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    Europe

    Moscou «opprime la volonté politique des Tatars de Crimée»

    media Des Tatars à l'entrée de la mosquée de la ville de Bakhtchyssaraï, en Crimée, le 7 mars 2014. AFP PHOTO / GENYA SAVILOV

    Plus de 824 000 personnes ont fui leur foyer en Ukraine depuis le début de l’année. C’est le chiffre publié ce vendredi 24 octobre par le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Parmi ces déplacés, quelques milliers de Tatars de Crimée, communauté d’origine turque de la presqu’île. RFI a rencontré un des leaders de cette communauté, Refat Tchoubarov, président de l'assemblée de Tatars de Crimée, exilé à Kiev depuis que les nouvelles autorités russes lui ont interdit l’entrée dans la péninsule annexée par Moscou.

    RFI : C’est votre deuxième visite à Paris au cours de ces derniers mois. Cette fois-ci, vous êtes venu pour une réunion à l’Unesco. De quoi s’agit-il ?

    Refat Tchoubarov : Mon objectif est de faire un éclairage le plus détaillé de la situation en Crimée dans les domaines qui sont sous patronage de l’Unesco.

    Qu’est-ce que l’Unesco pourrait faire pour la Crimée ?

    Avant tout, il s’agit d’une mission d’observation de la situation en Crimée par l’Unesco, concernant l’état des monuments et du domaine culturel en général. Aujourd’hui, un mécanisme concret pour une telle mission d’observation est inexistant. Ces difficultés à agir pour l’Unesco font partie d’un problème global lié à l’occupation de la Crimée par la Fédération de Russie.

    Dans ce domaine, nombre d’institutions internationales, telles que l'Assemblée générale de l’ONU ainsi que toutes sortes d’organisations spécifiques, dont l’Unesco, ont besoin d’informations systématiques et objectives. Ainsi, une commission d’observation internationale créée sur la base de l’ONU ou de l’OSCE aurait pu livrer une telle information, mais il y a un obstacle majeur : Moscou, qui contrôle la presqu’île de Crimée, ne tolère pas la présence d’une telle mission sans de règlement politique. Mais le règlement politique ne peut pas avoir lieu, car pratiquement tous les membres de l’ONU désapprouvent l’annexion et ne reconnaissent pas le statut russe de la Crimée.

    Depuis quelque temps, on entend parler d’enlèvements, de tortures, voire de meurtres de Tatars en Crimée. De quelles données disposez-vous aujourd’hui sur ce sujet ?

    Les nouvelles autorités russes se sont données comme objectif, à travers les répressions systématiques variées et la discrimination, d’opprimer la volonté des Tatars de Crimée, leur volonté politique, et les forcer à la démonstration publique de la loyauté au pouvoir.
    La toute première tragédie qu’on a connue date du 3 mars. Ce jour-là, Richat Akhmetov, un Tatar de Crimée, a fait « un piquet solitaire » de protestation sur la place centrale de Simferopol.

    Il a été par la suite amené par des hommes de la formation paramilitaire prénommée l’ « Autodéfense de Crimée » et mis de force dans une voiture. Tout cela a été filmé. Le 15 mars, son corps a été retrouvé avec des traces des terribles tortures, les mains liées par du scotch. Ses blessures étaient atroces. Malgré l’évidence de ce qui s’est passé, malgré le fait que les visages de ceux qui l’ont amené sont connus, aujourd’hui nous n’avons aucun écho des résultats de l’instruction qui, soi-disant, continue toujours.

    Deux des Tatars de Crimée qui avaient été enlevés ont été retrouvés morts. Dans les deux cas, les autorités affirment qu’ils n’ont pas été tués. L’un d’eux a été retrouvé pendu, et l’autre, soi-disant, se serait empoisonné. Mais comme il n’y a même pas eu d’enquête sur leur mort, toutes les affirmations des autorités sont interprétées par la société comme fausses. Ces enlèvements et disparitions ne sont pas typiques pour la Crimée. On n'a jamais connu de telle situation, excepté peut-être un ou deux cas du temps du grand banditisme des années 1990. Mais à cette époque, les motifs et circonstances étaient tout à fait autres.

    Combien de Tatars de Crimée ont quitté la presqu’île après le référendum du 16 mars sur le rattachement à la Russie ?

    Il y a quelques jours, un des fonctionnaires du soi-disant « Conseil des ministres de la Crimée » a annoncé que leur nombre ne dépassait pas les 500 personnes. C’est un mensonge. D’après nos informations, ils sont entre 7 000 et 8 000. Tout simplement, dans les premiers temps, ils n’étaient pas répertoriés d’après leur appartenance ethnique, et nous avons été obligés de vérifier et recouper ces données à partir de leurs noms et prénoms.

    Ces gens ont quitté la Crimée pour des motifs différents. D’abord, il y a des personnes profondément croyantes. Leur comportement et même leur aspect physique sont bien distincts. Les femmes, par exemple, portent un hijab. Mais la politique de la Russie concernant les croyants, surtout les musulmans, est bien connue. Ainsi, ces musulmans ont fui dès les premiers jours.

    Il y a un groupe d’entrepreneurs qui, en un seul instant, a perdu tous les moyens légaux de gagner de l’argent, et a perdu son business. Leurs projets d’éducation pour enfants ont volé en éclats. Du coup, quand tout a commencé à s’écrouler, ils sont partis. Enfin, il y a des personnes qui sont parties à cause de menaces directes liées à leurs préférences politiques.

    Comment est organisée aujourd’hui la vie de la communauté tatare qui a dû fuir la presqu’île ?

    Partout où il y a des réfugiés, les administrations régionales tentent de les aider. En premier lieu, l’attention est portée sur les enfants pour qu’ils puissent aller à l’école. Mais il y a deux problèmes essentiels qu’il est très difficile, voire impossible de résoudre. Il s’agit du logement et du travail. Nous sommes dans des conditions de guerre. Soyons honnêtes : l’accumulation de réfugiés, c’est toujours très mauvais pour un gouvernement. Pour n’importe quel gouvernement, même pour un pays économiquement stable.

    Ce qui se passait dans le courant de l’été dans les régions de Donetsk et de Lougansk, c’était clairement l’expansion militaire de la Russie sous des formes variées avec des moyens de toutes sortes. Moscou avait un double objectif : endommager au maximum les communications pour que nous soyons submergés dans l’avenir par la restauration de toutes nos infrastructures, du logement et des routes. Et deuxièmement, expulser le plus grand nombre d’habitants pour qu’ils créent de nouveaux problèmes au gouvernement à l’intérieur de l’Ukraine. Dans un certain sens, la Russie y est parvenue.

    Le 5 septembre dernier, un accord de cessez-le-feu a été signé entre les autorités ukrainiennes et les rebelles pro-russes à l’est de l’Ukraine. Or, on voit aujourd’hui que cet accord n’est pas respecté. Quel est, d’après vous, le scénario le plus probable de l'évolution de cette situation ?

    Je ne sais pas s’il y a aujourd’hui des chefs d’Etat ou des hommes politiques capables de rentrer à l’intérieur du crâne de M. Poutine pour dire ce qu’il va faire demain. Ses agissements sont imprévisibles.

    Il y a quelques jours, les leaders de la protestation russe, et notamment Mikhaïl Khodorkovsky, ancien oligarque et ex-détenu politique, ont exprimé leur position au sujet de la Crimée en disant qu’ils ne la rendraient pas à l’Ukraine s’ils arrivaient au pouvoir. Leurs propos ont provoqué la colère des Ukrainiens sur les réseaux sociaux. Qu’en pensez-vous ?

    Même si j’habite en Ukraine, j’ai eu ma dose de déceptions, comme beaucoup d’opposants russes. Surtout à cause des propos de M. Khodorkovsky. Il s’est exprimé très clairement, comme s’il disait : « Oui, nous avons volé, mais nous allons vivre avec. » L’homme à qui l’Etat russe avait tout volé, à qui il a pris tout ce qu’il avait créé, a donc accepté que cet Etat voleur puisse continuer à voler impunément les autres. Mais ce vol serait beaucoup plus important que ses dizaines de milliards. La Fédération de Russie a tout simplement et brutalement violé toutes les normes internationales imaginables et inimaginables. C’est là que M. Khodorkovsky m’a beaucoup déçu.

    Il y a quelques mois, on vous a interdit d’entrer en Crimée où vous habitiez depuis 1968. Comment le vivez-vous aujourd’hui ?

    Il y a quelques jours, j’ai travaillé dans les régions de Kherson et de Zaporojie. Je me trouvais littéralement à 50 km du village où habite ma mère. Or, je n’ai pas pu aller la voir. Vous savez, quand j’essaye d’analyser ce qui s’est passé, je comprends peut-être mieux les sentiments des centaines de milliers de gens, ceux qui vivent aujourd’hui en Crimée mais qui, heureusement, n’ont pas été interdits d’entrée.

    Je comprends non seulement les raisons de leur déprime, leurs inquiétudes, mais aussi les raisons de leur agacement, de leur révolte face à la conduite de beaucoup de pays d’Occident qui, de leur point de vue, n’ont pas été à la hauteur de leurs espoirs. De quoi je parle ? Les Tatars de Crimée qui ont été déportés ont mené, des décennies durant, une lutte pour leur retour sur leurs terres, et cette lutte a toujours été pacifique.

    Etant attachés aux formes pacifiques de la lutte, nous n’avons jamais pu imaginer que cela puisse arriver à la Crimée. Nous partions du principe que le monde d’après la Seconde Guerre mondiale se développait exclusivement grâce aux règlements basés sur les normes et les standards adoptés par tous les Etats sous l’égide de l’ONU. Lorsque tout cela nous est arrivé - non seulement aux Tatars de Crimée, mais à nous tous, habitants de Crimée -, nous avons souffert. Les projets de certains ont volé en éclats, d’autres ont perdu leur business, d’autres encore ont été interdits d’accès aux lieux de culte où ils avaient l’habitude de prier. Сertains, comme moi-même, ont été expulsés de leurs terres.

    Nous avons tous perdu nos illusions. Nous voyons que les mécanismes internationaux qui auraient dû protéger une personne, un peuple, un nombre de peuples, un Etat, ne sont pas efficaces. C’est peut-être la principale conclusion que je tire lorsque j’essaie de comprendre pourquoi je ne vois pas ma mère. A travers cela, je ressens la fragilité de ce monde.

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