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    Europe

    Histoires de migrants morts en Méditerranée (III)

    media A l’extrême pointe sud de l’Espagne, seuls 14 kilomètres séparent l’Espagne du Maroc. Dans cet endroit du détroit de Gibraltar se rencontrent l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, balayant de fortes bourrasques les embarcations qui s’y aventurent. RFI/Cécile Debarge

    Episode (3) / Rapatrier les corps.

    Lorsque les corps des migrants, qui trouvent la mort aux portes de l’Europe, ont pu être identifiés, il est alors possible d’envisager un rapatriement de ces corps dans leur pays d'origine.

    Le cimetière de Tarifa a la mémoire des naufrages et les dates inscrites sur les tombes anonymes laissent deviner une mer plus démontée qu’à l’habitude. Sur un grand rectangle de pelouse éprouvé par cette brûlante matinée d’été, une plaque a été déposée : « En mémoire des migrants disparus dans le détroit de Gibraltar ». C’est la fosse commune où sont inhumés les corps que personne n’a réclamés après cinq ou dix ans.

    « Croque-mort des clandestins »

    « Il y a quatre ans, une famille est venue du Maroc chercher son fils dont elle était sans nouvelles depuis 1994, elle l’a retrouvé dans cette fosse commune », raconte Saïda Zha. Cette Marocaine dirige aujourd’hui une entreprise de pompes funèbres située à Los Barrios, à une trentaine de kilomètres de là. Elle a pris le relais de Martin Zamora, que certains se plaisaient à appeler le « croque-mort des clandestins ». Un surnom hérité de cet hiver de 1999 où il a récupéré les corps de seize Marocains qui s’étaient échoués sur une plage du détroit après le naufrage de leur embarcation. Ils auraient pu être enterrés au cimetière de Tarifa ou d’Algeciras, identifiés par une date et un numéro.

    Mais le thanatopracteur espagnol s’est mis à la recherche de leurs familles. Il s’aperçoit que la plupart d’entre eux sont originaires de la région de Beni Mellal, au Maroc et traverse alors le détroit de Gibraltar. Il avale des centaines de kilomètres pour arriver, enfin, au village. « C’était un jour de marché, il a montré les vêtements des morts et chacun a reconnu un proche ou un membre de sa famille », se souvient, encore émue, Saïda Zha. Après des tests ADN, les corps sont rapatriés pour être enterrés près des leurs. Un rapatriement classique aurait coûté environ 6 000 euros. Martin Zamora en demande 2 500, voire rien du tout, profitant d’un voyage au Maroc pour un autre défunt pour transporter les cercueils des migrants.

    « Aujourd’hui, la famille n’a plus aucun frais, c’est le consulat marocain qui s’en charge », explique Saïda Zha, qui a rejoint les pompes funèbres en 2004. Elle se souvient des appels passés dans les villages du Moyen ou du Haut Atlas ou des régions montagneuses « où il n’y a ni travail, ni usine » : « Quand on annonce la mauvaise nouvelle aux familles, ce sont les pleurs, c’est normal. Mais ensuite, ils se disent : " Au moins, on sait qu’il est proche de nous. Malgré la douleur, on sait qu’il a été enterré " ». En une dizaine d’années, plus de 600 corps ont été rapatriés vers le Maroc par l’entreprise de pompes funèbres.

    Saïda Zha dirige aujourd’hui l’entreprise de pompes funèbres de Los Barrios qui a permis à plus de 600 corps d’être rapatriés au Maroc. RFI/Cécile Debarge

    Des rapatriements au compte-gouttes

    Depuis quelques années, les rapatriements sont moins nombreux. « La dernière patera dont nous avons rapatrié les corps, c’était en 2007 », rappelle Saïda Zha. « Il y avait onze morts, tous de Khemisset, à 70 kilomètres de Rabat. » Pourtant, le flux migratoire ne se tarit pas. A la mi-août, près de 1 300 migrants ont été secourus en mer dans les eaux du détroit de Gibraltar, dont près de 900 en moins de 24 heures.

    Les conditions de traversée sont de plus en plus précaires. Les bateaux de bois ont été remplacés par des canots pneumatiques, parfois même par de simples jouets. « On a vu huit, neuf, dix personnes traverser à bord de bateaux gonflables, les mêmes que les jouets que les parents offrent à leurs enfants pour s’amuser dans l’eau », ajoute Jesus Mancilla, président de l’association Algeciras Acoge qui vient en aide aux migrants de la région. L’association offre une assistance juridique et sociale aux migrants et sensibilise la population locale à la question de l’immigration.

    De l’autre côté du détroit, des associations marocaines l’informent régulièrement des départs de nouveaux bateaux : « Mais souvent, on perd leur trace en route, ils cherchent sans cesse de nouvelles routes pour traverser et en changent dès que la zone est trop contrôlée, en ce moment ils vont jusque Grenade », poursuit Jesus Mancilla. La semaine dernière, un bateau est arrivé jusque Santa Pola et a été ramené au port d’Alicante, à 600 km au nord-est de Tarifa.

    La fosse commune du cimetière de Tarifa où sont enterrés les corps que personne n’a réclamé après cinq ou dix ans. Sur la plaque commémorative, l’inscription suivante: «En mémoire des migrants disparus dans le détroit de Gibraltar». RFI/Cécile Debarge

    Enfin, souffle Saïda Zha, « les Marocains ne viennent plus, certains d’entre eux sont rentrés parce qu’il n’y a plus de travail ». A bord des embarcations de fortune, des migrants venus en majorité d’Afrique subsaharienne. « La dernière fois que nous avons aidé à rapatrier un corps, c’était au mois de mars, à Tarifa. C’était un ressortissant sénégalais », raconte Jesus Mancilla. « Pour retrouver son identité, nous avons demandé aux associations de Tanger qui se trouvaient à bord des derniers bateaux partis et, un par un, nous avons regardé qui étaient arrivés et qui non. »

    Le coût du rapatriement est estimé entre 7 000 et 9 000 euros, une somme impossible à réunir pour la famille. Finalement, le consulat sénégalais prend en charge les frais. Une décision loin d’être la règle. Sur les hauteurs du cimetière de Tarifa, une tombe le rappelle. Sur la plaque, ces quelques mots : « Esther, Nigeria, 24 février 2003 ». Elle repose depuis plus de dix ans face aux eaux bleues du détroit de Gibraltar.

    «Perdus à la frontière, ces migrants morts en Méditerranée». Une fois les victimes identifiées, c'est le rapatriement des corps dans leur pays d'origine. Reportage dans la région d’Algesiras, au sud de l'Espagne 10/09/2014 - par Cécile Debarge Écouter

    A suivre IV : La plupart des migrants non identifiés reposent dans un immense cimetière musulman, dans un village à la frontière entre la Grèce et la Turquie. Reportage de Cécile Debarge. 

    Une série réalisée avec l'émission Accents d'Europe

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