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    Europe

    «Les Russes n’ont jamais coupé le gaz aux Européens en tant que tels»

    media Photo diffusée par la presse officielle russe, montrant le président russe Vladimir Poutine inaugurant le premier tronçon du gazoduc qui reliera la Russie à la Chine, le 1er septembre 2014. REUTERS/Alexei Nikolsky/RIA Novosti/Kremlin

    Comment donner plus d’autonomie gazière à l’Europe et la rendre moins dépendante du gaz russe ? Une des solutions s’appelle le «gazoduc transadriatique» : du gaz azéri acheminé de la frontière turque à l’Italie en passant par la Grèce et l’Albanie. Un projet qui est soutenu par Matteo Renzi. Le Premier ministre italien se rendait à Bakou, samedi 20 septembre. Le chantier n’a pas encore débuté et au mieux l’Europe pourrait être livrée en gaz à partir de 2019. Pierre Terzian, directeur de la revue spécialisée Pétrostratégies, est l'invité de RFI.

    RFI : La crise en Ukraine a remis sur le devant de la scène géopolitique la dépendance énergétique de l’Europe face à la Russie. Quels sont les gazoducs qui permettent aujourd’hui l’approvisionnement de l’Europe ?

    Pierre Terzian : Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée en 1991, tout le gaz russe qui arrivait en Europe passait par l’Ukraine. Tant que c’était l’Union soviétique, cela ne posait pas de problème, mais lorsque l’Ukraine est devenue indépendante, il a fallu mettre en place des arrangements. Quelques années plus tard, les Ukrainiens se sont révélés assez difficiles en matière de transit alors les Européens et les Russes ont commencé à mettre en place des gazoducs de contournement de l’Ukraine, pour ne plus dépendre seulement du couloir ukrainien car le gaz russe représentait et représente toujours 30% du gaz consommé en Europe.

    Européens et Russes ont d’abord construit un gazoduc qui traverse la Pologne. Ensuite, ils ont construit un gazoduc qui va vers la Turquie et, troisième étape, ils ont construit un gazoduc qui traverse la mer Baltique pour relayer directement le nord de la Russie à l’Allemagne. Le dernier projet en date qui devait contourner l’Ukraine, le fameux « South Stream », qui allait permettre de se passer complètement du transit ukrainien, est un problème. Ce projet a été bloqué lorsque la crise a éclaté en Ukraine en février dernier.

    Donc l’Ukraine avait le monopole du transit lors de l’indépendance. Elle est en voie d’être complètement court-circuitée à cause des problèmes qu’elle a connus avec la Russie. Elle était incapable de payer le gaz russe à cause de sa situation économique pratiquement en faillite.

    Le gazoduc transadriatique doit partir d’Azerbaïdjan pour arriver jusqu’en Italie. Est-ce l’un des meilleurs moyens pour éviter d’importer du gaz russe ?

    C’est un tout petit moyen parce que ce sont 10 milliards de m3 de gaz seulement qui vont entrer en Europe à partir de la Turquie. Comparée à une consommation européenne qui est supérieure à 450 milliards et qui va s’en doute arriver vers les 500 milliards. En comparaison, le gaz russe représente 150 milliards. La voie qui a été choisie vers le sud de l’Italie est assez mystérieuse. La logique aurait voulu que si on voulait concurrencer, ne serait-ce qu’à petite échelle le gaz russe, que ce soit le projet Nabucco qui soit choisi.

    L’Europe s’est battue longtemps pour Nabucco parce qu’il prévoyait l’arrivée du gaz au centre de l’Europe, c'est-à-dire en Autriche et non pas dans le sud de l’Italie. Cette zone est très éloignée des grandes régions de consommation et est déjà surapprovisionnée en gaz, en particulier à partir de la Libye et de l’Algérie ainsi qu’en gaz naturel liquéfié. Malheureusement, c’est un tout petit volume, 10 milliards de m3 seulement et qui vont arriver au plus mauvais endroit, c'est-à-dire dans le sud de l’Italie.

    Est-ce un projet qui exclut de fait les pays européens les plus dépendants ?

    Absolument. Ce projet qui, à l’origine, a été présenté comme devant diversifier les sources de gaz et permettre à l’Europe de réduire sa dépendance à l’égard de la Russie, en fin de compte a fait un « flop ». Ceci va être juste un moyen d’approvisionner l’Italie en gaz supplémentaire, alors que l’Italie était parfaitement approvisionnée et la partie de l’Europe qui est la plus dépendante du gaz russe, c'est-à-dire le centre, l’est et le nord, ne sont en rien concernés par ce projet.

    En plus, c’est un projet extrêmement coûteux, qui ne sera pas du tout rentable. Ce qui fait que deux sociétés européennes, qui faisaient partie du consortium, se sont retirées, c'est-à-dire Total et Statoil, parce que le projet ne va pas être rentable. On parle de 56 milliards de dollars d’investissement, c’est le chiffre officiel et officiellement, on reconnaît que ce coût va probablement être dépassé.

    Est-ce pour cela que la Commission européenne n’est pas solidaire de ce projet ?

    La Commission européenne fait contre mauvaise fortune bon cœur, puisque Nabucco, qui avait sa préférence, a été abandonné pour des raisons mystérieuses. Elle s’est dit : « Bon je prends ce qui vient, voilà c’est ce projet ! ». En réalité, les Russes n’ont jamais coupé le gaz aux Européens en tant que tels. Ils ont coupé le gaz à l’Ukraine parce qu’elle ne payait pas le gaz. Les problèmes ont commencé lorsque l’économie ukrainienne s’est très mal portée et que l’Ukraine n’arrivait plus à payer le gaz russe et commençait à siphonner celui destiné aux Européens. Les Européens eux-mêmes reconnaissent cette affaire. L’origine des problèmes est là.

    Le contrat qu’a signé Moscou avec les Chinois, 45 milliards d’euros, pourrait-il lui permettre de faire une pression supplémentaire ?

    Ce contrat que les Russes ont signé avec les Chinois est un vieux rêve de Vladimir Poutine. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, il s’est rendu compte que la Russie dépendait trop de l’Europe pour ses ventes de gaz. En réalité, la Russie ne vendait du gaz qu’en Europe. Stratégiquement, ils étaient dans une situation de grande vulnérabilité. On parle beaucoup de la dépendance de l’Europe à l’égard de la Russie mais on oublie que la Russie est encore plus dépendante de l’Europe.

    Vladimir Poutine s’est alors dit qu’il fallait aller vers l’Asie. Les négociations ont commencé il y a très longtemps avec la Chine pour lui vendre du gaz. Ce n’est qu’au mois de mai dernier, juste deux mois, ce n’est pas une pure coïncidence, après l’éclatement de la crise en Ukraine, que les Russes, voulant diversifier leur marché, ont signé un contrat avec la Chine. Elle lui vend d’abord 38 milliards de m3 de gaz, ensuite ce volume va monter à 60 milliards.

    Plus tard, un autre gazoduc, dit de « l’Ouest », va être construit vers la Chine. D’ici une quinzaine d’années, la Russie va vendre vers l’Asie, essentiellement à la Chine mais également vers le Japon, en gaz naturel liquéfié, l’équivalent de ce qu’elle vend actuellement à l’Europe, c'est-à-dire 100 à 150 milliards de m3. A ce moment-là, la position de négociation des Européens sera affaiblie. Mais il fallait prévoir ces choses-là. Malheureusement, la politique a une logique qui échappe à l’économie.

    Les Etats-Unis ont de fortes ambitions d’arriver à exporter leur gaz de schiste vers l’Europe. Où en est-on ? Est-ce réaliste ?

    Les projets américains d’exportation de gaz sont en train de se développer à leur rythme. Pour le moment, il y a quatre ou cinq projets qui ont été approuvés complètement, c'est-à-dire aussi bien pour l’exportation que pour la construction qui sont deux choses techniquement différentes. Mais ce gaz ne va pas nécessairement venir en Europe, il va entrer en concurrence avec l’Asie, notamment le Japon, la Corée, qui sont très demandeurs. C’est vrai que ce sera une source nouvelle de gaz pour l’Europe, mais il ne faut pas croire que cela va résoudre tous les problèmes de l’Europe en matière de gaz, loin de là.

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