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    Europe

    28 juin 1914: la Grande Guerre a-t-elle commencé dans les Balkans?

    media La Une du «Petit Journal», illustrant le 12 juillet l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. DR

    Le 28 juin 1914, Gavrilo Princip, un anarchiste serbe de 19 ans, tuait l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire d’Autriche-Hongrie. Cet attentat a-t-il « provoqué » la Première Guerre mondiale, ou n’a-t-il été que le prétexte au déclenchement des hostilités ? Cent ans après, la polémique dure toujours.

    Depuis un siècle, la mémoire du coup de feu tiré au matin du 28 juin 1914 contre l’archiduc héritier et son épouse, la comtesse Sophie Chotek, n’a jamais cessé de courir, ballotée au gré d’interprétations contradictoires. Par le jeu complexe des alliances militaires qui régissaient le continent européen depuis le XIXe siècle, ce coup de pistolet du 28 juin 1914 aurait mené au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

    Des débats sans fin continuent d’opposer les historiens sur les motivations du jeune homme. Parmi les rares certitudes, on sait que Gavrilo Princip appartenait à une organisation révolutionnaire, Mlada Bosna (Jeune Bosnie), qui voulait parvenir à l’unification des Slaves du sud et en finir avec la tutelle de l’Autriche-Hongrie. Ce groupe a été manipulé par la Main Noire, une puissante société secrète infiltrée dans les premiers cercles du pouvoir serbe et dirigée par le Colonel Apis, « l’homme le plus influent à Belgrade à l’époque », selon l’historien Dušan T. Bataković.

    En tuant l’héritier du trône austro-hongrois, Gavrilo Princip « visait à permettre aux Yougoslaves de reprendre le contrôle de leur destin par la création d’un Etat qui ne serait pas une marionnette des grandes puissances, ni une colonie, mais qui serait libre et mènerait sa propre politique », observe le journaliste bosniaque Muharem Bazdulj. De fait, entre 1918 et 1992, le jeune révolutionnaire fut l’une des figures majeures de l’imaginaire yougoslave, dans la Yougoslavie royale qui exista jusqu’en 1941 puis dans la Fédération socialiste créée par le maréchal Tito. On le célébrait comme un combattant de la liberté et comme un symbole de « la fraternité et l’unité », la devise qui rassemblait cette mosaïque de peuples. « Gavrilo, Gavrilo, jeune héros de la Bosnie, tes compatriotes sont fiers de ce que tu as fait », martelait par exemple une célèbre chanson populaire des années 1970.

    Héros ou terroriste ?

    Depuis l’implosion de la Yougoslavie, toutefois, tout a changé. Les manuels scolaires des différents Etats qui ont succédé à l’ancienne Fédération donnent de Gavrilo Princip des visages très contrastés, tantôt celui d’un « terroriste », tantôt celui d’un « patriote ». Le jeune homme au pistolet est devenu un sujet qui fâche dans les Balkans. « Pour les Croates et les musulmans de Bosnie-Herzégovine, la perception dominante de l’événement, en particulier depuis les dernières guerres, est qu’il s’agit d’un acte terroriste », souligne l’historien bosniaque Edin Radušić. Pour preuve, la plaque commémorative placée par le pouvoir titiste sur le lieu de l’attentat a été détruite par l’armée bosniaque dès le début du siège de Sarajevo en 1992 tandis que le musée Gavrilo Princip a été remplacé par un musée sur la période austro-hongroise de la Bosnie (1878-1914).

    Le jeune assassin est aujourd’hui une figure majeure du mythe nationaliste serbe, au même titre que les « héros » de la bataille de Kosovo en 1389. « Le fait que l’attentat a eu lieu le jour de Vidovdan et le sort tragique de Gavrilo Princip ont été exaltés par la tradition du nationalisme romantique », souligne Bojan Dimitrijević, de l’Institut d’histoire contemporaine de Belgrade. Vidovdan, le jour de Saint-Vitus, marque en effet l’anniversaire de la bataille de Kosovo, le 28 juin 1389. Une date que la tradition de l’Eglise orthodoxe serbe retient comme symbole du « martyre » du peuple serbe qui se serait « sacrifié » pour défendre l’Europe face aux Turcs. Au début du XXe siècle, alors que la Serbie était en pleine expansion territoriale, ce mythe du Kosovo justifiait toutes les prétentions nationales. Pourtant, la coïncidence de date ne doit rien à Gavrilo Princip : ce jour avait été retenu par les autorités autrichiennes pour la visite de l’archiduc à Sarajevo, ne laissant pas d’autre choix aux conjurés.

    En 1920, le corps de Gavrilo Princip, mort de la tuberculose deux ans plus tôt dans la prison de Theresienstadt (aujourd'hui Terezín, en République tchèque), a été rapatrié à Sarajevo et enterré selon un rite chrétien. Il repose dans une chapelle funéraire érigée en l’honneur des membres de Jeune Bosnie, « héros de Vidovdan », comme une inscription l’indique toujours. Lors de son procès, le jeune révolutionnaire avait néanmoins revendiqué fièrement son athéisme. Cette récupération indigne Vuk Bačanović, journaliste du prestigieux hebdomadaire Dani. « L’assimilation entre Gavrilo Princip et les héros médiévaux de la bataille de Kosovo est une récupération nationaliste. Gavrilo rejetait l’orthodoxie et se définissait comme un patriote yougoslave. Ce que l’on peut savoir de ses idées politiques le rapproche de l’anarchie, pas du nationalisme bigot que l’on cultive aujourd’hui en Serbie ! »

    A l’inverse, poursuit Vuk Bačanović, « la perception qui domine aujourd’hui à Sarajevo est que Gavrilo Princip serait le symbole d’une sauvagerie balkanique, pour ne pas dire serbe, qui aurait fait feu contre l’Europe. On prétend qu’il aurait assassiné une sorte de haut représentant de l’Union européenne. C’est un autre contresens, car l’empire d’Autriche-Hongrie n’avait rien à voir avec l’Union européenne : c’était une puissance coloniale qui occupait la Bosnie-Herzégovine depuis 1878, et qui a même décidé de l’annexer purement et simplement en 1908, sans aucune justification juridique. On entend souvent dire que la domination austro-hongroise aurait modernisé la Bosnie : ce n’est pas faux, mais les infrastructures qui ont été construites, comme le chemin de fer, avaient pour but de faciliter l’exploitation des ressources du pays, dans une logique coloniale tout à fait classique. C’est contre tout cela que Gavrilo Princip a fait feu, sans se douter des conséquences qu’aurait son acte. »

    Récupérations

    Pour leur part, les historiens serbes sont prompts à dénoncer des courants « révisionnistes », citant en premier lieu l’Australien Christopher Clark, auteur d’un véritable best-seller mondial, Les somnambules. Eté 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre, qui propose une relecture des causes de la guerre. Dans cette vision, l’attentat de Sarajevo n’aurait pas seulement servi de « prétexte » à la déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie, le 28 juillet, qui mit en mouvement la mécanique infernale des alliances, il aurait véritablement joué un rôle de déclencheur, et l’historien accorde une responsabilité centrale à la politique serbe dans les événements qui précipitèrent l’Europe vers la guerre. L’approche choisie par l’historien l’amène à relativiser l’importance des visées impérialistes des « grandes puissances » dans les Balkans, toutes soucieuses de se partager la dépouille de l’empire ottoman agonisant – qu’il s’agisse de la Russie, des visées italiennes sur la Dalmatie ou de l’Autriche-Hongrie, décidée à « contenir » l’expansionnisme serbe  –. Au lieu de cela, Christopher Clark revient longuement sur les circonstances tragiques du sanglant coup d’Etat de 1903 à Belgrade, qui amena la déposition de la dynastie des Obrenović au profit de celle des Karadjordjević. Le massacre des membres de la famille royale déchue prouverait une véritable « barbarie » serbe, en plus d’un penchant certain pour le régicide que l’attentat de Sarajevo serait venu confirmer.

    Ces débats renvoient à une image « noire » et très répandue des Balkans. Au début des années 1990, Robert D. Kaplan avait publié un livre, Balkan Ghosts, qui a exercé une profonde influence sur la perception américaine de l’Europe du Sud-Est. Le journaliste expliquait déjà que les vraies racines de la Première Guerre mondiale devaient se chercher dans les Balkans, et que la Seconde Guerre mondiale n’étant qu’une conséquence de la première, c’est dans cette région que se trouvaient les causes de tous les malheurs de l’Europe au XXe siècle. La « matrice idéologique » du fascisme comme du communisme pouvait ainsi se trouver aussi bien dans le nationalisme serbe que croate.

    L’historienne bulgare Maria Todorova a analysé cet imaginaire occidental des Balkans, cette vision de « Balkans sauvages », qui permet de définir un repoussoir de la « véritable » Europe, occidentale, moderne, civilisée. Pourtant, c’est dans les tranchées de la guerre de 1914 que, pour la première fois dans l’histoire, Croates et Serbes reçurent l’ordre de s’entretuer : les premiers portaient l’uniforme austro-hongrois, le gouvernement des seconds était allié à la France et au Royaume-Uni…

    RFI/Laurent Geslin

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