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    Europe

    Le Portugal ouvre la naturalisation aux descendants des juifs expulsés

    media Une touriste photographie un hanukiah, candélabre à neuf branches, au musée de la Communauté juive de Belmonte, à 250 km à nord de Lisbonne. Pendant des siècles et jusque récemment, une petite communauté devait observer ses rites en secret. PHOTO/PAULO AMORIM (2005)

    Le gouvernement portugais a donné son feu vert pour que les descendants des juifs expulsés du Portugal, il y a cinq siècles, puissent acquérir la nationalité du pays. La fin d’un long processus.

    De notre correspondante à Lisbonne

    Le 12 avril 2013, le Parlement portugais a adopté la loi autorisant la demande de naturalisation, mais il manquait encore le décret-loi d’application. Ce sera donc désormais possible : un descendant de juifs expulsés du Portugal par l’édit du roi Manuel Ier en 1496 pourra obtenir la nationalité.

    Le règlement qui vient d’être approuvé prévoit que les descendants des juifs devront faire preuve de leur appartenance à la communauté, par les noms de famille, la langue portugaise au sein de la famille, la descendance directe, ou par une branche de la famille. Ce sont les communautés juives de Porto et de Lisbonne qui sont chargées d’étudier les dossiers, qui doivent prendre en compte un aspect émotionnel, lié à la culture et aux rites traditionnels.

    Une présence remontant au VIe siècle

    Ce retour possible semble bien accepté en terre lusitanienne. Les Portugais considèrent en effet qu’il s’agit d’une réparation historique, cinq siècles après l’édit du roi. La présence des juifs séfarades, c'est-à-dire de la péninsule ibérique, remonte au début de l’ère chrétienne. Au Portugal, elle est attestée au moins au VIe siècle.

    Expulsés une première fois d’Espagne au début du XVe siècle, les séfarades avaient trouvé refuge au Portugal, pays qui s’était montré accueillant et bienveillant. Mais parce qu’il avait voulu épouser Isabelle, Infante d’Espagne, Manuel Ier avait dû céder à la pression des rois dits « très catholiques » d’Espagne et ordonner à son tour l’expulsion des juifs. Ils pouvaient rester s’ils le voulaient, mais ils devaient alors devenir catholiques. Ceux qui avaient choisi cette voie, une minorité de nouveaux chrétiens, ont perpétué leurs rites et observé leur religion en cachette jusqu'à nos jours. Depuis une vingtaine d’années, ils ont rejoint la religion d’Israël.

    Des origines assumées

    Les communautés juives de Lisbonne et de Porto ont reçu des demandes d’informations sur la procédure, mais les gens restent méfiants, en raison des persécutions au cours des siècles. L’inquisition portugaise n’avait rien à envier à l’espagnole ou à la française en matière de torture. Et de terrifiants pogroms ont eu lieu à Lisbonne.

    Aujourd'hui, le contexte général en Europe d’un regain d’antisémitisme n’arrange rien. La synagogue de Porto a annoncé son intention de construire un mur de protection autour de l’édifice par peur d’actes de provocation. Mais ceux-ci restent rares. La société portugaise a en fait relativement bien assimilé ses origines séfarades et mauresques. Et le Portugal se penche sur son patrimoine et son histoire pour développer un tourisme culturel et religieux autour du réseau des judiarias, les quartiers juifs, dans un pays ou le mot ghetto n’existe pas.

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