno-croate où Gavrilo Princip est né en 1894. « Seulement voilà, je n’ai pas les moyens de me payer le voyage », regrette le jeune professeur d’histoire de Banja Luka, la capitale de la Republika Srpska, l’entité serbe d’une Bosnie-Herzégovine toujours divisée.

    Du 21 au 28 juin, Sarajevo est en effet au « cœur de l’Europe ». Sous la houlette de l’Union européenne, la capitale bosnienne commémore en grande pompe le centenaire de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône de l’empire austro-hongrois, et de sa femme, la comtesse Sophie Chotek. Durant une semaine, expositions, colloques, concerts vont se succéder dans la capitale de la Bosnie-Herzégovine.

    Difficile, pourtant, d’y voir clair dans le programme de cet événement présenté comme l’occasion de célébrer « la paix retrouvée dans une Europe réconciliée et réunifiée ». Ce flou témoigne en réalité des divisions évidentes entre les partenaires engagés dans ces célébrations. Prudente, la présidente de la fondation chargée de l’organisation, Jasmina Pašalić, explique d’ailleurs qu’il ne s’agit pas de « commémorer l’assassinat, mais bien le début de la guerre. C’est là-dessus qu’on a pu obtenir le plus large consensus ». Presque vingt ans après la fin de la dernière guerre (1992-1995), le tireur du 28 juin symbolise en effet les divisions qui continuent de scléroser la Bosnie-Herzégovine. Toujours placé sous administration internationale, le pays, divisé en deux « entités », la Fédération croato-bosniaque et la Republika Srpska, n’arrive toujours pas à se reconstruire, tant économiquement que politiquement.

    Commémorations parallèles

    Les officiels serbes de Bosnie-Herzégovine ainsi que les représentants de la Serbie voisine boycotteront les cérémonies de Sarajevo, officiellement en raison de la pose, il y a quelques semaines, d’une plaque sur le bâtiment rénové et récemment inauguré de la Bibliothèque nationale de Sarajevo, qui évoque « l’agression » serbe durant la dernière guerre. Du coup, les représentants de Belgrade et de Banja Luka se retrouveront pour des commémorations parallèles à Andricgrad, la « ville de pierre », construite par Emir Kusturica dans l’est de la Bosnie-Herzégovine. Pour le cinéaste, il n’est pas question de cautionner les festivités prévues à Sarajevo, « une grand manifestation de révisionnisme et de bien-pensance, où l’on va réhabiliter l’Autriche-Hongrie. »

    Cependant, les critiques ne viennent pas seulement, tant s’en faut, des nationalistes serbes. Le journaliste Zlatko Dizdarević, l’un des visages légendaires de la résistance pendant le siège de Sarajevo, critique une opération par laquelle l’Europe chercherait à se donner bonne conscience. « Notre pays, la Bosnie-Herzégovine, est complètement détruit : il ne fonctionne pas, n’existe pas. Et pourtant, il accueillera le grand défilé des personnalités politiques européennes venues faire des déclarations creuses, en ressassant le grand air du " plus jamais ça " et de grands principes machinalement répétés. Le cynisme est de venir en parler à Sarajevo, la ville même où les grands principes européens ont été reniés et sont toujours à l’abandon. »

    Misère et inondations

    Ces derniers mois, un vaste soulèvement populaire a secoué la Bosnie, principalement la Fédération croato-bosniaque, pour protester contre la misère sociale qui ne cesse de s’aggraver et la corruption qui gangrène une classe politique incapable de sortir le pays de l’ornière. Une révolte du « désespoir » après vingt ans de discours nationalistes qui ont permis aux mêmes élus de se maintenir au pouvoir en ressassant les mêmes antiennes éculées. Ce mouvement, parti de Tuzla, s’est rapidement structuré en plénums, de grandes assemblées populaires qui cherchent à « rendre le pouvoir au peuple ».

    Si les plénums se sont peu à peu étiolés au fil des mois faute de ligne claire, le mouvement reste l’un des rares motifs d’espoir dans cette Bosnie-Herzégovine exsangue. Du côté des organisateurs, on s’agace aussi de voir que la communauté internationale n’a d’yeux que pour les cérémonies du centenaire de l’attentat du 28 juin 1914 alors que le pays traverse sa pire épreuve depuis la guerre de 1992-1995. « Un tiers du territoire national a été ravagé en mai par les inondations et des milliers de personnes sont aujourd’hui à la rue. Dépenser autant d’argent pour ce genre d’événement est tout simplement écœurant. Cet argent devrait plutôt servir à venir en aide aux sinistrés », peste Ines Tanović, l’une des principales voix des plénums. « Si nous devions participer à ces commémorations, ce serait seulement pour protester contre ».

    A côté du Pont latin, le soleil réchauffe les eaux redevenues basses de la Miljacka. Juste en face du lieu de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, deux retraités désabusés, les dents gâtées par le temps, attendent le tram. Eux aussi ont leur avis sur le 28 juin 1914. « Il aurait mieux valu qu’on reste dans l’empire austro-hongrois, comme ça, aujourd’hui on serait en Allemagne et on gagnerait 3 000 euros par mois ! » Aujourd’hui, les pensions moyennes ne dépassent guère cent euros par mois dans chacune des deux entités de la Bosnie-Herzégovine. L’argent, le nerf de la guerre...

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