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    Europe

    Ukraine: endeuillée, la ville de Marioupol prête à une guerre d'usure

    media Le 27 janvier 2015, des habitants de Marioupol assistent aux funérailles d'un combattant volontaire, tué dans des bombardements à Donestk. REUTERS/Nikolai Ryabchenko

    Selon les autorités de Kiev, les séparatistes continuent à menacer Marioupol, où une cérémonie avait lieu, ce samedi 31 janvier, pour rendre hommage aux 30 victimes civiles tuées la semaine précédente. Au-delà de la douleur, la population est ici aussi très partagée, et craint de nouveaux bombardements.

    Avec nos envoyés spéciauxBoris Vichith et Anastasia Becchio

    Samedi 24 janvier dernier, 30 civils ont été tués par les bombardements au lance-roquettes multiples Grad à Marioupol, la grande ville du bord de la mer d'Azov. Une attaque attribuée par l'OSCE aux séparatistes pro-russes. Une semaine après, une cérémonie a été organisée dans le quartier d'habitations où s'est produite l'attaque, au cours de laquelle une minute de silence en mémoire des 30 victimes a été observée.

    Devant quelques centaines de personnes, le maire de Marioupol, Iouri Kotloubei tente de tenir un discours rassurant. « Toute l'Ukraine s'est levée pour nous soutenir dans ces temps difficiles, affirme-t-il. Je voudrais vous dire que dans cette situation nous allons nous efforcer de réparer les habitations, les écoles, les jardins d'enfants, le plus rapidement possible, de façon à ce que vous puissiez vivre une vie normale. »

    Des carcasses de voitures calcinées, des cratères dans la chaussée, dans lesquels ont été déposés des oeillets rouges, des immeubles aux façades percées par les obus : tels sont les stigmates les plus visibles de l'attaque du quartier Vostotchny.

    « L'Etat ne nous défend pas. »

    Une maison dévastée par les bombardements, à Marioupol, le 26 janvier 2015. REUTERS/Nikolai Ryabchenko

    Sveta vit au premier étage d'un immeuble dont l'entrée a été complètement détruite. Toutes ses vitres ont volé en éclat. « On nous a promis qu'on allait nous défendre, explique-t-elle. La propagande nous dit qu'il ne faut pas avoir peur et pourtant, c'est arrivé. Nous on s'en est plus ou moins sortis avec une grosse frayeur, mais il y a des enfants qui ont été tués ! Pourquoi nos petits-enfants doivent-ils souffrir ? Pourquoi ? À l'étage, une petite a eu le bras arraché. L'Etat ne nous défend pas. » Le fils de Sveta, en tee-shirt du Parti des régions de l'ancien président Ianoukovitch interrompt la conversation. Il a besoin d'aide pour clouer une bâche sur la fenêtre la cuisine.

    Passés les instants de communion, les participants à la cérémonie se retournent vers leur maire. « Quand toucherons-nous les compensations pour nos appartements ? », « Où peut-on obtenir de l'aide humanitaire ? », « Risque-t-on encore d'être bombardés ? » : les questions pleuvent autour de Iouri Kotloubei. « Les gens demandent s'il y aura encore des bombardements. Mais plus nous serons nous-mêmes actifs pour arrêter cette agression, plus nous aurons de chances de faire en sorte qu'il n'y ait plus de bombardements. C'est aujourd'hui l'essentiel. »

    Créer un élan patriotique

    Une semaine après les bombardements, la vie quotidienne a néanmoins repris ses droits autour du marché. Des volontaires continuent de s'activer pour aider la population touchée, mais aussi pour tenter de créer un élan patriotique. C'est ce que tente de faire le photographe Evgueny Sosnovsky sur son blog, mais il reconnait qu'il en faudrait plus pour arrêter la guerre. « Le seul patriotisme des Ukrainiens ne sera pas suffisant pour arrêter Poutine. Parce qu'il faut répondre à la force par la force. Nous pouvons bien sûr aller à nouveau manifester devant un barrage, mais s'ils bombardent un quartier d'habitation, ils peuvent tout aussi bien nous écraser avec des tanks. »

    Selon Evgueny Sosnovsky, la réponse est à chercher au niveau international. « Il faut qu'il y ait des mesures plus sévères qui soient prises par l'Europe et les Etats-Unis vis-à-vis de la Russie, poursuit-il. Il ne faut pas qu'elle se contente d'exprimer sa préoccupation. Les Russes doivent comprendre où les mènera un tel comportement de leurs dirigeants. »

    Le centre de volontaires de Marioupol ne désemplit pas

    Un grand drapeau ukrainien qui flotte au vent et le reste d'un missile Ouragan posé près de la porte d'entrée d'un entresol, où des volontaires s'activent. Les rebelles ne sont qu'à quelques kilomètres de la ville. Des jeunes gens en treillis des groupes d'autodéfense prennent un peu de repos avant de repartir alimenter les barrages des forces ukrainiennes.

    « Il faut défendre la ville, témoigne Igor, l'un de leurs responsables. Moi, je travaille comme

    Un soldat ukrainien aide son camarade à enfiler sa tenue de camouflage, dans un village près de Marioupol, le 26 janvier 2015. REUTERS/Maksim Levin

    docker mécanicien au port. J'ai 55 ans et sur mon temps libre, je viens ici pour préparer nos jeunes, pour leur apprendre à défendre la ville, parce qu'ici c'est l'Ukraine et ça le restera. »

    Dans une pièce attenante, six machines à coudre. Natalya fabrique des camouflages pour l'armée. Elle se prépare à une guerre longue. Après les camouflages blancs de l'hiver, elle se mettra bientôt aux camouflages verts du printemps. « Nous ne voulons pas que la guerre vienne jusqu'ici, c'est pourquoi nous faisons tout pour aider ceux qui tentent de contenir l'ennemi. Nous faisons simplement tout ce qui est en notre pouvoir pour les aider au maximum. Ici, on a réuni celles et ceux qui savaient plus ou moins se servir d'une machine à coudre, et on s'y est mis. L'ennemi est sur le pas de notre porte. »

    Dans les faubourgs, à l’est de Marioupol, la pression reste vive. Les forces loyalistes essuient quotidiennement des tirs. Ailleurs dans la région, la situation sur le terrain reste également très tendue, notamment dans le secteur de Debaltsevo, ville tenue par plusieurs milliers de militaires ukrainiens, que les rebelles pro-russes tentent d'encercler. Dimanche 1er février, treize soldats ont trouvé la mort à l'est du pays.


    « Les consultations de Minsk sont un échec »

    Les propos émanent de l’émissaire du gouvernement ukrainien, l’ex-président Léonid Koutchma. Les pourparlers de paix organisés samedi à Minsk entre émissaires de Kiev et des séparatistes pro-russes, en présence de représentants de l'OSCE et de la Russie, se sont achevés après près de quatre heures de discussions. Selon la télévision russe, ainsi que selon le représentant de l’Ukraine, ils n’ont donné aucun résultat, mais devraient être continués à une date non précisée.

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