GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 5 Décembre
Mardi 6 Décembre
Mercredi 7 Décembre
Jeudi 8 Décembre
Aujourd'hui
Samedi 10 Décembre
Dimanche 11 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Europe

    Comment le magazine ELLE a été berné par une néo-nazi ukrainienne

    media Au milieu, la photo d'ouverture d'article dans Elle, présentant Vita Zaveroukha. Les photos de droite et de gauche sont tirées de sa page personnelle sur le réseau social VK. DR

    Malheureuse image d’Epinal dans les pages de l’hebdomadaire glamour. Dans un article sur les femmes combattantes volontaires, une égérie d’un bien mauvais genre s’est glissée : Vita Zaveroukha, oubliant de préciser sa tendresse pour les croix gammées, passe pour une brave patriote.

     

    [Mise à jour] Une erreur a été corrigée, les auteurs de l'article incriminé ayant eu connaissance du prénom de la jeune femme et pas simplement d'un pseudonyme, comme nous l'avions initialement écrit. Cela ne change rien au contenu de l'article.

    Le magazine féminin ELLE en prend pour son grade sur la toile et se voit accusé de propagande au profit d’extrémistes ukrainiens. En cause, un article publié dans son numéro 3594, daté du 14 au 20 novembre 2014. Traitant des femmes combattant dans les bataillons de volontaires suppléants les troupes de Kiev, il présente plusieurs de ces citoyennes-soldats.

    C’est l’une d’elles qui pose problème. Vita, 19 ans, une jolie blonde pas encore tout à fait sortie de l’enfance, affiche en pleine page un air presque timide. En légende, cette « secrétaire et engagée volontaire dans un groupe d’autodéfense » annonce pourtant sa détermination : « Si les Russes rentrent dans ma ville, je tire. Si ce n’est pas moi, qui va le faire ? »

    Le hic, c’est que la jeune femme est en réalité le parfait exemple de toutes les dérives que comptent les bataillons de volontaires. Le papier de ELLE à peine publié, émergeaient sur la Toile toutes les frasques de les frasques de Vita Zaveroukha, de son nom complet. Posant sur sa page personnelle entre salut nazi et symboles du Troisième Reich, elle fait systématiquement l’apologie de la haine. Une vidéo est également ressortie, dans laquelle on la voit à la tête d’un groupe d’hommes armés et cagoulés menacer des Ukrainiens accusés d’aider les Russes dans la ville de Vinnitsa.

    Vidéo de Vita Zaveroukha lors d'une agression dans la ville de Vinnitsa

    Aïdar, tout en nuances de gris

    Vita Zaveroukha fait partie du bataillon Aïdar. Ce dernier s’est fait connaître à l’automne suite à des rapports publiés par l’OSCE et Amnesty International, lui reprochant exactions et crimes de guerre. « Alors qu’il est reconnu par beaucoup de nationaux comme une force combattante engagée, le bataillon Aïdar a acquis une réputation locale de représailles brutales, de vols, de tabassages et d’extorsion », note l’ONG dans une enquête datée de septembre.

    « On est en guerre, et on a toutes les réalités d’une guerre avec une vraie violence », note la chercheuse Christine Dugoin, de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE). Pour elle, les journalistes de l’hebdomadaire ont peut-être été victimes d’un effet d’ « angélisme ». Elle note pourtant une vraie radicalisation chez les Ukrainiens, y compris chez les intellectuels. « Il y a un rapport à la droite dure franchement décomplexé, poursuit-elle. Tous les Ukrainiens ne sont pas des nazillons non plus, mais il y en a… On va d’ailleurs avoir les mêmes dans le camp d’en face. »

    Malgré les alertes lancées par la communauté internationale, Kiev ne semble pas pouvoir ou vouloir rétablir le contrôle sur ces unités. C’était pourtant une réclamation d’Amnesty International. « Le contrôle, sur une armée, se fait par la gloire ou l’alimentation, remarque Christine Dugoin. Quand vous êtes juste au niveau finances, ça devient très compliqué. Surtout quand vous avez des électrons libres chauffés à blanc. »

    Un piège pas si évident

    Le magazine ELLE s’est confondu en excuses, assurant que ses journalistes n’étaient absolument pas au courant de la vraie nature de la jeune Vita Zaveroukha. Si les fins observateurs d’Internet trouvent la situation évidente, elle ne l’était en réalité pas tant que cela sur le moment. L’auteur de l’article ne connaissait, pendant son reportage, que le prénom de son interlocutrice. Sans son nom, difficile de retrouver ses photos sur les réseaux sociaux. Il n’apprendra que beaucoup plus tard la vraie nature de « Vita ». Loin d’être un néophyte de passage, le journaliste en question est correspondant permanent sur place pour de nombreux médias et enquête régulièrement sur les bataillons de volontaires.

    La simple appartenance à Aïdar ou à l’un de ces bataillons ne permet pourtant pas d’identifier un combattant comme un néo-nazi en puissance. « Comme dans toutes les guerres, il n’y a pas de noir et de blanc », estime une journaliste ukrainienne travaillant en France. Même son de cloche chez un correspondant français installé en Ukraine : « La question de l’extrême droite en Ukraine et en Russie est une question très complexe, dans un contexte de propagande hystérique, elle s’accommode très mal des visions en blanc ou noir. »

    Cette intrusion d’une néo-nazie dans les pages de l’hebdomadaire glamour joue en effet parfaitement le jeu de la propagande… pro-Russe. Sur la toile, des centaines de blogs, réseaux sociaux et pages Internet fustigent le journal et relaient toutes les casseroles de la jeune femme. « L’affaire est trop belle, confirme Catherine Dugoin. Après avoir répété à l’envi que les fidèles de Kiev étaient des nazis en puissance, leurs adversaires ont ici la preuve idéale de leurs assertions. » Et toujours pas de place pour la nuance.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.