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    Europe

    25 ans de «Wenderoman» après la chute du Mur, et le «Wendekino»?

    media L'installation Lichtgrenze (frontière de lumière) le long du tracé de l'ancien mur de Berlin lors des festivités du 25e anniversaire de la chute du Mur, du 7 au 9 novembre 2014. REUTERS/Hannibal Hanschke

    Le « Wenderoman » est né le jour de la chute du Mur, le 9 novembre 1989. Sorte de nouveau genre de la littérature allemande, il se renouvelle encore aujourd’hui. Jean-Marie Valentin, président de la Société des études germaniques et membre de l’Akademie für deutsche Sprache und Dichtung nous éclaire sur l'histoire et l'avenir du « Wenderoman ». Le cinéma n'a pas connu un tel phénomène et Matthias Steinle, spécialiste du cinéma allemand, nous en explique les raisons.

    RFI: Il y a 25 ans, quand le mur tombait. La jeune Française Kits Hilaire pleurait, pas de joie, mais de colère et de crainte que le Berlin à elle, « son » quartier de Kreuzberg, cette oasis de la vie alternative, allait disparaître. Peut-on dire que Berlin, dernière, son roman devenu culte, publié en 1990, était le début du phénomène « Wenderoman » ?

    Jean-Marie Valentin : Je pense que oui, mais dans la mesure où les gens qui se sont manifestés le plus dans l’art, dans la littérature, dans l’écrit, etc. étaient essentiellement des gens qui ont vécu et combattu dans le cadre de la République dite « démocratique » allemande. De ce point de vue, l’événement est quand même très localisé au départ. Il a sa source dans l’expérience même des gens qui ont vécu ces événements.

    Quelle est la définition du « Wenderoman » ?

    Le terme de « Wenderoman » est difficile à préciser, parce que, du point de vue de l’histoire littéraire ou de l’esthétique, ce que l’on appelle les genres littéraires, le « Wenderoman » n’existe pas comme genre à part. Il va se caractériser à l’intérieur du roman lui-même. Donc c’est un récit, « Wende », qui est lié à un événement très précis, très marqué, facile à situer dans le cours de l’histoire. On n’a pas inventé une nouvelle écriture. En revanche, on a tenté d’inventer une nouvelle manière de parler de cet événement historique, comme Günter Grass avec Ein weites Feld (Toute une histoire).

    Quel texte littéraire a lancé le phénomène « Wenderoman » ?

    Difficile à répondre [à cette question], parce que, moi, je crois, que ce sont les gens qui ont vécu l’événement de l’intérieur, qui ont été ceux qui ont véritablement déclenché et cherché une manière de parler de cet événement sans retomber dans des discours ou des modes d’écriture traditionnelles. Ce n’est pas un roman historique, ce n’est pas un roman subjectif, même si la subjectivité et l’histoire jouent un rôle. L’essentiel, pour parler du « Wenderoman », c’est quand même une manière moderne d’écrire, pas comme Balzac, Tolstoï ou Dostoïevski.

    Au début, ce sont surtout Rolf Hochhut avec Wessis in Weimar et Günter Grass avec Toute une histoire qui ont dominé la scène littéraire sur le thème de la chute du Mur et de la réunification. Est-ce avec eux que l’on a pris conscience de ce phénomène du « Wenderoman » ?

    Oui, certainement. D'un autre côté, on peut aussi dire qu’ils n’ont peut-être pas trouvé une forme véritablement moderne qui permette de modifier ou de faire coïncider autant que possible l’écriture romanesque et l’événement historique, tout en sauvegardant le point de vue propre de l’auteur.

    25 ans après, quel est l’écrivain qui symbolise le plus le genre du « Wenderoman » ?

    Je dirais Wolfgang Hilbig, Thomas Brussig et Jens Sparschuh représentent très bien les différentes approches, parce qu’il n’y a pas un modèle. Mais il y a aussi des auteurs tout récents comme Uwe Tellkamp qui a eu un grand écho et qui est très représentatif d’une littérature allemande qui peut être aussi lue à l’extérieur de l’Allemagne. C'est quelque chose d'intéressant car il est toujours difficile d’avoir des transferts d’une littérature à une autre, en dehors des thèmes éternels comme l’amour et la mort. Le « Wenderoman » parle à la fois de thèmes qui sont liés à la littérature et [propose] une réflexion sur ce qu'est un roman, une institution humaine, un mode de vie, une institution politique… C’est quand même assez rare. Et il y a des romans qui sont nés à des dates assez différentes. Le sujet et le projet de ces œuvres-là se renouvellent sans cesse et continuent d’intéresser, pas seulement lors des anniversaires.

    Les œuvres de Hochhut et Grass étaient très revendicatives. Vingt-cinq ans après la chute du Mur, peut-on dire que les écrivains ont influencé le cours de la réunification ?

    Je ne pense pas que la littérature influence à ce point, mais, en revanche, elle fait entendre des voix sur la manière dont les événements sont perçus. On voit bien que quelques auteurs comme Brussig ont évolué eux-mêmes. Le côté agressif et très critique ne disparaît pas ; la réalité est toujours très présente, mais la sensibilité des hommes vis-à-vis de ce qu’ils ont vécu et connu s’est « humanisée ». On voit que la réaction n’est plus seulement le refus d’un système, le poids d’une idéologie que l’on rejette, mais il y a l’idée qu’on avait vécu cela. Cela fait aussi partie de l’écriture et c’est un élément qui s’affirme peut-être plus fort aujourd’hui.

    L’Allemagne était longtemps considérée comme une « Kulturnation » qui définit son identité plus par sa langue et sa culture que par ses frontières. Aujourd’hui, est-ce que c’est encore important de définir si un auteur vient de l’Allemagne de l’Est ou de l’Ouest ?

    Je suis membre de la Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung [L'Académie allemande pour la langue et la littérature qui décerne chaque année le prix littéraire le plus prestigieux de l’Allemagne, le prix Georg-Büchner, ndlr] et je me souviens bien quand, en 1992/1993, on a fait entrer à la Deutsche Akademie beaucoup d’écrivains qui venaient de l’Allemagne de l’Est. Il est clair que la situation était difficile et tendue, y compris dans les votes de la commission dont je faisais partie en tant qu’étranger ce qui était une expérience assez extraordinaire. Les votes étaient difficilement acquis. Aujourd’hui, c’est une situation qui est largement dépassée ou cela reste des querelles individuelles. Je trouve qu’il y a plus d’harmonisation, il y a une manière de vivre ensemble, dans l’institution littéraire. Cela dit, il y a des différences de ton, de manière d’aborder, et peut-être c’est aussi une occasion du nouveau de la littérature en langue allemande qui ne veut guère se produire dans l’œuvre et dans l’écriture de gens qui ont toujours vécu à l’Ouest.

    Et si un Britannique comme Ken Follet revisite la chute du Mur de Berlin avec son dernier roman Aux portes de l’éternité, publié en 2014, fait-il partie du phénomène du « Wenderoman » où celui reste-t-il limité aux écrivains de langue allemande ?

    Il y a un regard étranger sur ces événements, de quelqu’un qui a une autre culture, mais pour moi, le « Wenderoman » est quand même un roman de langue allemande.

     

    Good Bye, Lenin ! (2003), comédie allemande de Wolfgang Becker, avec Daniel Brühl et Katrin Sass. DR

    Pourquoi il n’y a pas de « Wendefilm » ou « Wendekino » en Allemagne ?
    Dans le cinéma allemand, il n’y a pas de phénomène comparable au « Wenderoman » dans la littérature allemande.
    Matthias Steinle, spécialiste du cinéma allemand et maitre de conférence à l’université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle en cinéma et audiovisuel. 07/11/2014 - par Siegfried Forster Écouter

    Pour aller plus loin :
     
    - Marie-Hélène Quéval : Wenderoman, poststructuralisme et postmodernisme, PUPS 2014.
     
    - Colloque autour du Wenderoman : la chute du Mur et sa réception littéraire. Le mercredi 12 novembre, de 9h30-21h, à la Maison Heinrich Heine, Paris. À partir de 18h30 : lecture-rencontre avec l’écrivain Thomas Brussig (Helden wie wir), animée par Marie-Hélène Quéval.
     
    - Le 25e Festival international du film d’histoire à Pessac examinera l’Allemagne à la lumière du cinéma, avec 115 films, 40 débats et 25 avant-premières, du 17 au 24 novembre.

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