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    Europe

    «L'attitude de la Turquie à ses frontières est incompréhensible»

    media Un manifestant lance une pierre contre un véhicule de l'armée turque, lors d'une manifestation à Mursitpinar, le 7 octobre 2014. REUTERS/Umit Bektas

    La ville de Kobane est assiégée depuis des semaines par les jihadistes de l’organisation de l’Etat islamique, sous les yeux de l’armée turque qui a positionné ses chars à la frontière mais se refuse d’intervenir. Cette situation, critique pour les combattants kurdes en infériorité matérielle et numérique, ravive le conflit kurde en Turquie. Ahmet Insel, politologue turc, ancien professeur à l’université de Galatasaray, la décrypte.

    RFI : l'armée turque n’intervient pas alors que le massacre de Kobane se déroule sous ses yeux. Pourquoi ?

    Ahmet Insel : Parce que le gouvernement turc essaie de mettre son intervention militaire en Syrie en équation avec l’abandon par les Kurdes de Syrie de toute prétention à l’autonomie. Les Kurdes de Syrie ont créé, il y a maintenant plus de deux ans, trois cantons qui ont déclaré leur autonomie politique et qui sont autogérés. Le gouvernement turc est très irrité devant cette évolution et exige que les Kurdes de Syrie, notamment le PYD, la principale force kurde combattante en Syrie, abandonne cette autonomie régionale, adhère aux forces de l’armée libre si bien soutenues par la Turquie. La Turquie en exige qu’il y ait la création d’une zone de sécurité le long de la frontière syrienne et une zone d’interdiction de vols en contrepartie de son aide aux combattants kurdes. Autrement dit, le gouvernement turc essaie de mettre en équation - inacceptable à mon avis - le fait que, selon elle, l’Etat islamique et le PKK sont deux organisations terroristes, et que PYD est une émanation du PKK. Donc il n’est pas question de soutenir l’une contre l’autre.

    C’est toute la différence qu'il y a avec les Kurdes irakiens du PDK de Massoud Barzani avec lesquels le gouvernement turc avait plus ou moins renoué...

    Oui, tout à fait. Pour le moment, il n’y a pas de différend avec les Kurdes irakiens parce que c’est Massoud Barzani qui contrôle principalement la région kurde irakienne alors que le gouvernement turc est tétanisé devant l’idée de voir l’organisation d’origine de Turquie PKK. L’organisation politique avec des militants armés PKK aurait une implantation locale, une entité politique comme Barzani mais cette fois-ci en Syrie. C’est une évolution qui tétanise terriblement le gouvernement turc et qui fait qu'aujourd’hui, la politique extérieure de la Turquie est incompréhensible.

    Avec cette attitude, Ankara prend le risque d’engendrer de nouveaux problèmes avec le PKK.

    Tout à fait. Les organisations kurdes en Turquie étaient en négociation. N’oublions pas que le gouvernement turc a une position un peu difficile à comprendre car depuis deux ans maintenant bientôt, le gouvernement turc est quasiment officiellement en négociation avec le chef historique du PKK qui est en prison. Donc du coup, d’un côté le gouvernement négocie directement ou indirectement avec le PKK, et dans le même temps, il considère que le PKK est une organisation terroriste, au même titre que l’Etat islamique.

    Puis deuxièmement, depuis le commencement de ces négociations, il y avait un apaisement en Turquie, le PKK avait déclaré unilatéralement un cessez-le-feu, il n’y avait plus de combat militaire entre l’armée turque et le PKK sur le sol de la Turquie. Mais depuis deux jours, malheureusement, les manifestants kurdes ou les manifestants qui soutiennent les Turcs de tous bords, qui soutiennent la défense de Kobane, font des manifestations dans plusieurs villes de Turquie, à tel point que dans six villes de la région sud-est à dominante kurde de la Turquie, depuis hier soir, le gouvernement a été obligé de déclarer le couvre-feu.

    Pourtant, le gouvernement a l’habitude de ces rapports de force avec les combattants kurdes ?

    Là il ne s’agit pas de combattants kurdes. Il s’agit de manifestants dans la ville. Pour le moment, il n’y a pas eu de reprise de combats armés. Les manifestants kurdes, civils, manifestent contre cette attitude incompréhensible. Et cette attitude très frileuse fait que le gouvernement turc préfère observer, d’une manière attentive certes, ce qui se passe à Kobane plutôt que d’aider militairement, ne serait-ce qu'en permettant le passage des armes.

    En échange d’une intervention militaire, la Turquie demande l’établissement d’un corridor contrôlé exclusivement par elle, ainsi qu’une zone d’exclusion aérienne. Est-ce qu’elle peut réellement obtenir gain de cause ?

    Cela nécessite la décision du Conseil national de sécurité des Nations unies. Je pense que les Russes et les Chinois émettront leur droit de veto puisque les Russes sont contre puisque Bachar al-Assad est opposé à cette initiative. Deuxièmement, les Américains ont dit ouvertement en disant que ce n’est pas à l’ordre du jour pour le moment. La Turquie, deuxièmement, essaie voudrait que l'intervention armée ne soit pas exclusivement contre l’Etat islamique mais aussi pour le renversement de Bachar al-Assad. Là-dessus, les Américains ont manifesté leur désaccord publiquement hier. Et la Turquie est aussi en position de porte-à-faux et on n’arrive pas à très bien comprendre l’attitude d’Ankara aujourd’hui vis-à-vis de ce qui se passe à ses frontières.

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