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    «Une forte tonalité Guerre froide» dans le discours de Poutine

    media Le discours prononcé par le président russe, Vladimir Poutine, le 4 décembre 2014 devant les parlementaires des deux chambres, s'inscrit dans la lignée des discours prononcés ces derniers mois. REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

    Le président russe Vladimir Poutine a prononcé, jeudi 4 décembre, son discours annuel devant les parlementaires des deux chambres. Cette année, il revêt un costume particulier, eut égard à la crise en Ukraine et l'isolement de Moscou sur la scène internationale. Jean-Sylvestre Mongrenier, docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie et chercheur à l'Institut français de géopolitique, analyse pour RFI le discours du président russe.

    RFI : Le président russe a averti ses concitoyens : des temps difficiles sont à venir sur le plan économique. L’allocution prononcée mardi était un discours de justification de cette situation économique mais également un discours politique de fermeté vis-à-vis de l'Europe, qu'il juge responsable de cette situation. Finalement, y a-t-il quelque chose de nouveau dans l’allocution prononcée par le président russe ?

    Jean-Sylvestre Mongrenier : Non, il n’y a rien de nouveau dans ce discours du président russe. Cette allocution s’inscrit dans le prolongement des discours prononcés par Vladimir Poutine ces dernières semaines et ces derniers mois, notamment le discours du Valdaï et celui prononcé devant le Sénat russe, après le rattachement manu militari de la Crimée à la Russie. C’est un discours qui a une forte tonalité Guerre froide d’opposition à l’Occident.

    Vladimir Poutine s’est engagé à ce que d’ici quatre ans, la croissance russe soit supérieure à celle de n’importe quel autre pays. Quand il dit ça, est-il lui-même convaincu de ce qu’il avance ?

    Je doute qu’il le soit. Cet engagement est vraiment rhétorique. Il traduit une volonté de mobiliser l’opinion publique russe. Les sanctions prises par les Occidentaux, en réaction à la politique ukrainienne de Vladimir Poutine, ont des conséquences sur l’économie russe.

    De surcroît, il y a une chute des prix du pétrole. Aujourd’hui, le baril est aux alentours de 60 dollars alors que tous les calculs budgétaires russes sont fondés sur un baril à 100 dollars. Il y a donc forcément des conséquences qui sont importantes pour un pays qui n’a pas fait les réformes nécessaires pendant les années 2000, au moment où il y avait des rentrées importantes, au moment où il y avait une croissance économique forte.

    Le discours de Vladimir Poutine traduit une volonté de reposer un objectif mais c’est très volontariste et finalement, très artificiel. Ce n’est pas articulé sur les réalités, les perspectives.

    Que signifie le fait que le président russe ait demandé à la Banque centrale de mettre fin à la spéculation sur le rouble ?

    Cela ne signifie pas grand-chose. La Banque centrale a renoncé à intervenir parce qu’elle était en train de dépenser une bonne partie de ses réserves de change dans le soutien du cours du rouble vis-à-vis de l’euro et du dollar. Ces dernières semaines, la décision qui a été prise, c’est de laisser flotter le rouble.

    Je pense que cela nous confirme le côté très tchékiste de Vladimir Poutine. Cela donne le sentiment que pour lui, l’économie est une simple annexe de la politique et qu’il suffit d’ordonner pour que les réalités économiques et monétaires se plient, résonnent dans les termes d’une économie de commande.

    Concernant la crise en Ukraine, le président russe fait savoir que ce n'est qu'un prétexte pour imposer des sanctions à son pays. « Les Occidentaux, dit-il, souhaitaient depuis longtemps freiner la marche de la Russie. » Ce discours a-t-il une visée uniquement intérieure ou s'adresse-il aussi aux pays européens et à Barack Obama ?

    Vladimir Poutine s’adresse aussi aux Occidentaux en général. Il est dans une logique de confrontation. Il y a une volonté de la Russie de se placer au centre du jeu international, là où les dirigeants occidentaux considèrent la Russie comme un acteur secondaire, centré soit sur des problématiques domestiques, soit sur l’Asie-Pacifique.

    Du côté du président russe et des cercles de pouvoir autour de lui, il y a une volonté de revanche. Il y a une volonté de poser la Russie au centre du jeu international. Et Vladimir Poutine y parvient d’une certaine manière, à travers son pouvoir de nuisance.

    Il y a aussi tout le contexte obsidional. Tout le monde en voudrait en permanence à la Russie, il y aurait un gigantesque complot au niveau planétaire pour essayer d’abaisser ce pays, alors même que toute la politique russe menée par les Occidentaux dans l’après-Guerre froide a consisté à essayer d’arrimer la Russie, de la faire entrer dans une espèce d’ensemble « panoccidental ».

    Même après la guerre de la Russie contre la Géorgie en 2008, on a vu le président américain Barack Obama pratiquer une politique de relance des relations russo-américaines qui n’a pas porté ses fruits, tout simplement parce que Vladimir Poutine a sa propre vision des choses, sa propre hiérarchie des priorités. Il veut poser la Russie comme puissance entre un ensemble américano-occidental d’un côté, et de l’autre côté, toute cette Chine émergente ou plutôt émergée.

    Comment analysez-vous le double langage du président russe quand il dit qu'il ne veut pas rompre avec les Etats-Unis et l'Europe ?

    Il y a quand même la prise en compte d’un minimum de réalité. D’un côté, Vladimir Poutine peut tenir une rhétorique centrée sur l’économie de commande, faire comme si la Russie était une gigantesque économie isolée, fonctionnant en elle-même et pour elle-même.

    Mais en même temps, le fait est que 70% des exportations de la Russie, c’est du pétrole et du gaz, très largement à destination de l’Union européenne. C’est beaucoup plus que les volumes actuels et à venir à destination de la Chine. Ces exportations représentent la moitié des ressources fiscales de l’Etat russe et pratiquement le 1/5e du PIB.

    Economiquement, une politique d’isolement ne peut qu’entraîner des effets pervers, négatifs. Donc Vladimir Poutine cherche une sorte de point d’équilibre entre réaffirmation de puissance d’un côté et de l’autre, la prise en compte du nerf de la guerre, c'est-à-dire, finalement, des ressources financières qui sont indispensables au fonctionnement de l’Etat russe et au financement de la politique de puissance qu’il veut mener.

    Vladimir Poutine est-il de plus en plus suivi aujourd’hui par la population russe ?

    Qu’en sait-on finalement? On regarde quelques sondages sur la popularité du président russe, mais est-ce qu’il y a encore, aujourd’hui, une véritable société civile russe avec des acteurs pleinement indépendants ? Il semble qu’il y ait une approbation d’une manière assez automatique, mais cela tient plus de l’acclamation que d’un consensus en profondeur avec toutes les conséquences économiques de sa politique.

    Dans la durée, on peut penser que ce consensus pourrait se révéler finalement assez artificiel. Mais on est obligé d’extrapoler à partir de données qui sont très fragmentaires, très parcellaires. Quand on répète que Vladimir Poutine est soutenu par son peuple, quelque part, on reproduit sa propagande.

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