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    Europe

    Législatives en Ukraine: des «héros» bientôt au Parlement

    media Le Parlement devrait accueillir des «héros» de la place Maïdan, théâtre du mouvement de contestation ukrainien. REUTERS/Gleb Garanich

    Ce dimanche, les Ukrainiens élisent leurs députés, huit mois après la destitution du président Ianoukovitch. Le nouveau Parlement devrait accueillir beaucoup de nouvelles figures issues du mouvement de protestation populaire lancé fin novembre 2013. Parmi eux, des commandants de bataillons d’autodéfense considérés comme des héros.

    Avec notre envoyé spécial à Kiev,

    Les héros, c’est aussi avantageux qu’embarrassant en politique. L’Ukraine s’en est découvert une multitude en cette année tragique pour elle, dans son combat contre le régime corrompu du président Ianoukovitch, puis pour contrer l’agression militaire russe en Crimée et dans le Donbass, l’est minier du pays. Autour de 4 000 Ukrainiens seraient morts dans ces événements. Pour pallier les déficiences de l’armée et des forces de l’ordre en proie à la gabegie, l’incompétence et la traitrise, autour de 80 bataillons, dont une dizaine d’importants, et unités d’autodéfense ont été créés par des citoyens de l’ex-République soviétique. Le courage de certains de leurs commandants en a fait les héros d’une société ukrainienne qui sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Ce dimanche, une dizaine d’entre eux se présentent à la députation.

    Une aura que les partis s'arrachent

    « Cela confirme qu’ils veulent jouer le jeu démocratique, politique », analyse Oleksiy Melnik, expert des questions de sécurité au Centre Razumkov à Kiev. Cela était déjà assez clair depuis plusieurs mois, lorsque ces bataillons ont très vite accepté de se placer sous l’autorité du ministère de la Défense, de celui de l’Intérieur ou de la Garde nationale. Le politologue Oleksiy Haran abonde en ce sens et insiste sur la diversité des cas : « Certains bénéficient de l’aura de commandants, qui se sont comportés héroïquement, tout en voyant dans une carrière de député une bonne porte de sortie. C’est le cas par exemple du commandant du bataillon Aïdar, Serhiy Melnychuk, qui n’était pas très respecté de ses hommes [400], ne sachant pas faire régner la discipline et devant confier la stratégie militaire à son n° 2 ».

    Les partis politiques se les sont arrachés pour que cette aura, gagnée par le sang, les risques encourus, la résistance à l’énorme armée russe fin août, leur rapporte des voix. « Il est clair que la plupart des partis en lice ont voulu compter un ou plusieurs de ces commandants dans leurs rangs », constate Ioulia Shukan, sociologue spécialiste de l’Ukraine. Mais c’est aussi que ces combattants-citoyens, dont beaucoup ont quitté une vie de professeur, d’homme d’affaires ou d’artiste « ont glissé naturellement vers l’idée de devenir députés. Beaucoup d’entre eux étaient sur le Maïdan dès le début pour s’opposer au refus de Ianoukovitch de signer l’accord d’association avec l’UE. Ils voulaient une autre société, sans corruption, soumise à l’arbitraire, qui ne soit pas à la merci de Moscou », précise Oleksiy Haran.

    Des leaders un peu trop extrêmes ?

    Leur entrée au Parlement pourrait encombrer l’action du président Petro Porochenko, élu en mai dernier. Pour éviter une guerre prolongée et de grande ampleur avec la Russie, celui-ci a été contraint d’accepter la conclusion d’un cessez-le-feu signé avec les soi-disant leaders « séparatistes » du Donbass, leur donnant ainsi une forme de reconnaissance. Dans le même temps, le chef de l’Etat semble vouloir garder dans le jeu politique la majorité des députés et oligarques du parti de Viktor Ianoukovitch, contre qui Maïdan s’est fait finalement, sans doute pour s’appuyer sur eux pour que les régions sensibles de l’Est ne soient pas entraînées dans la spirale séparatiste orchestrée par Moscou. La question est donc de savoir jusqu’où les commandants de bataillon sont prêts à accepter le compromis, eux qui disent vouloir d’abord éradiquer la corruption ou réformer l’armée en profondeur.

    La candidature de certains d’entre eux implique une autre forme de compromis. Celle entre leur statut de héros et leur idéologie d’extrême droite. C’est le cas de celle Andriy Biletsky, le commandant du bataillon Azov, qui en guise de logo arbore un trident aux furieux airs de croix gammée. Le jeune homme dirige en outre l’Assemblée sociale-nationale, qui rassemble des groupes nazis et d’extrême droite. « D’un côté, la société ukrainienne, avec ce qu’elle a vécu cette année, regarde des individus comme Biletsky d’abord en tant que héros ayant risqué leur vie pour le pays. De l’autre, ces individus incarnent la demande de radicalité que connaît la société ukrainienne, exaspérée qu’elle est par la guerre civile pour une part, interétatique pour une autre part », explique Ioulia Shukan.

    « La propagande russe voudrait faire de tous ces commandants des fascistes et rien d’autre. C’est faux. Certains n’ont aucun fond nationaliste, d’extrême droite si vous voulez. C’est le cas de Semion Semechenko, le commandant du bataillon Donbass, qui fait figure de héros entre les héros », souligne Oleksiy Haran. Pour le politologue, ceux qui croient en cette « propagande » sont portés à dire qu’un risque de « troisième Maïdan » (après ceux de 2004 et du début 2014) pèse sur l’Ukraine. « C’est le FSB [services secrets russes, NDLR] qui propage cette idée. Mais rien n’indique que ces chefs combattants vont amener leurs hommes à Kiev pour imposer leur volonté. En revanche, ils risquent de se servir de leur prestige pour peser au maximum sur les décisions du Parlement ».

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